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Charlatans : les traitements alternatifs contre le cancer

10 avril 2013

 

L’oncologie a toujours coexisté avec les thérapies parallèles, basées sur des théories non fondées par la biomédecine. Un des exemples en est le Laetrile, proposé par des cliniques « alternatives » au Mexique ou ailleurs. Le raisonnement à la base du Laetrile (drogue extraite des noyaux d’abricot et de pêche) est que le cancer est causé par une déficience d’une vitamine nommée « B-17 »; apporter cette vitamine sous la forme de Laetrile conduirait à la rémission du cancer. Inutile d’ajouter que la vitamine B-17 n’apparaît nulle part dans la littérature biomédicale.

Les traitements contre le cancer comme le Laetrile sont souvent décrits comme traitements « non prouvés ». L’exemple le plus célèbre était le Committee on Unproven Methods of Cancer Treatment (Commission sur les Méthodes de Traitement contre le Cancer non prouvées) de l’American Cancer Society qui a étudié des traitements comme le Laetrile, et a publié une série d’articles dans ce journal dans les années 1980. La difficulté avec le terme de « non prouvé » est que cela ne distingue pas les cures alternatives contre le cancer des nouvelles thérapies en phase d’essais terminaux. C’est ce qui a conduit certains à utiliser des termes tels que traitements contre le cancer « non-conventionnels », ou thérapies « alternatives et complémentaires ». Cette dernière dénomination a été adoptée par l’American Cancer Society. Pourtant, il est important de faire la distinction entre les thérapies « alternatives » et les thérapies oncologiques, ou encore avec les thérapies « complémentaires » utilisées à côté de la médecine scientifique, pour traiter des symptômes.

Les termes « alternatifs » et « non prouvés » sont-ils réellement interchangeables. Contrairement à la plupart des écrits scientifiques, beaucoup de traitements alternatifs contre le cancer ont été étudiés avec soin. En d’autres termes, les cures alternatives contre le cancer ne sont généralement pas seulement « non prouvées », mais ont bien été « réfutées ».

Comme dans tous les domaines de la science, la recherche dans les thérapies alternatives contre le cancer implique une séquence de preuves et de réfutations. Pour certaines thérapies alternatives, il y a de fortes preuves négatives provenant de plusieurs études; pour d’autres, le poids des données suggère une absence de bénéfices. Ainsi, « non prouvé » apparaît comme une expression inappropriée concernant un traitement dont des données fiables montrent qu’il est en réalité inefficace.

Revue des essais cliniques de traitements alternatifs contre le cancer :

Les hautes doses de vitamine C : la thérapie des hautes doses de vitamine C contre le cancer a été popularisée par Linus Pauling. Ce dernier publia un essai non randomisé, rapportant que des patients traités avec de la vitamine C vivaient plus longtemps que ceux traités dans l’hôpital voisin dont la thérapie ne contenait pas de vitamine C [9]. Il spécula sur le fait que la vitamine C améliorait la « résistance de l’hôte » au cancer [10]. Etant donné l’intérêt du public pour le régime vitamine C comme anti-cancer, une étude randomisée fut conduite dans laquelle 150 patients atteints de cancers avancés reçurent soit de la vitamine C, soit un placebo. Le temps de vie fut court dans les deux groupes, plus de 80% des patients décédèrent en l’espace de 12 semaines, et il n’y avait aucune différence entre les groupes [11].

L’étude a été critiquée par Pauling, qui déclarait que l’inclusion de patients passés par une chimiothérapie, et qui pouvaient de ce fait être immunodéficitaires, invalidait l’évaluation d’une thérapie censée agir grâce au système immunitaire. Un autre essai fut dirigé avec 100 patients ayant un cancer colorectal avancé mais non soignés par chimiothérapie. De nouveau, les résultats échouèrent à trouver des différences entre les groupes, tous les patients ayant pris de la vitamine C décédèrent dans les deux ans. L’intervalle de confiance de 95% exclut la possibilité que la vitamine C puisse améliorer la survie de 25% ou plus 12. Certains chercheurs ont argumenté en disant que les résultats négatifs pouvaient avoir été causés par la prise orale plutôt qu’en intraveineuse de la vitamine C 13. Cependant, la prise de vitamine C est promue dans les thérapies alternatives, généralement sous la forme orale, selon la littérature sur le sujet, mais il apparaît fortement improbable que cela soit d’un quelconque bénéfice.

Le laetrile

Le laetrile est une substance glucoside naturelle dérivée des noyaux d’abricots, devenue populaire dans les années 1970. Une étude a été dirigée sur 179 patients ayant un cancer intraitable et des lésions mesurables qui ont été traités avec du Laetrile. Comme il était de coutume à l’époque, ils reçurent aussi des vitamines et des enzymes pancréatiques. Seul un patient réunissait les critères d’une réaction partielle au traitement, 90% des sujets virent une progression de la maladie dans les 3 mois. La durée de vie moyenne n’était que de 4.8 mois 19.

Le cartilage de requin :
Le cartilage de requin fut considéré comme traitement anti-cancer, au début des années 1990. Il le doit à la publication d’un livre Shark Don’t Get Cancer (les requins n’ont pas le cancer) et à un documentaire à la télévision qui prétendait obtenir de bons résultats avec le cartilage de requin sur des patients cubains atteints de cancer [20, 21]. Au milieu des années 1990, on estimait à 50000 le nombre d’américains ayant recours à ce traitement contre le cancer. C’est ce qui motiva la conduite d’une étude où 60 patients atteints de tumeurs au cerveau, au sein, au colon, aux poumons, de lymphomes, de tumeurs à la prostate et autres. Cinquante patients ont pu être évalués. Aucun ne fit l’expérience d’une réponse complète ni partielle, cinq décédèrent pendant la thérapie, cinq autres se retirèrent à cause d’intoxication, 27 virent leur maladie se développer et 13 avaient un état stable. Le temps médian de la progression de la maladie dans le groupe tout entier était de 50 jours. 90% virent leur maladie progresser en six mois et aucun patient ne vécut de temps de répit de plus d’un an. Aucune amélioration ne fut observée pour ce qui est de la qualité de vie [22].

L’histoire du cartilage de requin est cependant intéressante. Il existe une raison biologique pour utiliser des produits à base de cartilage comme agents anticancéreux : le cartilage est un tissu dénué de vaisseaux sanguins et contient des substances antiangiogéniques (qui bloquent la formation de vaisseaux sanguins). En effet, la capacité du cartilage à inhiber la neovascularisation à été démontrée il y a 25 ans environ [23]. Les propriétés antiangiogéniques ne sont pourtant pas spécifiques à certaines espèces, ainsi, des extraits de cartilages de différents animaux ont montré leur capacité à inhiber la formation de vaisseaux sanguins [24]. Une compagnie pharmaceutique canadienne a développé une méthode d’extraction de segments de cartilage de requin ayant des propriétés puissamment antiangiogénique (le requin est une bonne source de cartilage parce q’une bonne proportion de son corps est cartilagineux).

Ces différentes fractions ont été comparées en laboratoire et la partie la plus prometteuse a été identifiée. Connue sous le nom de Neovastat, cette formule contient une haute concentration de molécules biologiquement utiles, contrairement aux produits vendus dans les magasins diététiques, les parapharmacies ou sur internet, et a été étudiée par des essais cliniques. Batist et al. ont rendu compte d’une étude sur le Neovastat. Bien que le but initial était de déterminer la sûreté à long terme de cet agent, la dose a été augmentée pendant l’étude. Ce qui donna aux auteurs l’opportunité d’évaluer le taux de réponse des doses. Ils rapportèrent les résultats pour 22 patients avec des cellules carcinomes rénales. Il n’est pas mentionné clairement si d’autres patients furent étudiés. Ceux ayant reçu de hautes doses de Neovastat vécurent plus longtemps (14.4 contre 7.1 mois) que ceux ayant reçu de plus faibles doses 25. Les résultats ne peuvent donc être considérés comme définitifs. D’autres études se poursuivent afin de déterminer si le Neovastat est réellement bénéfique à long terme [24].

Livingston-Wheeler : La méthode Livingston-Wheeler est l’exemple classique du traitement alternatif contre le cancer, parce qu’il est pratiqué dans une clinique spécialisée, et qu’il repose sur une croyance située hors du de la connaissance biomédicale. La fondatrice de la thérapie, Virginia Wheeler, croyait que tous les cancers étaient causés par une bactérie, Progenitor cryptocide, une entité qui n’a jamais été décrite ailleurs que dans ses « travaux ». Le traitement proposé à la clinique Livingston-Wheeler de San Diego, Californie, consiste en des tentatives de renforcer le système immunitaire par une « désintoxication », grâce à des régimes et des lavements et par l’administration de vaccins spéciaux. Cassileth et al. comparèrent 78 patients traités à Livingston-Wheeler à des patients soignés avec des thérapies anti-cancéreuses standards, avec une attention toute spéciale ou par l’intermédiaire de moyens spécifiques (interleukine-2 par exemple) à l’Université de Pennsylvanie sous la surveillance d’un oncologue.

Les variables comparées comprenaient la race, le sexe, l’âge, l’emplacement de la maladie et la date du diagnostic. Tous les sujets avaient des cancers colorectaux avancés, cancer du poumon, du pancréas ou des mélanomes. Le diagnostic de leur espérance de vie ne dépassait pas un an et ils sentaient qu’il n’existait pas d’options de traitement conventionnel dont l’efficacité était avéré pour les sauver.

Il n’y eut aucune différence en ce qui concerne la durée de vie entre les groupes, la période de survie médiane dans les deux groupes était proche d’une année, avec 85% des patients ayant survécu moins de deux ans. Les patients traités à Livingston-Wheeler eurent une qualité de vie significativement plus mauvaise telle que mesurée par le Functional Living Index-Cancer 1. Quoi que l’on puisse penser de la valeur relative d’un modèle non randomisé, l’étude est parfaite pour ce qui est du contrôle de l’espérance de vie de patients traités à Livingston-Wheeler. Les résultats de l’étude réfutent les déclarations, trop souvent répétées, selon lesquelles la clinique obtiendrait 82% de taux de guérison, même dans les cas de cancers avancés [2].

La multithérapie Di Bella
La multithérapie Di Bella a été développée par Luigi Di Bella, un médecin italien. Proposée dans une clinique privée, la thérapie consiste en une prise importante de différents médicaments, dont plusieurs ne sont ni considérés ni utilisés comme agents anticancéreux. Les versions les plus récentes de la thérapie comprennent de la mélatonine, de la bromocriptine, octréotide, des rétinoïdes mélangés et du cyclophosphamide. La multithérapie de Di Bella a été évaluée à la fin des années 1990 suite à une jurisprudence controversée, une intense exposition aux médias et des démonstrations publiques. Onze essais séparés de Phase II ont été dirigés pour des cas de lymphomes, de leucémies, de cancer du sein, cancer du poumon, cancer colorectaux, cancer du pancréas, cancer du cou et de la tête, glioblastomes et des tumeurs avancées. Un essai supplémentaire sur un cancer du sein précoce échoua et fut arrêté.

Un total de 395 patients a été étudié sur les 11 tests dont 386 avaient eu des réactions éligibles à l’évaluation. Aucun patient ne fit l’expérience d’une réaction complète au traitement et seuls trois (moins de 1%) montrèrent une réponse partielle. Sur une durée de 3 à 8 mois, 57% des patients moururent, et seuls 4% recevaient toujours un traitement 3. En plus de cette phase d’étude, des chercheurs conduisaient une évaluation rétrospective des enregistrements de la clinique Di Bella.

L’analyse se focalisa sur 248 patients. La durée de vie de ces patients fut plus pauvre que dans d’autres cas enregistrés par ailleurs. Par exemple, seulement 21% des enfants atteints de leucémie et traités par Di Bella survécurent cinq ans, à comparer avec les 70% enregistrés nationalement. Bien qu’il y ait des biais évidents dans ce genre de comparaison (des patients qui ne se sentaient pas bien après leur thérapie initiale peuvent s’être tournés vers celle de Di Bella), il n’y a aucune preuve que la thérapie Di Bella soit active, avec une probabilité de survie de cinq misérables années pour tous les diagnostics. Les auteurs ont aussi rapporté que le nombre de patients traités par Di Bella était bien moindre que ce qui était déclaré (approximativement 1500 à comparer aux 10000 affichés) et le régime du traitement utilisé variait dans le temps et selon les patients, contrairement aux déclarations publiques de Di Bella [4].

Revici : Tout comme la multithérapie Di Bella, le traitement Revici tire son nom du médecin qui l’a développé. La thérapie d’Emanuel Revici repose sur une théorie patho-physiologique pour le moins insolite : toutes les conditions, y compris le cancer, résulteraient d’un « déséquilibre » métabolique. Les patients peuvent soit avoir un déséquilibre de type « catabolique » soit de type « anabolique », et seront traités par des agents anti-anaboliques ou anti-cataboliques, pour la plupart sans se soucier des signes et symptômes en présence. Le type de déséquilibre est quant à lui déterminé par une analyse d’urine, de sang et la température corporelle. Par exemple, un pH urinaire élevé, un bas niveau de potassium et une haute température corporelle seront associés à un déséquilibre anabolique; une basse « pression » d’urine, un taux de calcium sanguin peu élevé et une température corporelle basse se verront associés avec un déséquilibre de type catabolique. Les agents utilisés par Revici sont eux aussi complètement différents de ceux utilisés en oncologie, ils comprennent des glycérols, de l’alcool n-butylique et de l’huile végétale sulfurée. En 1965, le Journal of the American Medical Association publia une étude sur 33 patients atteints de tumeurs avancées, qui reçurent le traitement de Revici [5]. Vingt-deux de ces patients décédèrent pendant le traitement, huit quittèrent l’étude et trois restèrent sous la surveillance de Revici à la fin de l’étude. Parmi les huit qui quittèrent l’essai, quatre décédèrent et deux étaient perdus. Les chercheurs déclarèrent qu’aucun patient ne montra de preuve objective de rémission de la tumeur et que même les trois patients restés sous la surveillance de Revici montraient des signes de progression tumorale. Bien que Revici contesta les données, il est clair que seulement 15% des patients survécurent jusqu’à la fin de l’étude. Ce qui contredit la déclaration selon laquelle, dans un livre à ses louanges, Revici serait le « docteur qui guérit le cancer » [6].

Burzynski et les antinéoplastons : Stanislaw Burzynski s’occupe de patients dans une clinique privée ayant recours à ce qu’il appelle des antinéoplastons : des mixtures de peptides, d’acides aminés et d’autres substances organiques simples supposées stimuler les défenses naturelles du corps contre le cancer. Bien qu’il ait publié plusieurs études lui-même, elles restent plutôt obscures 7. Une expérience en Phase II sur les gliomes, conduite sous les auspices du National Cancer Institute s’arrêta à cause d’une pauvre accumulation de preuves, et après que Burzynski ait échoué à s’entendre avec les enquêteurs sur un possible développement des critères d’éligibilité. Neuf patients furent étudiés, dont six pouvaient fournir une réaction évaluable. Il n’y avait aucune réaction objective au traitement, et tous les six montrèrent une progression de leurs tumeurs après le traitement sur une durée comprise entre 16 et 66 jours. Le temps moyen de l’échec du traitement (progression ou interruption due à la toxicité) était de 29 jours. Les neuf patients décédèrent avant que l’étude soit menée à son terme, tous sauf un moururent à cause de la progression de leur tumeur. Bien que les auteurs de l’article affirmèrent que ce petit échantillon empêche toute « conclusion définitive », les résultats sur les patients de l’étude sont évidemment extrêmement décevants et parlants [8].

Le Chaparral :
Les extraits de chaparral, un arbuste du désert, étaient utilisés comme panacée polyvalente par les guérisseurs américains indigènes. C’est devenu un médicament anti-cancer populaire au 20° siècle, en partie sur la base de théories selon lesquelles il serait capable d’éliminer les « toxines » causant le cancer du foie ou du pancréas. S’ensuivait une présentation d’un cas d’un homme de 87 ans ayant « vécu » une régression d’un mélanome facial après un traitement au chaparral. Smart et al. rassemblèrent des cas de patients avec des cancers avancés pour une étude sur le chaparral. Seulement trois des 44 patients, sujets de l’analyse qui étaient évalués, virent une régression de leurs tumeurs, un des patients a eu une réaction seulement 10 jours plus tard. Ce faible taux de réponse poussèrent les auteurs à se prononcer contre le recours du chaparral en tant que traitement contre le cancer [14].

Les thérapies métaboliques : Gerson et Gonzales :
Les thérapies alternatives contre le cancer sont souvent pratiquées au Mexique, là-bas les cliniques pouvent échapper à la réglementation en vigueur aux USA. De nombreuses cliniques mexicaines, y compris celles fondées par le médecin allemand Max Gerson, proposent des thérapies métaboliques. Le traitement repose sur la croyance que le cancer est un symptôme d’accumulation de toxines. Une « désintoxication » est alors primordiale, impliquant des lavements au café ou du côlon, des régimes spéciaux, des jus crus, des enzymes et des suppléments. Une étude rétrospective de patients atteints de mélanomes, traités dans une clinique Gerson, conduite par des médecins travaillant dans la clinique, a conclu que l’espérance de vie à 5 ans de patients ayant été traités par la thérapie Gerson, était plus importante que celles rapportées par d’autres études26. Cette analyse était faussée par les analyses des sous-groupes (les hommes avaient des pourcentages de survie exceptionnellement élevés), l’utilisation de comparaisons non ajustées de contrôles non randomisés, et les exclusions (40% des patients sous la thérapie Gerson ont été exclus de l’analyse).

En réponse aux critiques, les auteurs acceptèrent le fait qu’une étude non randomisée, telle que celle publiée, n’apportait pas de preuves irréfutables d’un effet du traitement [27]. Un résultat plus prometteur a été rapporté d’une étude sur 11 patients touchés par un cancer du pancréas traités par Nicholas Gonzales, un médecin pratiquant à New York, qui a recours à des régimes métaboliques incluant des enzymes pancréatiques. Gonzales rapporta 81% de taux de survie à un an et 45% sur 2 ans et déclarait que de tels résultats étaient de loin supérieurs à la moyenne nationale28. L’étude était petite est manifestement encline à de nombreux biais. Non seulement la comparaison avec des moyennes nationales est inadaptée, mais les principaux résultats reposent sur une sélection de patients, 12 patients qui ne se conformaient pas au traitement ont été exclus de l’analyse. Néanmoins, les résultats généralement positifs rapportés par Gonzales suffisaient à mettre en place une étude du NIH en cours.

L’étude Risberg :
En 1992, Risberg et ses collègues examinèrent près de 1000 Norvégiens touchés par un cancer et ayant recours à un traitement alternatif contre le cancer. Leur but initial était de déterminer la fréquence et les déterminants de l’utilisation des thérapies alternatives [29]. Les enquêteurs réalisèrent plus tard qu’il serait possible de rattacher leurs données au registre des statistiques norvégiennes pour obtenir des informations sur l’espérance de vie. Ils trouvèrent que le recours aux médecines alternatives s’associait avec une espérance de vie très pauvre. 79% des utilisateurs de médecine alternative décédèrent pendant l’étude, à comparer aux 65% de non utilisateurs. Comme on pouvait s’y attendre, un patient atteint d’un cancer débutant et traitable sera moins enclin à se tourner vers une cure alternative qu’un patient avec une maladie bien avancée, à qui il reste peu d’options de traitement possibles. Il y avait une tendance, chez les utilisateurs de médecines alternatives, à avoir une espérance de vie plus courte. Les auteurs présumaient que l’espérance de vie plus courte pouvait être expliquée par « une perception correcte par les patients de la gravité de leur maladie ». Quelle que soit l’explication, l’étude n’a jamais fait la preuve que le recours à la médecine alternative améliorait l’espérance de vie [30].

La psychothérapie pour guérir du cancer :
La théorie selon laquelle un état mental modifié peut affecter le cours d’un cancer a été popularisé par des auteurs comme Bernie Siegel et Deepak Chopra. Dans leurs bouquins visant le grand public, ces auteurs font des déclarations péremptoires selon lesquelles les patients pourraient « contrôler le cours du cancer en utilisant la pensée », ou en devenant un « patient exceptionnel » les patients pourraient développer une volonté de vivre très forte et ainsi vaincre leur cancer. D’autres affirmations sont faites par des auteurs comme Louise Hay, qui propose que l’état psychologique est un facteur causal important. Hay, par exemple, déclare que les « causes probables » du cancer comprennent « les blessures profondes, le ressentiment de longue durée (…) la peine qui ronge progressivement, la haine récurrente. »

Le programme de Bernie Siegel, pour les patients atteints de cancer, a été évalué lors d’une étude. Trente quatre femmes ayant un cancer du sein, se soignant par ce programme, ont été comparées avec des patients comparables identifiés. Un suivi sur 10 ans ne montra aucune différence pour ce qui est de l’espérance de vie entre les deux groupes, avec approximativement 40% des patients dans les deux groupes toujours en vie à la fin de l’étude [31].
Plusieurs études, cependant, semblaient montrer des bénéfices chez les patients recevant un traitement psychologique. A la fin des années 1970, David Spiegel mena une étude randomisée visant à examiner les effets d’un groupe de soutien psychosocial sur la qualité de la vie et les symptômes chez des femmes souffrant de cancer du sein métastatique. Les enquêteurs regardèrent les différences de temps de vie et rapportèrent une prolongation statistiquement significative de l’espérance de vie dans le groupe recevant le support psychosocial 32. Cette étude a été fréquemment citée, une recherche dans Science Citation Index de novembre 2003 fait état de 800 citations pour l’étude Spiegel (étrangement, l’étude négative n’a été citée que 65 fois).

Il a rarement été mentionné que l’analyse des durées de vie n’était pas prévue et que, en tant que tel, elle devrait être considérée comme une hypothèse provoquée. Un essai randomisé postérieur ne trouva aucun impact du traitement psychosocial sur la survie 33 mais il a été critiqué par Spiegel comme une « mauvaise reproduction », essentiellement pour la raison que l’intervention était différente entre les études 34. Une étude par Goodwin et al. ne peut être critiquée pour les raisons identiques. Spiegel a été impliqué dans le processus et la formation des individus fournissant le traitement psychosocial, il jouait en outre un rôle de premier plan dans toute l’expérience de manière générale. Dans cette étude, 235 femmes souffrant de métastases cancéreuses au sein, furent réparties au hasard dans des groupes pour une thérapie de groupe hebdomadaire ou des soins normaux. Bien que, comme attendu, le groupe support ait tiré des bénéfices en ce qui concerne la douleur et l’humeur, il n’y avait aucune différence pour ce qui était de leur espérance de vie. Le temps de survie médian était proche de 18 mois dans les deux groupes [35].

Discussion

Il n’est pas facile d’évaluer les thérapies alternatives. Les cliniques qui leur sont consacrées possèdent souvent une pauvre documentation. Les relations entre les enquêteurs et les praticiens ont souvent été tendues, en partie parce que les praticiens sont généralement méfiants envers les motivations des enquêteurs. En effet, il est remarquable que la réaction typique de la communauté médicale alternative face aux résultats négatifs a été de prendre ces derniers simplement comme une preuve de biais existants chez les chercheurs conventionnels. Le motif généralement donné est que les chercheurs chercheraient à protéger les intérêts de l’industrie pharmaceutique, menacés qu’ils seraient s’il arrivait aux oreilles du monde entier qu’une thérapie alternative contre le cancer très peu chère, existait.

Cette revue n’inclut pas non plus la plupart des traitements botaniques contre le cancer. Ceci vient du fait que, tout comme la pharmacologie anticancéreuse conventionnelle, la plupart des produits végétaux sont censés agir soit par cytotoxicité ou par immunomodulation. Tandis que la meilleure preuve suggère que certains produits populaires à base de plantes, comme le gui [43, 44, 45] sont complètement inefficaces contre le cancer, il y a des preuves que d’autres, comme le lycope 46 ou le polysaccharide K (PSK) tiré du Coriolus versicolore [47, 48] peuvent être bénéfiques. En outre, le mécanisme d’action de plusieurs végétaux anti-cancer a été élucidé, menant vers un développement rationnel de combinaisons avec des agents conventionnels. Par exemple, le PSK et des végétaux contenant du glucane-ß, qui ont montré favoriser une immunité anti-tumorale en activant les récepteurs complémentaires 3 [49] . Ceci suggère qu’ils puissent agir synergiquement avec des anticorps thérapeutiques tels que le trastuzumab ou le rituximab, un effet a été démontré sur des souris [50].

Notes :
1- Cassileth BR, Lusk EJ, Guerry D, et al. Survival and quality of life among patients receiving unproven as compared with conventional cancer therapy. N Engl J Med 1991; 324: 1180-1185.
2- Richardson MA, Russell NC, Sanders T, et al. Assessment of outcomes at alternative medicine cancer clinics: a feasibility study. J Altern Complement Med 2001; 7: 19-32.
3- Italian Study Group for the Di Bella Multitherapy Trials. Evaluation of an unconventional cancer treatment (the Di Bella multitherapy): results of phase II trials in Italy. BMJ 1999; 318: 224-228.
4- Buiatti E, Arniani S, Verdecchia A, et al. Results from a historical survey of the survival of cancer patients given Di Bella multitherapy. Cancer 1999; 86: 2143-2149.
5- Lyall D, Schwartz M, Herter FP, Hudson PB, et al. Treatment of cancer by the method of Revici. JAMA 1965; 194: 279-280.
6- Eidem WK. The Doctor Who Cures Cancer. New York, NY: Sullivan & Foster Publishing; 1997.
7- Burzynski SR, Kubove E, Burzynski B. Phase I clinical studies of antineoplaston A5 injections. Drugs Exp Clin Res 1987; 13 ( Suppl 1): 37-43.
8- Buckner JC, Malkin MG, Reed E, et al. Phase II study of antineoplastons A10 (NSC 648539) and AS2-1 (NSC 620261) in patients with recurrent glioma. Mayo Clin Proc 1999; 74: 137-145.
9- Cameron E, Pauling L. Supplemental ascorbate in the supportive treatment of cancer: prolongation of survival times in terminal human cancer. Proc Natl Acad Sci U S A 1976; 73: 3685-3689.
10- Cameron E, Pauling L, Leibovitz B. Ascorbic acid and cancer: a review. Cancer Res 1979; 39: 663-681.
11- Creagan ET, Moertel CG, O’Fallon JR, et al. Failure of high-dose vitamin C (ascorbic acid) therapy to benefit patients with advanced cancer. A controlled trial. N Engl J Med 1979; 301: 687-690.
12- Moertel CG, Fleming TR, Creagan ET, et al. High-dose vitamin C versus placebo in the treatment of patients with advanced cancer who have had no prior chemotherapy. A randomized double-blind comparison. N Engl J Med 1985; 312: 137-141.
13- Padayatty SJ, Levine M. New insights into the physiology and pharmacology of vitamin C. CMAJ 2001; 164: 353-355. 14- Smart CR, Hogle HH, Vogel H, et al. Clinical experience with nordihydroguaiaretic acid-« chaparrel tea » in the treatment of cancer. Rocky Mt Med J 1970; 67: 39-43.
15- Chlebowski RT, Bulcavage L, Grosvenor M, et al. Hydrazine sulfate influence on nutritionalstatus and survival in non-small-cell lung cancer. J Clin Oncol 1990; 8: 9-15.
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17- Loprinzi CL, Kuross SA, O’Fallon JR, et al. Randomized placebo-controlled evaluation of hydrazine sulfate in patients with advanced colorectal cancer. J Clin Oncol 1994; 12: 1121-1125.
18- Kosty MP, Fleishman SB, Herndon JE, et al. Cisplatin, vinblastine, and hydrazine sulfate in advanced, non-small-cell lung cancer: a randomized placebo-controlled, double-blind phase III study of the Cancer and Leukemia Group B. J Clin Oncol 1994; 12: 1113-1120.
19- Moertel CG, Fleming TR, Rubin J, et al. A clinical trial of amygdalin (Laetrile) in the treatment of human cancer. N Engl J Med 1982; 306: 201-206
20- Lane IW, Comac L. Sharks Don’t Get Cancer. Garden City Park, NY: Avery Publishing; 1993.
21- Sharks Don’t Get Cancer. « 60 Minutes. » CBS television. February 28, 1993.
22 Miller DR, Anderson GT, Stark JJ, et al. Phase I/II trial of the safety and efficacy of shark cartilage in the treatment of advanced cancer. J Clin Oncol 1998; 16: 3649-3655
23- Brem H, Folkman J. Inhibition of tumor angiogenesis mediated by cartilage. J Exp Med 1975; 141: 427-439
24- Falardeau P, Champagne P, Poyet P, et al. Neovastat, a naturally occurring multifunctional antiangiogenic drug, in phase III clinical trials. Semin Oncol 2001; 28: 620-625
25- Batist G, Patenaude F, Champagne P, et al. Neovastat (AE-941) in refractory renal cell carcinoma patients: report of a phase II trial with two dose levels. Ann Oncol 2002; 13: 1259-1263
26- Hildenbrand GL, Hildenbrand LC, Bradford K, Cavin SW. Five-year survival rates of melanoma patients treated by diet therapy after the manner of Gerson: a retrospective review. Altern Ther Health Med 1995; 1: 29-37.
27- Zollman C, Rees R. Disputes conclusions in Hildenbrand study [letter]. Altern Ther Health Med 1997; 2: 14-15.
28- Gonzalez NJ, Isaacs LL. Evaluation of pancreatic proteolytic enzyme treatment of adenocarcinoma of the pancreas, with nutrition and detoxification support. Nutr Cancer 1999; 33: 117-124
29- Risberg T, Lund E, Wist E, et al. The use of non-proven therapy among patients treated in Norwegian oncological departments. A cross-sectional national multicentre study. Eur J Cancer 1995; 31: 1785-1789.
30- Risberg T, Vickers A, Bremnes RM, et al. Does use of alternative medicine predict survival from cancer ? Eur J Cancer 2003; 39: 372-377.[Medline]
31- Gellert GA, Maxwell RM, Siegel BS. Survival of breast cancer patients receiving adjunctive psychosocial support therapy : a 10-year follow-up study. J Clin Oncol 1993; 11: 66-69
32- Spiegel D, Bloom JR, Kraemer HC, Gottheil E. Effect of psychosocial treatment on survival of patients with metastatic breast cancer. Lancet 1989; 2: 888-891
33- Cunningham AJ, Edmonds CV, Jenkins GP, et al. A randomized controlled trial of the effects of group psychological therapy on survival in women with metastatic breast cancer. Psychooncology 1998; 7: 508-517
34- Kraemer H, Spiegel D. Cunning but careless : analysis of a non-replication. Psychooncology 1999; 8: 273-275.
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* Cf. Dr Andrew Vickers – American Cancer Society http://www.charlatans.info/cancer.shtml

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