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En Suède aussi : violences urbaines et déclassement des banlieues

25 mai 2013

Les banlieues de plusieurs villes suédoises ont connu, ce 23 mai 2013 une quatrième nuit mouvementée après les premiers débordements de dimanche soir à Husby, dans la banlieue nord-ouest de Stockholm. Dans la nuit de mercredi 22 à jeudi 23 mai, une trentaine de voitures ont été incendiées dans différents quartiers.

C’est la mort d’un homme de 69 ans, abattu par la police dans un appartement d’Husby, le 13 mai, qui a servi de déclencheur. Les policiers se sont sentis menacés par cet homme muni d’une arme blanche. « Mais si le vieux avait été suédois, les policiers ne l’auraient pas abattu, assure Alessandro, un jeune de 15 ans qui traîne sur la place. Brûler les voitures, c’était pour attirer les flics et ensuite les attaquer. »

L’intervention policière , brutale, a été largement filmée. Ces images, ainsi que les insultes proférées par certains policiers, comme « singe » ou « nègre », ont choqué les Suédois. La couverture médiatique a été massive et les journalistes sont arrivés comme en zone de guerre, entourés de gardes du corps.

Megafonen, une association locale, est accusée d’avoir encouragé l’émeute. Deux jours après la mort de l’homme de 69 ans, elle a appelé à défiler pour demander une enquête indépendante et des excuses de la police. Aucune réaction. « C’est ça qui a provoqué les premières émeutes, le fait d’être ignorés », explique Quena Soruco, de Megafonen.

Mais les racines sont plus profondes. « La Suède est l’un des pays du monde où l’école est la plus déréglementée, explique David Quintanilla, également de Megafonen. Certains parents mettent leur enfant dans les écoles réputées du centre-ville et, du coup, les écoles de banlieue comme Husby ont moins d’élèves, donc moins d’argent, donc moins de ressources pour employer des profs. Ceux restants doivent faire plus de travail administratif et sont moins disponibles pour les élèves. » Résultat, environ 50 % des collégiens d’Husby n’ont pas le niveau pour poursuivre leurs études au lycée. « Une catastrophe », constate Quena Soruco. Le chômage est deux fois et demie plus élevé que dans le reste de la capitale.

L’autre problème est la promiscuité dans les logements, qui a aussi un impact sur le travail scolaire. Certains immeubles ont été rénovés, et les propriétaires en ont profité pour augmenter les loyers. Des augmentations qui affectent de nombreuses familles. « Il arrive que quinze personnes vivent dans un appartement, admet Susanne Tengberg, une responsable communale. Stockholm est une ville qui connaît beaucoup de ségrégation, qu’il s’agisse d’écarts de richesse, de santé.  » Un récent rapport indiquait que, parmi les 34 pays de l’OCDE, la Suède est celui où les différences entre riches et pauvres se sont le plus aggravées entre 1995 et 2010.

A cela s’ajoute le sentiment d’être laissé-pour-compte. « La plupart des centres pour jeunes ont été fermés », proteste Nagat, une habitante d’Husby. Plusieurs services publics ont cessé leur activité ces dernières années. Mardi, le premier ministre conservateur, Fredrik Reinfeldt, estimait que c’était d’abord aux habitants de prendre des mesures pour régler les problèmes.

[1] Cf. Olivier Truc, Le Monde, 24.05.2013.

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