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Du PCF à BHL: l’histoire intellectuelle selon Pierre Nora

26 mai 2013

Alors que le CNL lui consacre une journée de débats le 29 novembre, Pierre Nora rassemble plusieurs dizaines d’articles dans «Historien public». [1] L’occasion de découvrir un commentateur acéré, de la vie politique française comme du cas BHL. [2]

Pour le grand public, le nom de Pierre Nora est associé au vaste ensemble qu’il dirigea sur «Les lieux de mémoire» dans les années 80, signe annonciateur de la place que la mémoire historique allait bientôt prendre dans le débat national. Mais en lisant ses textes publiés écrits en un demi-siècle de vie intellectuelle (dont le tout premier: «Professeur à Oran», publié par «France-Observateur» en 1960), on découvre un commentateur acéré de la vie politique et intellectuelle, dont les sujets dépassent largement les discussions d’historien.

Trois exemples:
1) Du PCF au gauchisme
En 1963, à la demande de Pierre Viansson-Ponté, Pierre Nora assiste à la «Semaine de la pensée marxiste» organisée par le Parti communiste français à la Mutualité.
«Ces jeunes étudiants (…) ont perdu la vertu d’être extrêmes en tout, dans le don de soi, dans le messianisme révolutionnaire (…). Ce ne sont plus des fanatiques, ils prennent des notes.» Ne pas oublier, alors, que c’est de la rébellion des militants de l’Union des étudiants communistes (UEC) qu’est né, dès 65-66, le gauchisme français – qui fut l’un des fossoyeurs du communisme français.

2) BHL, l’«égocrate»
En 1981, la revue « Le Débat », que Pierre Nora anime avec Marcel Gauchet, consacre un dossier à «l’Idéologie française», de Bernard-Henri Lévy. Toutes les critiques que l’on a pu faire depuis au «nouveau philosophe» y sont exprimées avec précision et une dureté totale.

Non seulement la prétention de BHL d’écrire «l’envers de l’histoire» est moquée comme une «histoire à l’envers», dont sont montrées les approximations, mais Pierre Nora se livre à une analyse cruelle du phénomène BHL: «Ni effort de vérité, ni souci de réalité: un discours qui ne vise que l’effet social» porté par un «je» omniprésent et qu’il désigne joliment sous le nom d’«égocratie transgressive». «L’ingrédient de base de la pensée Lévy, c’est le ‘je dis que’», «le ‘je’ d’intimidation, le ‘je’ de dénonciation, le ‘je’ du poing et du menton (…) le ‘je’ du vide pour la consommation de masse.»
Car à la différence du «je» de «Breton, Aragon, Drieu et (…) Sartre», ce «je»-là est médiatique, donc véhément, car «la Télé, comme Dieu, vomit les tièdes.»

3) Comment peut-on (encore) être un intellectuel?
En l’an 2000, Pierre Nora observe la convergence entre l’épanouissement d’un «activisme intellectuel de l’immédiat qui doit tout aux médias» et la «remontée idéologique de la gauche de la gauche.» Deux phénomènes qui, dit-il «s’enracinent dans un radicalisme moral et un révoltisme spontané qui sont la marque de fabrique de l’intelligentsia à la française.» Pour lui, l’intellectuel est né avec le «J’accuse» de Zola et son époque «coïncide avec l’âge des totalitarismes»:

«S’il ne doit sortir de la tragédie que pour, comme l’histoire qui se répète deux fois, se recommencer dans la farce et dans l’histoire, alors mieux vaut franchement l’enterrer avec le siècle et les honneurs qui lui sont dus.»
Dix ans plus tard, alors que la crise appelle au contraire une nouvelle phase d’engagement intellectuel, on peut prendre ce diagnostic comme une mise en garde contre la tentation de singer des maîtres d’hier.
***

[1] Pierre Nora, Historien public, Gallimard, 2011.
[2] Eric Aeschimann, Le Nouvel Observateur, BibliObs, 23-11-2011.

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