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Islam : ces jeunes convertis qui ont la rage

20 mai 2013

L’islam a pris chez nombre de jeunes le relais de la République. A la devise Liberté Egalité Fraternité, qui réclame un effort permanent, répond, redoutable de simplicité, la formule “Allah Akbar, Dieu est le plus grand”. Le Coran enseigné par des maîtres autoproclamés est présenté à ces jeunes comme un livre intouchable de recettes millénaires régulant toute la vie, qui se retient grâce à une répétition obsédante, sans se penser et se discuter. La « nation » musulmane apporte le réconfort d’une communauté qui abolit toutes les générations, pour peu que soit acceptée l’absolue soumission à Dieu. L’islam est un refuge, une réponse. Et un avenir.

Il l’est aussi pour des jeunes Français de plus vieille souche, plongés dans la même désorganisation de leur environnement. Selon le ministère de l’Intérieur et des Cultes, il y aurait 4000 conversions par an et 100 000 convertis aujourd’hui, soit plus du double qu’en 1986. Les organisations musulmanes affirment que ce serait 200 000. En vérité, on n’en sait rien puisque, en ce domaine, les statistiques font défaut. Aucune classe sociale n’a l’apanage de la conversion : médecins, avocats, hommes d’affaires, cadres, employés deviennent ainsi des fidèles des mosquées. Mais leur démarche est la plupart du temps d’ordre spirituel. Ils choisissent généralement le soufisme, contrairement aux jeunes des banlieues et quartiers pris en main par le wahhabo- salafisme, le Tabligh ou les Frères musulmans. Les témoignages parus dans Le Monde Magazine sous le titre « L’islam en France, itinéraires de convertis » expriment fort bien le parcours et l’état d’esprit de ces nouveaux croyants de vingt ans qui font de la surenchère identitaire, affichent tous les signes extérieurs – vêtements pour les deux sexes, barbe pour les garçons – et revendiquent avec une ardeur néophyte leur religion d’adoption. Les idoles qui leur montrent la voie, rappeurs et sportifs, viennent des mêmes territoires. Contrairement à une idée reçue, on compte parmi eux autant de Noirs que de Blancs. Ce born again est à la fois le signe de la réislamisation des musulmans et de l’islamisation des chrétiens.

La conversion elle- même est une formalité, d’une grande modernité à l’ère fastfood- Twitter. C’est aussi l’une des clés de son succès. Elisabeth Schemla s’est présentée dans une mosquée de Grenoble. L’adjoint de l’imam nettoyait à grande eau le local pour les ablutions situé à l’arrière, dans une courette.

” Il m’a regardée arriver, raconte-t-elle. Il y a dix ans, il se serait méfié : une provocatrice ? une flic ? une journaliste ? Là, pas du tout. Avant même que je n’ouvre la bouche, il m’a spontanément demandé si je venais pour me convertir : c’était sans aucun problème ! Délaissant un moment sa brosse, il m’explique qu’il faut «avoir la foi, commencer à lire le Coran, savoir et croire qu’il est la parole de Dieu révélée par lui, le Coran c’est un guide pour tout ». Après, pour être admise dans la oumma, la communauté, il faudra, devant deux témoins ou l’imam, prononcer la chahada. Il récite la phrase : « Ach- hadou an la ilaha illa Allah wa ach- hadou anna Mohamadane Rassouloulah. »  Traduction : « J’atteste qu’il n’y a de Dieu qu’Allah et j’atteste que Mahomet est son Messager. » C’est tout ? « Oui, c’est tout, mais il faut travailler ta foi. » Il m’a encouragée à revenir à l’heure de la prière où je pourrai m’installer dans la pièce réservée aux femmes. Deux heures après, je m’y suis retrouvée, seule.

“A la fin du culte, sortant de la grande salle, un petit homme maigre d’une quarantaine d’années, bonnet sur la tête, un converti, s’est dirigé vers moi et m’a gentiment proposé d’aller prendre un café. Pierre – Jelel – vient de Marseille, de la délinquance, et il est passé par la case prison, haut lieu de la Génération islam et du recrutement des radicaux dont certains passeront au terrorisme. On sent qu’il a rompu toutes les amarres, qu’il n’a personne dans sa vie : « Je ne veux pas aller avec n’importe quelle femme, ce serait pécher, j’attends de trouver celle qu’Allah me destine. » Il a rendez- vous avec sa solitude, tous les jours, dans cette brasserie ouverte au milieu d’un centre commercial. Là, il passe les heures entre deux prières à sa mosquée, car il n’en manque pas une. « J’étais mal barré. La foi, je l’ai acquise en taule et ça m’a sauvé. Allah m’a remis dans le droit chemin. Il y a des années, j’ai quitté Marseille pour venir ici, m’éloigner des mauvaises fréquentations, prendre un travail. Je suis dans le bâtiment et j’ai demandé à travailler dans l’équipe du matin pour pouvoir aller à toutes les prières à la mosquée à partir de midi. Les autres, je les fais sur le chantier, le patron est d’accord. Les cinq prières, c’est très, très important, ça vous structure, ça vous oblige à penser toute la journée au bien et au mal, et ça, ça vous préserve, ça vous rappelle à vos engagements. » Il a du coup la mentalité sectaire du converti, il suit à la virgule son dogme, n’admettant même pas qu’on lui souhaite joyeux Noël. Mais les imams aumôniers de prison le savent : l’islam sauve quand même des voyous.”

Où serait le problème d’une réislamisation et d’une islamisation dans le respect de la laïcité républicaine s’il n’y avait le flot de haine qui est déversé au sein de cette génération islam, souvent sans qu’elle en ait pleinement conscience ?

[1] Cf.  Elisabeth Schemla, Extrait de « Islam, l’épreuve française », Plon, 2013.
http://www.atlantico.fr/decryptage/generation-islam-ces-jeunes-convertis-qui-ont-rage-et-oublient-republique-elisabeth-schemla-715052.html?page=0,0

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