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La médecine face à l’économie

29 mars 2013

Passé le stade de lutte contre les épidémies, l’augmentation de la longévité ne doit rien aux médecins et à la recherche médicale, malgré une augmentation continue des efforts financiers.

  • Le modèle de soins biomédicaux ne joue qu’un rôle limité sur le niveau de la mortalité : il n’explique qu’entre 10 et 20% des progrès accomplis dans ce domaine depuis les années 1950.
  • Même s’il permet dans une certaine limite de retarder l’entrée en incapacité, de diminuer la gravité des déficiences et de protéger la qualité de la vie, son rôle dans «la santé » est surdéterminé.

Une bonne politique de santé ne consistera pas nécessairement à renforcer le système de soins, d’autres actions extérieures au système sanitaire proprement dit peuvent avoir un effet plus efficace sur la santé.

  • Ce sont les collecteurs d’égouts et le lavage des mains qui ont éradiqué la typhoïdeÉ
  • La lutte contre le cancer du poumon (tabagisme, amiante), contre l’alcoolisme, les toxicomanies, les accidents… est menée non sur le plan médical, mais sur le plan social.

Les charges de l’assurance maladie augmentent, mais ce qui augmente le plus, ce ne sont pas les actes médicaux élémentaires consultations et visites (où se vit la relation médicale, la rencontre de deux personnes), ce sont les actes techniques, à savoir les actes de radiologies et les analyses de laboratoire. Or ce sont justement ces actes qui, avec l’hospitalisation coûtent le plus cher. En outre,la moitié des médicaments achetés ne sont pas consommés.

  • Le médecin actuel se trouve devant un dilemme : sa vocation est de consacrer son temps et sa personne à améliorer, sinon à sauver, la vie de ceux qui lui font confiance ; confiance relative car ses clients exigent de lui l’utilisation des progrès techniques… dont la consommation augmente les dépenses.

L’augmentation des dépenses de soins n’est nullement en rapport avec celle de la longévité moyenne, indice relatif de la santé collective d’une nation.

1. Autrement dit, il faut dépenser toujours davantage pour soigner les gens.

  • La productivité de l’activité médicale décroît au fur et à mesure que se développe le progrès technique !
  • « Si notre santé est parmi les plus chères, il lui reste à faire la preuve qu’elle est parmi les meilleures. » J.-C. Stéphan, 1983.

2. Le mythe de l’éternelle jeunesse (forme moderne des vieux mythes du paradis perdu et de l’âge d’or) a été dénoncé par le bactériologiste R. Dubos, dans Le Mirage de la santé, car l’absence totale de maladie et de lutte est incompatible avec la nature même de la vie. Aussi, toujours selon Dubos, peut-on se demander si la revendication d’une bonne santé ne dégénère pas rapidement, elle aussi, en aberration mentale.

  • N’est-ce pas illusoire de proclamer que l’état de santé actuel est le meilleur qui ait régné au cours de l’Histoire, lorsqu’un nombre toujours croissant d’individus doit avoir recours aux drogues et au médecin pour affronter les problèmes de ta vie quotidienne ?
  • C’est sans doute la survivance en l’homme du XX° siècle de la pensée magique qui est à l’origine de cette surconsommation médicale, illusoire, immotivée, dénoncée par tous, mais profitable à diverses branches de l’industrie.
  • Pour Michel Foucault, « la santé comme valeur a pris, dans la société industrielle, la place qu’occupait autrefois dans les sociétés agraires et féodales, le salut.»

Chacun sait et répète qu’une bonne partie des médicaments consommés sont inutiles, de même qu’une partie des interventions chirurgicales et des examens de laboratoire.

1. Mais qu’adviendrait-il si brusquement on réussissait à réduire de moitié la consommation de produits médicaux ? Tout simplement une catastrophe pour nombre d’industries prospères.

2. Pour quelle raison, tant qu’elle n’est pas néfaste, freinerait-on plus la consommation médicale que la consommation d’automobiles ? C’est à chacun de prendre ses responsabilités. Mais comment prendre ses responsabilités sans être informé ?

3. L’information médicale actuelle ne fait qu’entretenir les mythes, la croyance aux miracles de la science et de la technique.

  • Un slogan en faveur d’un tranquillisant était présenté ainsi il y a quelques années : «Dédramatise la vie quotidienne ; détend l’esprit et le corps ; chasse l’appréhension ; procure la quiétude ; calme l’irritable, rassure l’anxieux, libère l’émotif. »
  • Quel médecin oserait priver ses clients de la pilule du bonheur ?
  • Tout se passe comme si le mythe de la santé était une source inépuisable de richesse, dont il faudrait organiser au mieux l’exploitation.

Le médecin est maintenant dépassé par des processus sociaux contre lesquels il lui est impossible de se défendre. L’avenir n’est plus entre les mains de la médecine, mais entre celles de la technocratie.

  • La question n’est plus : en quoi l’activité médicale peut-elle au mieux concourir à la santé de la nation ? Mais bien plutôt : quelle doit être la part de la consommation d’hygiène et de soins dans la consommation totale ?
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