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La médecine à l’époque de la magie

15 avril 2013

C’est une plongée dans des temps où « les cloportes, taillés menus, chauffés dans de l’huile, puis coulés dans l’oreille, soignaient les otites (il en était de même des vers de terre cuits dans la graisse d’oie ou des dépouilles de serpents dans du vin chaud) ». Des temps où l' »on usait de pigeons ouverts en deux, vivants, et placés sur la tête de qui avait une méningite ; de poulets traités de la même manière pour les piqûres de vipère ». Des temps où, après une mauvaise chute ou un choc douloureux, il était conseillé d’absorber un « élixir de contrecoup », fabriqué à partir d’étrons de poule dont on avait prélevé la partie blanche pour la faire macérer pendant une nuit dans du vin blanc… Trois exemples parmi bien d’autres tout aussi savoureux. Dans Une histoire des médecines populaires. Herbes, magie, prières, les ethnohistoriens Yvan Brohard et Jean-François Leblond parcourent ces « médecines » traditionnelles qui ont été utilisées en Europe, du Moyen Age au XIXe voire au XXe siècle, pour tenter de soigner petites et grandes maladies. [1,2]

Certaines de ces recettes incroyables pourraient prêter à sourire. « Mais il faut s’imaginer être des hommes et des femmes doués des mêmes capacités mentales sans aucune connaissance », soulignait le généticien Axel Kahn, qui a préfacé l’ouvrage, lors d’une présentation de celui-ci à la presse, dans le magnifique musée d’Histoire de la médecine de l’université Paris-Descartes.

Suceurs de plaie et coupeurs de feu
Des « socles anciens », tels les pierres et les arbres, aux plantes, fruits, extraits d’animaux ou encore excréments, ce beau livre restitue bien, moult exemples et magnifiques illustrations à l’appui, le rôle central qu’ont occupé ces médecines chez nos ancêtres. Un chapitre passionnant est consacré à ceux qui ont le don de guérir : les conjureurs ou « panseurs de secret », les « suceurs de plaie », « coupeurs de sang », ou encore « coupeurs de feu »… Le pouvoir de ces derniers consiste à stopper les brûlures. « Ils barrent le mal et son extension en même temps qu’ils arrêtent la douleur », précise Jean-François Leblond. Il est fréquent aussi, ajoute-t-il, qu’un coupeur de feu sache guérir des maladies de peau, zona, eczéma ou autres. Les techniques étaient variables selon les époques et les régions. Ainsi, en Picardie, le toucheur apposait ses mains en croix sur la partie brûlée. Dans la Manche, il s’agissait de femmes qui faisaient des prières et des gestes, mais sans toucher la partie malade.

Ces coupeurs de feu n’ont pas disparu. Ils interviennent aujourd’hui à l’occasion de radiothérapies, et pour certains par téléphone. L’auteur d’une thèse de médecine de 2007 en a recensé 241 en Haute-Savoie et estime qu’ils pourraient être six fois plus nombreux. Il est aussi question de charlatans de tout poil, comme les vendeurs d’orviétan, et de sorciers… Des catégories qui, elles aussi, trouvent toujours client.

[1] Sandrine Cabut, Le Monde Sciences, 20.03.2013.
[2] Yvan Brohard et Jean-François Leblond, Une histoire des médecines populaires. Herbes, magie, prières, La Martinière, 224.

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