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La santé : obsession sur Internet

3 avril 2013

Près de 60 % des Français vont sur Internet chercher des informations en santé. Une révolution qui n’a pas échappé au Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom) qui organisait le 14 novembre une table ronde sur «le Dr Google et les cyberpatients» dans le cadre de sa Journée d’éthique. Pour le Cnom, le «Dr Google», autrement dit cette inépuisable source d’information à portée de clic des patients, doit respecter deux exigences: la protection de la confidentialité des données personnelles de santé et la déontologie médicale. Un rappel utile, car désormais, les malades ne se contentent pas de chercher de l’information santé sur Internet, mais ils n’hésitent plus à partager les résultats de leurs bilans et analyses avec une communauté, virtuelle, sur les forums et réseaux sociaux (type Twitter ou Facebook). Le Dr Michel Legmann, président du Cnom, invite à la prudence: «Ces données sont des informations dont l’exploitation inappropriée pourrait avoir des conséquences fâcheuses si elles étaient divulguées sans contrôle.» [1]

Mais l’irruption d’Internet dans la relation médecin-malade est aussi une chance selon le Dr Jacques Lucas, vice-président du Cnom et délégué général aux Systèmes d’information en santé, car «il ne faudrait pas avoir la nostalgie d’une consultation idyllique qui n’a jamais existé». Sans aller jusqu’à mettre le patient au même niveau d’expertise que le médecin, il est indéniable que l’outil permet désormais d’élargir les connaissances du malade sur sa maladie. «Il est plus facile d’avoir une discussion avec son médecin lorsque l’on est informé», explique Catherine Cerisey, patiente engagée dans le développement de la e-santé : «l’intérêt est d’être partenaire dans le parcours de soin», ajoute-t-elle. Un type de partenariat nouveau, selon l’oncologue Franck Chauvin, professeur de santé publique: «Internet fait passer la relation médecin-malade d’un modèle paternaliste et complètement asymétrique à une relation beaucoup plus équilibrée.»

Un échange nouveau entre patients et médecins
Pour le Dr Lucas : «Le médecin connaît la maladie, mais le malade l’éprouve dans sa chair. C’est dans cet espace-là que peut se construire un rapport fructueux même si la relation reste asymétrique, car les savoirs ne sont pas les mêmes». De fait, il serait plus judicieux de parler de patient expérimenté, au sens du vécu de la maladie, plutôt que de patient expert, même si certains en viennent à posséder une véritable expertise de leur maladie.

Les discussions entre malades sont aussi à double tranchant, car ce qui était vrai pour un malade dans une situation donnée ne l’est pas forcément pour un autre, atteint par exemple d’un cancer de profil génétique différent ou ayant d’autres priorités dans sa vie quotidienne. Cette fois, c’est l’expérience du médecin, qui a connu d’autres malades atteints de la même maladie, qui va permettre d’individualiser au mieux les options qui s’offrent au patient.

Moins présents que les patients sur les forums, les médecins sont en revanche très ouverts aux applications médicales : «Près d’un tiers d’entre eux utilise son smartphone en consultation pour prescrire. Avec une priorité pour la consultation de bases médicamenteuses et des interactions médicamenteuses», souligne Lucie Tesquier spécialiste des réseaux sociaux en santé. Selon elle, les applications destinées à améliorer l’observance et le suivi du patient entre deux consultations vont se développer dans les années à venir: «On estime qu’il y aura 500 millions d’utilisateurs d’applications santé en 2015.» Autre tendance de fond : le développement des «serious game», ces jeux qui permettent de transmettre un message pédagogique de façon ludique. Il en existe déjà, par exemple, pour sensibiliser les jeunes à une consommation excessive d’alcool ou aider les malades à repérer les facteurs déclenchant de crises allergiques.

[1] Cf. Damien Mascret,  Le Figaro.fr Santé, 28/11/2012

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