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La clique des énarques et la fin du suffrage universel

30 mars 2013

Gérer la société en 2013 avec la mentalité de 1990

Les sociaux libéraux tiennent absolument toute la gestion du pays : l’Assemblée nationale, le Sénat, les régions, jusqu’à une majorité de municipalités. Tout est rose. Le problème de la vie en rose, c’est qu’elle est articulée par une technique politique et économique univoque et dépourvue d’imagination. C’est une politique administrative orientée libre-échangiste, avec une gestion des taxes et impôts à vocation de saupoudrage. On jongle avec les chiffres comme tout bon élève de l’Ecole Administrative Nationale a appris à le faire : un peu de moins de ça là, un peu plus de ci ici, tout en lâchant la bride aux ogres mondiaux de l’eau, du luxe, de l’aviation et des armes de guerre, de la surveillance numérique, du nucléaire, etc… Un affaire de curseur comme le dit le maire socialiste de Lyon. [1]

Cette mentalité politique étriquée, qui s’est développée après la chute du mur de Berlin, a pu faire illusion quelques années : à l’époque, la mondialisation libérale, que l’on doit appeler en réalité globalisation économique dérégulée, n’avait pas encore pu démontrer son potentiel de nuisances en tous genre. La politique sociale de saupoudrage des socialiste pouvait alors laisser croire qu’on pouvait tenir un chemin intermédiaire : entre libre-échange orienté dérégulation du commerce (et des flux financiers) et Etat providence. Mais arrivé en 2013, ces recettes sont à peu près aussi pertinentes que celle des pieds de porc offerte à un représentant d’un pays musulman.

Confus, corrompus et carriéristes

Ces quelques caractéristiques pourraient définir l’élite politique qui a réussi, une nouvelle fois, à faire croire à la population que voter était un sacré truc qui pouvait « changer la vie ». La problématique du manque de projet est ancienne, et les socialistes sont particulièrement paumés à ce niveau là : entre le « care » d’Aubry, « l’ordre juste » de Royale et le « changement maintenant » de moi-président, la capacité du parti socialiste à organiser sa pensée et son projet politique est proche du zéro absolu. Surtout depuis le référendum sur la constitution européenne avec un « oui » plébiscité par la majorité des militants et des dirigeants. Pour ensuite aller voter à l’Assemblée avec l’UMP le nouveau traité de Lisbonne de 2008, copie conforme de celui de 2005, traité qui enterre l’Europe sociale et pourtant refusé à 54% par la population française à l’époque.

Ils sont confus ces socialistes, c’est un fait. Corrompus aussi, puisque l’on connaît ceux mêlés à de sombres histoires de conflits d’intérêts, de gestions malhonnêtes… Pas tous, bien entendu. Avec une incapacité à se débarrasser des brebis galeuses, incapacité typiquement française. Rien ne change sous le soleil. Il suffit de voir comment ils votent à l’Assemblée en fonction de leurs intérêts, au gré du vent (et des lobbies) pour bien comprendre qu’ils sont la réplique exacte de la mafia UMP. Seule la couleur change. Mais les postes dans la haute administration sont toujours distribués aux petits copains : rien ne change…

Todd et la démocratie de la manipulation de l’opinion

Il y a de nombreux éléments d’analyse dans l’ouvrage de Todd, « Après la démocratie » [2] : historiques, démographiques, sociaux, religieux, politiques, sociologiques, etc. Il est impossible de retraduire en un article cette démarche passionnante, d’où une incitation à lire l’ouvrage. Mais sur l’aspect politique et la transformation qui s’opère depuis quelques années, la vision de Todd mérite d’être prise en compte, discutée et observée à la lumière de 2013 :
« […] Jusqu’à l’élection de Nicolas Sarkozy, le système a pu naviguer au jugé, en laissant coexister les contradictions. L’équation à résoudre était simple : comment éviter que les consultations électorales ne fassent apparaître ce qui préoccupe vraiment les citoyens, la gestion économique, et que soit remis en question le libre-échange ? Facteurs spontanés ou escroqueries calculées suffisaient à neutraliser le suffrage universel : auto-éviction des plus défavorisés par la montée de l’abstention ou par le votre Front national, baratin chiraquien sur la « fracture sociale », promesses socialistes de défendre l’Etat social, campagnes à grand spectacle organisant des conflits titanesques entre personnalités dérisoires. […] »

C’est entre autres dans ce chapitre intitulé « la phase populiste du système oligarchique » qu’Emmanuel Todd expose sa vision clinique du système politique français et arrive à quelques conclusions, notamment sur cette démocratie d’opinion, ou plutôt de manipulation de l’opinion. Cette analyse est cinglante chez Todd :
« […] Les politiciens doivent faire preuve d’un degré exceptionnel d’attention : l’électeur reste, comme dans une démocratie normale, leur souci constant, mais pour être manipulé plutôt que servi. Contrôler les médias audiovisuels, séduire les journalistes, analyser inlassablement les sondages : la démocratie non pas d’opinion comme on la qualifie parfois, mais de manipulation de l’opinion, définit un métier, avec ses virtuoses et ses tâcherons. Devenir chef de l’exécutif, en démocratie de manipulation implique que le candidat se concentre sur les moyens d’obtenir le pouvoir au détriment des fins, c’est-à-dire du programme et de l’action […]. »

Trois scénarios, et l’un deux qui nous pend au nez

Emmanuel Todd offrait trois possibilités de modification de la société et de son système politique. A l’époque, en 2008, aucun gouvernement européen ne s’était vu priver d’élections par des technocrates, comme en Italie et en Grèce avec les anciens de Goldman Sachs mis aux manettes pour appliquer les recettes de la troïka. Le premier scénario (que ne retient pas Todd) est celui de la République ethnique. Blanche, postchrétienne, islamophobe, c’est en fait le modèle proposé par Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle de 2012. Ce scénario (avec le massacre de Merah entre les deux tours optimisant cette orientation) aurait pu voir le jour si Sauron avait remporté l’élection. Ce ne fut pas le cas, le scénario ne semble effectivement pas crédible.

Le deuxième, que Todd semble plébisciter est celui de la fin du suffrage universel.
[…] La mécanique de neutralisation du suffrage universel se détraque. Du point de vue des hommes politiques, qui ont de plus en plus de mal à se faire élire pour ensuite ne pas gouverner, une solution possible serait que cesse la comédie. Le refus d’obéir au peuple pourrait être officialisé par une suppression du suffrage universel, par l’instauration d’un régime franchement autoritaire […] La montée invraisemblable de conflits de classes immatures, c’est-à-dire sans programme, ne pourrait qu’engendrer un climat de violence et de peur, dont le seul effet politique serait une autonomisation de l’Etat sur fond d’anarchie. […] Une logique alarmante menace le Parti socialiste s’il persiste dans son attachement à ce libre-échange qui attise les réactions xénophobes de la population: qu’il finisse par conclure que le peuple est par nature mauvais et qu’il faut lui retirer le droit de suffrage, ou du moins en limiter sérieusement l’exercice. […] plutôt que de démissionner, les dirigeants socialistes humiliés préféreront peut-être un jour démettre ce peuple incapable de les comprendre.[…]

Le troisième scénario, positif selon Todd, est celui du protectionnisme, mais il semble peu y croire, tellement l’incapacité des grands partis à ce niveau là est patente. A l’heure des lois Hollande par ordonnance, , que les décisions de plus en plus unilatérales de moi-président surviennent, le scénario d’un suffrage universel supprimé ou fortement limité par la bande d’énarques socialistes arrogants au pouvoir peut se révéler tout à fait valide.

[1] Cf Yovan Menkevick, Reflets Info, 17.03. 2013.
[2] Emmanuel Todd, Après la démocratie, Folio Gallimard, 2010.

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