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Magie et médecine

13 avril 2013

Aux temps anciens de l’humanité, magie et médecine se confondent. Comme l’astrologie et l’astronomie, l’alchimie et la chimie. Désarmé et craintif, l’homme primitif cherche d’abord à se protéger contre les forces d’une nature hostile et pleine de dangers. Dans son ignorance, il se voyait entouré de forces supérieures, toutes puissantes, peuplant son environnement d’êtres à la fois naturels et surnaturels, fauves, démons, orages, foudre, flammes, génies, esprits, fantômes. Pour se les concilier, l’homme invente des gestes (rituels magiques), des mots (la prière), et un don de quelque chose de précieux (le sacrifice). [1]

Les religions se constituèrent à partir de ces pratiques magiques. Le premier guérisseur fut sans doute l’homme (ou la femme) qui, posant sa main (ou une plante) sur le corps d’un compagnon malade ou blessé, se rendit compte qu’il le soulageait. Au sein de chaque clan primitif, un homme apprit empiriquement les gestes qui soulagent, les pratiques qui sauvent, les plantes qui guérissent, devenant ainsi l’intercesseur entre la divinité et les hommes, le prêtre et le sacrificateur. Dans la plupart des religions primitives, on retrouve des cérémonies dont le but est de rendre les divinités propices. Regroupés par tribus, nos ancêtres, tentaient d’attirer sur eux la faveur des dieux, de conjurer le sort par des sacrifices humains ou d’animaux.

Durant les premiers millénaires de la civilisation, l’art de guérir resta une spécialité sacerdotale, une pratique dont le savoir se transmettait de père en fils ou de maître à élève. Les anciens voyaient derrière chaque maladie un diable ou un mauvais esprit. En Mésopotamie, on considérait la maladie comme le châtiment d’un péché, préjugé que l’on retrouve curieusement dans notre civilisation avancée, face au sida, et dans la démarche de nombreux charlatans qui affirment au consultant qu’il est envoûté ! L’homme découvrit très tôt le mystérieux pouvoir de cause à effet qui semblait émaner de son regard et de ses mains tendues. Sur des bas reliefs égyptiens, on voit le dessin d’un personnage debout, les deux mains tendues vers une personne assise. Des doigts du premier on voit rayonner vers la seconde, un flux des croix ansées qui symbolisent sans doute l’énergie vitale. Préfiguration du magnétisme humain ? Sur d’autres, sont représentées des scènes de traitement par hypnose. Au cours des cérémonies religieuses, à vocation thérapeutique ou de protection, les prêtres chaldéens, babyloniens, hindous, chinois, égyptiens, employaient, pour obtenir l’état de transe, des procédés magiques, ressemblant fort à de l’hypnose.

Les mystères
Dans la préparation des « mystères », la méditation, un jeûne prolongé et l’abstinence facilitaient chez les participants l’apparition de l’extase collective, que des musiques syncopées, des fumigations, et l’absorption de stupéfiants poussaient au paroxysme. Bien que les Hébreux condamnent la magie comme coutume païenne et lapidaient les magiciens, les prêtres du Temple de Salomon portaient sur la poitrine une plaque de métal précieux, ornée de 6 gemmes brillantes et de six gemmes mates. Ces pierreries qu’ils fixaient intensément au cours des cérémonies, leur permettaient d’accéder à l’état d’extase visionnaire. Par ailleurs, on découvre dans le Talmud, l’emploi de la suggestion dans le traitement de nombreuses maladies, une place prédominante étant faite à l’hypnose.

Dans la Bible, les descriptions de méthodes thérapeutiques magnétiques, par imposition des mains ou le « souffle », sont nombreuses. Il n’y a pas si longtemps, au Maroc, chez certaines tribus berbères, les Hamadchas par exemple, des cérémonies de « purification » donnaient lieu à des scènes hallucinantes. Dansant longuement autour du tombeau d’un saint en se tenant étroitement par l’épaule, aux sons d’une musique sourde et rythmée, à répétitions lancinantes, les fidèles s’insensibilisaient peu à peu jusqu’à ce que cet engourdissement de l’activité cérébrale, leur fît perdre connaissance durant des heures. Aujourd’hui l’on redécouvre officiellement les pouvoirs thérapeutiques de la transe et de l’hypnose, que les guérisseurs utilisent depuis des millénaires.

Médecine savante
Ce fut probablement à Athènes, sous l’autorité d’Hippocrate, que les Grecs développèrent le premier système médical rationel en essayant, non plus simplement d’appliquer des recettes retransmises par la tradition (médecine magique), mais d’apprendre à connaître le mécanisme de la maladie et le fonctionnement de la guérison. Pourtant, là encore, le cordon ombilical entre savoir et connaissances acquises n’était pas coupé : on enseignait la médecine dans le temple d’Asclépios. A Rome, c’était au Temple d’Esculape que les malades venaient implorer la guérison. Les prêtres les endormaient, et durant ce sommeil provoqué (l’incubation), le dieu apparaissait en rêve aux élus et leur indiquait les moyens d’atteindre la guérison.

Plus tard, Galien prolongea les fondements de la médecine d’Hippocrate en développant le raisonnement clinique, et jeta les bases de l’établissement du diagnostic. Parallèlement à cette médecine savante, réservée aux riches, à la fois scientifique, religieuse et philosophique, subsista une médecine populaire, empirique et traditionnelle à laquelle les riches et les puissants recouraient au besoin quand la première avait échoué. Les connaissances médicales « scientifiques » inculquées de professeur à élève s’acquéraient dans des écoles, le savoir empirique se transmettait sur le tas, de mère à fille et de père en fils.

L’ère chrétienne
Après la dislocation de l’Empire romain, la religion chrétienne triomphante privilégia les aspects spirituels et sacrés au détriment des aspects matériels de l’humanité. Le pouvoir ecclésiastique plaça la médecine savante sous haute surveillance. La hiérarchie sacerdotale maintint les médecins dans un rôle subalterne, leur interdisant l’expérimentation, et relégua les guérisseurs empiriques au rang de « sorciers ». Les seuls que l’Église toléra furent les prêtres guérisseurs, les saints faiseurs de miracles qui étonnaient les foules par leur charisme, guérissant par l’imposition des mains en souvenir du Christ, selon les préceptes de l’Evangile: Ils imposeront leurs mains aux malades, et les malades seront guéris. (Marc 16/18), ou par l’application du crucifix sur les blessures.

Curieusement, selon une tradition qui remonte à Robert II le Pieux (996-1031), les rois de France (et d’Angleterre) acquéraient par la vertu du saint chrême dont ils étaient oints lors de la cérémonie du sacre, le pouvoir miraculeux de guérir les malades, particulièrement ceux atteints d’écrouelles (fistules provoquées par l’adénite cervicale chronique d’origine tuberculeuse). Ainsi, lors du sacre ou de certaines cérémonies religieuses, le roi usait de son pouvoir de thaumaturge en guérissant des centaines de malades, dessinant sur leur visage le signe de la croix, en prononçant la formule rituelle: « Le roi te touche, Dieu te guérit ». En Angleterre, plus de 50 000 malades venaient chaque année chercher la guérison par la « main royale » auprès d’Edouard le Confesseur (1052-1108) ou de Philippe Ier et repartaient guéris en grand nombre. Cette royale coutume persista en France jusqu’au 19e siècle.

La cueillette des simples
L’âge d’or de la cuillette des simples, de la médecine empirique, sorcière et magique dura quinze siècles. Albert-le-Grand, Arnaud de Villeneuve, Nostradamus, Paracelse, pour ne citer que les plus grands furent à la fois mages et médecins. Agrippa de Nettesheim (1486-1535), premier médecin de la cour de François Ier et de Louis de Savoie, contemporain de Paracelse, fut emprisonné à cause de ses exorcismes et de ses « enchantements ». Il fut libéré, gràce aux guérisons qu’il obtint pendant son emprisonnement, en appliquant sa méthode hypno-magnétique. Paradoxalement, ce fut à l’aube du 19e siècle, lorsque la médecine enfin libérée de tout carcan religieux ou philosophique allait redevenir expérimentale, que survint le grand schisme, la médecine officielle reléguant au rang de charlatans ceux d’entre eux qui pratiquaient le magnétisme (ou même l’oméopathie).

Le magnétisme

Le véritable père du magnétisme humain, est le docteur Franz Anton Mesmer (1734-1815). Dans sa thèse de doctorat (Thèse physico-médicale sur l’influence des plantes 1776) il jeta les bases de sa doctrine qui souleva le plus vif enthousiasme et les plus véhémentes contestations. Durant des années il soigna des milliers de malades dans son fameux « baquet », s’intéressant également à l’hypnose et l’expérimentant sur ses malades. Mais, en 1784, deux commissions officielles diligentées par l’Académie et par le Roi, déclareront le magnétisme animal sans base scientifique et même dangereux pour les bonnes moeurs ! Seul parmi les académiciens, le célèbre Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836), gloire de la botanique, savant de réputation mondiale, défendra courageusement Mesmer en confirmant, envers et contre tous, l’existence du fluide magnétique. Ce savant n’en démordra jamais, malgré les multiples pressions de ses pairs. Nonobstant le discrédit dans lequel tomba le magnétisme mesmérien, il conserva des disciples tels Armand de Chastenet, marquis de Puységur (1751-1825) et Deleuze.
Le fluide magnétique

L’année même de la condamnation du magnétisme animal par les Académies (1784), Puységur privilégie la notion de « transfert » de volonté du magnétiseur sur le magnétisé, qui n’existait qu’à l’état embryonnaire dans la doctrine de Mesmer. Il utilisa le magnétisme dans ses nombreuses expériences de somnambulisme artificiel, perfectionnant la technique de l’hypnose. Deleuze, qui fréquenta Jussieu au Muséum, estimait lui aussi qu’un fluide émane du magnétiseur. En 1821 l’Académie de Berlin décerna un prix au meilleur mémoire sur le magnétisme et réhabilita les travaux de Mesmer. Au milieu du 19e siècle, le baron du Potet déclare: « Le fluide n’est point une substance qui puisse être pesée, mesurée, condensée. C’est une force vitale comme le principe newtonien d’interaction ou de la gravitation universelle. »

Le 19e siècle connut aussi la longue querelle entre les Animistes (Alexandre Bertrand, Abbé de Faria), adeptes de l’hypnose, de la « concentration », et les Fluidistes (du Potet, Sennevon, La Fontaine) qui maintiennent la tradition du magnétisme. Ces disputes souvent féroces discréditent le magnétisme dont l’unique but devrait être de soigner. En tout état de cause, l’oeuvre de Franz-Anton Mesmer reste originale, car elle fut la première tentative d’explication des effets connus de l’imposition des mains par l’existence d’un fluide animal. A la fin du 19e siècle le magnétisme quitte le terrain des joutes scientifiques pour plonger dans l’univers étrange et trouble de l’occultisme. On voit s’affronter les adeptes du spiritisme hermétique, du matérialisme rationaliste et du spiritualisme chrétien. A l’Ecole polytechnique dont il est administrateur, le Colonel de Rochas expérimente le magnétisme à l’aide d’instruments de plus en plus sophistiqués. Mais, en 1897, la présentation de ses travaux à l’Académie des Sciences fut un fiasco. Il ne parvint pas à faire une démonstration irréfutable de la fiabilité du magnétisme. Le rejet définitif du magnétisme par le courant officiel des milieux scientifiques vient de là : ignorance du fondement et de l’essence même que posent l’état de maladie ou de la bonne santé. Comme le magnétisme ne guérit pas toujours, à coup sûr toutes les maladies, on le rejette avec mépris, ignorant superbement que la médecine officielle ne guérit pas et à coup sûr, loin s’en faut, toutes les maladies. Rejeté par le monde scientifique dominant, le magnétisme fut récupéré par les occultistes, ce qui en éloigna pour longtemps les hommes de science et les esprits positifs.

Le spiritisme
Allan Kardec (Denisard Léon Hippolyte Rivail) et ses disciples et continuateurs Léon Denis, Eliphas Lévi, Papus (Dr Gérard Encausse) et Stanislas de Guaïta, incorporèrent le magnétisme à la doctrine spirite, selon laquelle l’homme est formé de 3 corps ou principes primordiaux, – le corps physique, – le corps astral ou principe vital (résidence de l’âme), – le corps spirituel (résidence de l’Esprit). Très largement discrédité en France, le spiritisme renaît au Brésil et aux Philippines, où les célèbres « chirurgiens aux mains nues » semblent imprégés de sa doctrine. En France, le magnétisme retrouva ses lettres de noblesse grâce à quelques guérisseurs exceptionnels, en particulier Hector Durville (1849-1923) et ses deux fils Gaston et Henri, dont la simplicité, le sérieux et l’efficacité forcèrent l’admiration. Durville estime que le fluide qui émane en permanence de notre corps, l’entoure d’une véritable atmosphère magnétique (aura). L’action psychique du guérisseur mobilise cette force et la focalise dans le but de guérir. Surmontant les querelles byzantines des adeptes aux théories fumeuses, les Durville et quelques autres grands guérisseurs permirent au magnétisme curatif de redevenir une alternative crédible à la médecine allopathique. Depuis 1945, malgré le redoutable arsenal législatif mis en place par l’Etat sur les conseils intéressés de l’Ordre des Médecins, la France voit refleurir une génération de grands magnétiseurs tels Charles de Saint-Savin, Serge Alalouf, Héléna Charles, Jules Burgevin, René Hottequiet, Paul Hareng.
Les temps modernes

Les résultats spectaculaires obtenus par certains magnétiseurs sont-ils l’effet des techniques utilisées, alors que leur « pouvoir » réel semble si ténu, ou de la simple suggestion ? De l’effet placebo ? Ou bien ces résultats sont ils la preuve d’un don inné ? Acquis ? Un don de Dieu ? Une faculté particulière de déclencher l’autoguérison ?
Toujours est-il que d’innombrables guérisons sont obtenues ainsi, partout dans le monde, sans que le corps médical, aujourd’hui tout puissant, puisse expliquer ces faits. Qui sont donc ces praticiens empiriques qui n’ont, pour tout diplôme, que les témoignages de reconnaissance de leurs patients ? Ces guérisseurs qui obtiennent des rémissions surprenantes dans des cas où la médecine officielle déclare forfait ? En général, ce sont des gens simples, croyants, d’un robuste bon sens, qui découvrent leur don par hasard, et quittent tout pour se mettre au service de leur prochain. Si quelques-uns s’enrichissent, ce ne sont pas forcément les meilleurs ni les plus efficaces, beaucoup exercent leur art comme un sacerdoce.

Les guérisseurs aujourd’hui

« Les guérisseurs obtiennent parfois des résultats thérapeutiques que les medécins officiels n’obtiennent pas par les moyens scientifiques habituels. » (Abbé Marc Oraison Prêtre et médecin) Le terme de guérisseur vient du vieux français garir (défendre, préserver) par filiation du provençal garida, d’où descend également le mot guérite. Le Grand Dictionnaire Encyclopédique Larousse dans son édition de 1983, donne encore une définition péjorative du mot: « Personne qui prétend obtenir la guérison de certaines maladies, par des procédés secrets, incommunicables, sans vérification scientifique démontrable (fluide, don, médication mystérieuse réputée infaillible,etc) et qui agit ainsi en contravention avec les lois sur l’exercice de la médecine. » Seul le Petit Robert reste objectif: Personne qui fait profession de guérir sans avoir la qualité officielle de médecin, et par des moyens non reconnus de la médecine. Le terme de guérisseur recouvre d’ailleurs plusieurs spécialités, les unes traditionnelles tels que : magnétisme, radiesthésie, reboutement, soins par les plantes (simples) ou modernes : ostéopathie, phytothérapie, sophrologie, etc. Dentistes, vétérinaires ou médecins n’en sont d’ailleurs pas exclus. Il existe de plus en plus de médecins magnétiseurs et de chirurgiens dentistes qui remplacent l’anesthésie par l’hypnose !

Le guérisseur, qu’il soit docteur en médecine ou non, a reçu le don de guérir, alors que le médecin diplômé, a seulement acquis, après de longues études, le minimum de connaissances l’autorisant officiellement à soigner, contre rétribution. Le véritable guérisseur considère que son pouvoir de guérir n’est pas un privilège, mais un don de Dieu, dont il n’est que le très humble et révocable dépositaire.

Le don est souvent héréditaire mais c’est loin d’être la règle. Il existe des dynasties de guérisseurs. Mais il est rare que la progéniture d’un grand guérisseur soit aussi talentueuse que l’ancêtre. Le plus souvent c’est tout à fait par hasard que le futur guérisseur découvre son don. Les meilleurs et les plus honnêtes détenteurs du « don » de guérison, s’initient auprès de leurs aînés qui les cooptent, puis le bouche à oreille fait le reste. A côté de cette élite, il y a de tout. Du modeste rebouteux de campagne qui remet de père en fils les fractures et les entorses des animaux et des hommes, en passant par le saint ermite guérisseur retiré dans la montagne, la fermière au « souffle » miraculeux, le « leveur de feu », le « knésothérapeute », la « barreuse », la « sorcière » de village qui cueille les simples, jusqu’à certains éminents charlatans qui paradent à la télévision en vedettes, il existe mille empiriques plus ou moins connus, plus ou moins honorables ou efficaces. De nos jours beaucoup d’inadaptés, de marginaux, de petits ou de grands escrocs, tentent leur chance, en faisant quelques dupes à coup de pub, puis disparaissent quelque temps avant de reparaître ailleurs…

Depuis quarante ans un certain nombre de guérisseurs sérieux, et de talent, se sont regroupés au sein d’associations professionnelles, notamment le GNOMA. Leur ambition est de réunir par cooptation tout ce qui compte de praticiens de valeur dans ce pays afin que leur profession puisse avoir l’envergure et la crédibilité nécessaires pour dialoguer utilement avec l’Ordre des Médecins et les Pouvoirs Publics en vue d’obtenir enfin une reconnaissance officielle. En attendant cette reconnaissance, le GNOMA s’est donné un code de déontologie et se propose de créer officiellement une « Ecole Nationale de Magnétisme et autres Thérapies naturelles » qui permettra aux meilleurs thérapeutes de l’association de dispenser leur savoir et leurs connaissances ainsi que leurs techniques à leurs futurs jeunes confrères.

[1] Cf. Marc Schweizer, 1990 :
http://www.science-et-magie.com/sm50/sm0001.htm

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