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Crise, chômage : les nouvelles fractures françaises

21 mai 2013

Un cri d’alarme sur les fractures territoriales en France. Un sombre diagnostic sur l’onde de choc de la crise économique. Il faut lire La Crise qui vient (Seuil, 128 p.), le travail de recherche publié par l’économiste et urbaniste Laurent Davezies. Il faut lire cet essai parce qu’il décrit la « rupture historique » que risque de connaître la France dans les prochaines années avec la conjonction d’une croissance molle (au mieux), d’un sevrage douloureux des dépenses publiques et de l’aggravation continue des inégalités entre territoires.

« La France est à la veille d’un choc nouveau et autrement plus brutal que les précédents », avertit Laurent Davezies, expert reconnu. Là où les dépenses publiques et sociales ont permis de faire face, tant bien que mal, lors des crises de 1974, 1982 et 1992, l' »assèchement des finances publiques » affaiblit les traditionnels « amortisseurs sociaux » de la société française. Conséquence ? La « menace » d’un « gouffre » toujours plus profond entre les territoires qui s’en sortent (surtout les métropoles) et ceux qui s’enfoncent.

« Près de 20 % de la population du pays se trouve aujourd’hui dans des zones d’emploi, qui ont franchi un seuil, difficilement réversible, de déclin productif », écrit le chercheur. Dans ces territoires, concentrés notamment en Lorraine, Picardie, Champagne-Ardenne, Franche-Comté et Haute-Normandie, l’histoire récente montre que même les périodes de croissance ne permettent pas de regagner des emplois.

Des territoires sous perfusion d’emplois publics
Dans une zone d’emploi sur trois, soit 120 sur les quelque 350 qui divisent la France, l’emploi public a plus progressé depuis dix ans que l’emploi privé. Autant de territoires, notamment de villes moyennes en déclin économique, pour lesquels les embauches dans les collectivités locales ou le maintien de services publics ont contenu l’affaissement de l’activité économique privée. Même chose pour les prestations sociales, au point que certaines zones d’emploi, comme celles de Corte (Haute-Corse), de Tulle, du Morvan, de Carcassonne ou de Guéret, par exemple, dépendent désormais à plus de 70 % de revenus non marchands (retraites, emplois publics, prestations sociales…).

D’où l’extrême sensibilité de la question des services publics locaux et de symboles comme les agences de La Poste, les dessertes ferroviaires et la survie des sous-préfectures. Comme le géographe Christophe Guilluy, Laurent Davezies s’inquiète ainsi de l’existence d’une France périurbaine, invisible, qui exprime un profond « sentiment d’abandon », favorable à tous les « populismes ».

Les métropoles, espaces préservés
Tout le territoire n’est pas touché de la même manière. Pour la première fois depuis la crise de 1974, pointe le chercheur, les grandes métropoles ont été largement protégées. Une « France productive, marchande et dynamique, concentrée dans les grandes villes, où se forgent les nouveaux atouts de la compétitivité du pays ».
Plus que le retour de la coupure entre Paris et le « désert français », théorisée par le géographe Jean-François Gravier, dans un livre sorti en 1947, l’urbaniste constate une fracture entre les principales métropoles, bénéficiant d’un « énorme potentiel » (Toulouse, Nantes, Rennes, Paris, Lyon, etc.) et le reste du territoire.

Les premières, progressivement spécialisées dans le tertiaire supérieur (banques, santé, communication, nouvelles technologies, etc.), plus riches, dotées de ressources en matière grise, peuvent servir de base à un possible « redressement productif » – et donc justifier d’être aidées au nom de la croissance.

Les secondes peuvent, au mieux, compter sur une activité économique qui périclite, sur les revenus encore garantis par les retraites et, pour celles qui en bénéficient, le tourisme. « Toute la question, de nature politique, consistera à décider s’il faut s’accommoder de cette tendance. Faut-il la freiner au nom de l’égalité, ou l’encourager au nom de la croissance ? », interroge M. Davezies.

[1] Cf. Luc Bronner, Le Monde, 16.10.2012.

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