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Dérives djihadistes : les motivations personnelles

29 avril 2013

Plusieurs études sur les causes du djihadisme convergent pour dire que le contexte économique compte moins que les motivations personnelles, loin du cliché du « jeune de banlieue, sans éducation et laissé pour compte ».

Pour l’office de police intergouvernemental Europol, durant les cinq dernières années, la majorité des actes terroristes est imputable aux mouvements séparatistes. Pour les actes islamistes, la même agence relève en 2010 qu’un nombre élevé de personnes ont été arrêtées avant le passage à l’acte, alors qu’elles préparaient des attaques, ou pour des actions de propagande et de recrutement.

La radicalisation, un problème économique ou d’identité ?
Plusieurs études sur les causes du djihadisme convergent pour dire que le contexte économique compte moins que les motivations personnelles : « les facteurs qui provoquent le déclin ou l’essor de l’islam radical semblent liés à des questions d’identité, et non à des difficultés économiques ». Le cas de Égypte est particulièrement éclairant à ce sujet. Contrairement à ce qui avait été initialement annoncé par le gouvernement islamiste proche des Frères musulmans ayant succédé à Hosni Moubarak, ce ne sont pas des Bédouins qui sont responsables des récents attentats du Sinaï. Ce sont « des jeunes issus de l’élite socio-économique égyptienne ». On est loin du cliché du « jeune de banlieue, sans éducation et laissé pour compte » !

Ce constat pourrait fort bien s’appliquer également à l’Europe. La lutte antiterroriste deviendrait encore plus ardue, car au-delà des réseaux traditionnels, il faudrait se confronter à d’autres profils, encore plus difficiles à repérer et à traquer.

Comment lutter contre ce fléau ?
Pour lutter contre le fléau de l’islamisme radical, il faut tout d’abord résister à la dictature des « évidences ». La mouvance terroriste, quelque soit l’idéologie, se nourrit partout où elle trouve des personnes en situation de fragilité, sans exclusivité aucune

Internet et les réseaux sociaux : De nombreux rapports, dont un du Sénat américain publié en mai 2008, ont pointé du doigt la place centrale qu’occupe internet dans la « guerre médiatique pour les cœurs et les esprits », comme le disait Ayman al-Zawahiri, le successeur de Ben Laden à la tête d’Al-Qaïda. Au-delà de la « cyberguerre » qui n’en est qu’à ses débuts, le Web est devenu une véritable arme au service du jihad. C’est un moyen très efficace de propagande qui permet tout à la fois de véhiculer des informations, de susciter de « nouvelles vocations » et de préparer des opérations.

Le volet juridique et carcéral : Un projet de loi devrait combler une lacune majeure mise en évidence dans l’affaire Merah. Jusqu’à présent, les enquêteurs étaient limités dans leurs investigations par l’absence de « délit de l’entraînement au djihad ». Les futures dispositions devraient permettre d’agir sur les français qui partent s’entrainer à l’étranger.

Un partenariat étroit avec la communauté musulmane et le milieu associatif : Accompagner les autorités musulmanes afin qu’elles puissent disposer de centres pour former en nombre suffisant des imams français devrait réduire le risque de faire appel à des personnes qui se servent de leur position pour faire des prêches antisémites et diffuser de la propagande jihadiste, comme cela s’est produit dans le passé récent.
Ensuite, il faut lutter contre les amalgames qui tendent à assimiler les excès de quelques uns à une population entière. Ce n’est pas rendre service aux modérés qui représentent la majorité et qui sont souvent les premières victimes des extrémistes. Le milieu associatif peut-être d’une aide précieuse pour créer du lien entre les populations. A Marseille, deux initiatives précieuses sont devenues emblématiques à ce propos. Tout d’abord, Marseille-Espérance qui est une organisation dépendante de la mairie regroupant des dignitaires des principaux cultes, ainsi que des représentants laïques. Ensuite, le collectif « Tous Enfants d’Abraham » constitué d’associations Chrétiennes d’Occident et d’Orient, juives et musulmanes, qui à été créé à l’initiative du Centre Culturel Edmond Fleg. Par des prises de position officielles ou dans le cadre d’activités culturelles, ces structures ont démontré, même dans les périodes de vives tensions qu’il était possible de travailler ensemble, tout en ayant bien conscience de ce qui peut diviser. Ces actions sont possibles grâce à l’espace privilégié que représente la laïcité et devraient être généralisées à l’ensemble du territoire national.

Enfin, le volet éducatif est primordial : Si la République est « une et indivisible », il est inconcevable que les programmes scolaires soient redécoupés en fonction des sensibilités et de la composition des classes. L’Ecole doit redevenir le lieu de l’apprentissage du vivre ensemble, où le collectif s’enrichit des différences de chacun. Cela passe par une revalorisation de l’enseignement de la morale, de l’instruction civique, ou de l’histoire. Car c’est dès le plus jeune âge que l’on apprend à respecter « l’Autre ». Pour cela les enseignants doivent être soutenus dans leurs missions à la fois par leur hiérarchie, et par les parents.

Aussi, malgré les difficultés et la gravité de la situation il ne faut pas laisser aux « loups » djihadistes, la possibilité de devenir solidaires…

[1] Cf http://www.atlantico.fr/decryptage/derives-djihadistes-ces-motivations-personnelles-qui-pesent-beaucoup-plus-que-contexte-economique-hagay-sobol-508266.html?page=0,2

* Hagay Sobol est professeur des Universités et médecin des Hôpitaux.

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