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« Perdre son temps » : la nouvelle fracture numérique

20 juin 2013

Un article est paru en juin 2012 dans le New York Times sous la plume de Matt Richtel (@mrichtel) ; il est intitulé « Perdre son temps : la nouvelle fracture numérique ».

« Dans les années 90, commente l’article, le terme de « fracture numérique » est apparu pour décrire la séparation entre ceux qui possédaient la technologie, et ceux qui ne la possédaient pas. Il a été à l’origine de nombreux effort pour mettre dans les mains des Américains, en particulier des familles les plus défavorisées, les outils numériques dernier cri. Ces efforts ont permis de réduire la fracture. Mais ils ont eu une conséquence inattendue, qui a surpris aussi bien les chercheurs que les politiques et le gouvernement. D’après les études menées, une fois l’accès aux technologies démocratisé, les enfants des familles les plus pauvres passent considérablement plus de temps que les enfants de familles aisées à regarder la télévision ou utiliser leurs gadgets pour regarder des émissions et des vidéos, pour jouer ou se connecter à des réseaux sociaux. Ce nouveau fossé, celui du « temps gaspillé » dépend plus, selon les chercheurs, de l’aptitude des parents à surveiller et limiter l’usage des technologies par leurs enfants, que de l’accès à ces mêmes technologies.

« Cette nouvelle fracture préoccupe à ce point les autorités que la Federal Communications Commission réfléchit à dépenser 200 millions de dollars pour créer un corps de formateurs dédié à l’alphabétisation numérique. Ce groupe composé de milliers de personnes parcourrait les écoles et les universités pour enseigner l’usage intelligent des ordinateurs aux parents, aux élèves et aux chercheurs d’emploi.”

La FCC dit vouloir toujours mettre l’informatique dans la main de tous les Américains, car le fossé reste important. Selon elle, près de 65 % des Américains ont un accès à internet chez eux, mais on tombe à 40 % pour les foyers aux revenus les plus bas. 50 % des Hispaniques et 40 % des Afro-américains n’ont pas d’accès à l’internet. Il ne s’agit donc pas de limiter l’accès. Mais, selon la célèbre ethnographe américaine Danah Boyd, « l’accès n’est pas la panacée. Non seulement ça ne résout pas le problème, mais cela reflète et magnifie les problèmes existants ». Comme beaucoup de chercheurs, Danah Boyd pense que l’effort initial de réduction de la fracture numérique n’avait pas anticipé que les ordinateurs seraient utilisés à ce point à des fins de divertissement.

Une étude publiée en 2010 par la Kaiser Family Foundation a montré que les enfants et adolescents dont les parents n’avaient pas l’équivalent du bac passaient 90 minutes de plus par jour à utiliser les médias que les enfants de familles plus favorisées socioéconomiquement. « Malgré l’utilisation éducative potentielle des ordinateurs, la réalité est que leur usage éducatif ou pour la création de contenu ayant du sens est minuscule comparé à leur usage pour le divertissement pur », explique Vicky Rideout, qui a mené l’étude pour la Fondation Kaiser, « au lieu de réduire la fracture, ils augmentent le fossé du temps gaspillé ». L’article montre ensuite que les conséquences peuvent parfois être désastreuses, notamment pour la scolarité.

Le constat n’est pas nouveau, mais ce que notent les chercheurs, c’est l’accroissement de l’écart, en temps et usage, un accroissement dû, et c’est un paradoxe à des politiques bienveillantes de démocratisation de l’accès. L’exemple américain pourrait inspirer une politique numérique en montrant qu’elle doit tenir sur deux jambes : accès d’un côté, éducations aux usages de l’autre…

[1] Xavier de la Porte, Internet Actu, Le Monde Blogs, 22 juin 2012.

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