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Vie privée : en danger sur le Net ?

27 mai 2013

De Facebook aux e-mails, notre intimité est de plus en plus exploitée à des fins commerciales par les grands groupes qui règnent sur le web.

Facebook et le flou de la vie privée
« Je n’ai jamais été anti-Facebook mais je viens de tomber sur des conversations privées qui ont été rendues publiques ». La polémique a pris sur le web et dans les médias : Facebook aurait rendu publics des messages pourtant classés privés jusque-là.

Après un mouvement de panique, il s’avère que le réseau social – qui a dépassé le milliard d’utilisateurs récemment – n’a pas révélé le contenu des messageries privées des internautes, mais modifié discrètement ses paramètres, entraînant la publication de messages de mur à mur et ainsi une large confusion. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a confirmé l’absence de bug mais critiqué « une confusion des utilisateurs [suite à] des changements de paramètres de confidentialité, réalisés à l’insu des utilisateurs ». Pour éviter toute mauvaise surprise, il convient de bien veiller aux personnes qui ont accès à chaque message ou photo publiés (via le bouton en forme d’écrou). Mieux, s’interroger sur les conséquences d’une publication si celle-ci était accessible à d’autres personnes que prévu.

Twitter, informateur de la police
« Je suis sérieux, des gens vont mourir, comme à Aurora. » La menace d’une nouvelle tuerie est publiée en août dernier sur le site Twitter par un certain @ObamasMistress (littéralement, « la maîtresse d’Obama ») qui ciblait un théâtre new-yorkais où se produisait le boxeur Mike Tyson. La police de New York a pris très au sérieux les propos de celui qui se définit comme une « célébrité anonyme », réclamant au réseau social ses coordonnées. Après avoir tout d’abord refusé, et une assignation à comparaître plus tard, le site a finalement livré l’identité de l’internaute.

Même schéma mi-septembre avec l’identité d’un manifestant du mouvement de contestation Occupy Wall Street. Dans 75% des cas, Twitter livre aux autorités qui les réclament des informations permettant d’identifier des personnes considérées comme suspectes. En France, la police, la gendarmerie, la douane, la répression des fraudes, l’Urssaf ainsi que de nombreuses institutions d’Etat peuvent réclamer aux sites web l’identité ou les activités en ligne d’un internaute pendant un an, selon un décret de février 2011. Même procédure auprès des fournisseurs d’accès à internet qui peuvent donner le détail d’un an de la vie numérique d’un internaute. Google aurait ainsi reçu, entre juillet et décembre 2011, 1.404 demandes de renseignement sur ses utilisateurs.
Les enquêteurs peuvent aller plus loin et récolter toutes les données d’un ordinateur via un mouchard installé à distance, à l’image d’une écoute téléphonique. Le tout sous le contrôle d’un juge. Par ailleurs, les cyber-inspecteurs ne se cachent pas d’utiliser les réseaux pour leurs investigations. « Tous les suspects font désormais l’objet d’une recherche sur Google, Facebook et autres », confie un gendarme. « De nombreuses informations sont librement accessibles à tous, aux internautes comme aux enquêteurs. »

Street View
« Pour quel motif les photographies d’espaces privés c’est-à-dire d’habitations, de clôtures de propriété, de véhicules, etc., seraient exposées sur la Toile à la vue du monde entier ? », interroge le député de l’Union des Démocrates et Indépendants Jean-Christophe Lagarde. Il dénonce l’atteinte à la vie privée du service Street View qui permet à n’importe quel internaute de naviguer virtuellement dans les rues d’une ville, photographiée sous tous les angles par le géant américain.

L’aflux de 240.000 demandes de suppression par des citoyens de toute image de leur domicile a d’abord retardé le lancement du service en Allemagne, jusqu’à ce que Google jette l’éponge et décide de laisser en friche sa version allemande.

En Suisse, un tribunal a imposé un meilleur floutage des visages ou des plaques d’immatriculation. En France, Street View n’a fait l’objet que d’une plainte en référé, déboutée. Le service couvre désormais plus de 80% des routes hexagonales. Jean-Christophe Lagarde vient de déposer une proposition de loi pour que Google soit contraint de demander aux propriétaires d’espaces privés pris en photo l’autorisation avant toute publication sur Street View.

En attendant, il est possible de réclamer qu’une photo de son visage, de sa maison ou de sa voiture soit floutée, sous dix jours, en cliquant sur « Signaler un problème » (en bas à gauche) et en motivant la demande par une explication rapide.

Des e-mails pas si privés
Le mail est-il un courrier électronique privé ? Pas vraiment. De Google à Microsoft en passant par Yahoo ! ou Facebook, les géants du web proposent tous leur service de messagerie… et en profitent pour lorgner les mails échangés. Tous reconnaissent la pratique, se cachant derrière un « scan » automatisé. « Nous pouvons utiliser des robots pour isoler des informations issues d’e-mails […] afin d’aider à détecter et protéger contre le spam et les logiciels malveillants », explique Microsoft.

Google analyse ainsi en détail les contenus afin de proposer des publicités ciblées. « La plupart des annonces que nous affichons à côté d’un mail s’appuient sur le contenu », reconnaît le groupe de Mountain View. Même topo chez Facebook qui se réserve le droit de scruter les messages dits « privés » à la recherche de « toute activité criminelle » et, le cas échéant, de dénoncer la personne aux autorités. Ces pratiques posent problème au regard du Code pénal français qui protège « le secret des correspondances », même électroniques, et punit toute atteinte à l’intimité de « paroles prononcées à titre privé ».

Les patrons revendiquent souvent aussi un droit de regard sur les mails échangés depuis le lieu de travail. Légalement et avec accord de l’employé, il peut accéder aux messages reçus et envoyés depuis la boîte professionnelle, sauf si ceux-ci portent explicitement la mention « personnel » ou « confidentiel ». Si le Code du Travail l’interdit, techniquement, rien ne l’en empêche.

Les pièges du e-commerce
« C’est en faisant un deuxième achat sur Amazon.fr que j’ai compris comment j’avais perdu 500 euros sur mon compte. Mes coordonnées bancaires avaient été mémorisées automatiquement, j’imagine que des hackers y ont eu accès facilement. » Des témoignages comme celui de Marie, 35 ans, ne sont pas rares : 120 millions d’euros, c’est le montant total lié à des fraudes à la carte bancaire en ligne en 2011 en France, selon l’UFC-Que choisir.

Il est donc conseillé d’acheter sur des sites qui ne gardent pas leurs données bancaires, en particulier le cryptogramme visuel (les 3 chiffres au dos de la carte), comme le fait le géant Amazon. Au-delà, les sites aiment implanter des cookies, petits fichiers créés pour traquer les habitudes de navigation de l’internaute, et ainsi adapter leur publicité.

Pour contrer ces cookies espions, l’organisme international W3C (World Wide Web consortium) a mis en place l’option « Do not track », censée faire comprendre aux sites que l’internaute ne souhaite pas que son historique de navigation soit enregistré. Problème, certains sites comme Yahoo ! refusent le signal pour leurs intérêts publicitaires. Pour répondre à ces questions, le gouvernement a annoncé qu’un projet de loi destiné à garantir la protection des données personnelles et de la vie privée numérique sera présenté au premier semestre 2013.

[1] Cf. Mélissa Bounoua et Boris Manenti, Le Nouvel Observateur, 16.11.2012

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