Accueil > Non classé > Formations au coaching : escroqueries et manipulations

Formations au coaching : escroqueries et manipulations

26 juin 2013

On peut s’improviser coach comme on devient voyant extralucide ou marabout.

Une ambiance infantilisante [1]
«Je m’autorise à coacher avec la légitimité que je m’accorde moi-même». Cette phrase fut l’ultime conseil dont nous gratifièrent les deux animatrices, au terme d’une formation coaching. Quel aboutissement ! …

« Si je commence par la dernière journée, c’est qu’elle cristallise toute l’absurdité de ce stage. Ce jour-là, nous devions passer la « certification », sorte d’examen assorti de la remise d’un certificat attestant qu’on est « apte ». Des vingt-deux inscrits au départ, nous n’étions plus qu’une douzaine à nous présenter ; les autres avaient lâché en route ou avaient mieux à faire. Entre quelques allers-retours d’une salle de classe à la cafétéria […], on nous pose quelques questions. Le « on » est constitué par plusieurs duos de coachs, amis des animatrices […] et qui se voient auto- récompensés en fin de prestation par un « diplôme » de « super- master ». […] On nous fait phosphorer sur un thème général, par exemple «Qu’est-ce que l’estime de soi ? », puis on nous demande de déblatérer pendant une quinzaine de minutes devant deux «examinateurs », qui baillent ouvertement car il est bientôt l’heure du déjeuner… Puis on nous inflige un « par cœur », une récitation, comme à l’école primaire, sur l’ordre des questions à poser à un coaché. L’ambiance est, comme à l’accoutumée très scolaire et infantilisante, mais nous en avions pris l’habitude, et avions hâte d’en finir et de repartir avec le papier.
« J’ouvre une parenthèse pour préciser que cette fameuse certification contient également un «mémoire » qui consiste à raconter comment nous avons coaché deux personnes au cours de notre stage. Cette étape a ceci de curieux qu’au bout de deux ou trois jours de formation, on nous considère déjà comme des coaches et on nous demande de nous entraîner sur de « vrais cas ». De surcroît, on nous incite à nous faire rétribuer –certains ont quand même refusé-, parfois fort cher. C’est ainsi que l’une d’entre nous s’est autorisée à s’exercer dans des MC Do, en se faisant payer 50 euros la séance…

Bref, une fois tous les interrogatoires achevés, on attend. On attend le papier, et on attend de ficher le camp. Plusieurs heures s’écouleront, au cours desquelles on cherche à nous vendre un certain nombre de formations annexes orchestrées par le même binôme, ainsi qu’une adhésion à une association, dont le responsable vient nous faire l’article. Puis arrivent enfin les résultats : « Première, un telle… ! » annonce-t-on, comme à l’école : applaudissements, la bise à la chef et on lui remet la certification : copie de vrai diplôme, avec en filigrane, le portrait des deux animatrices !

« Seules quatre filles eurent droit à la belle image… Sur 22 inscrits au départ, 4 repartaient avec quelque chose. Commentaire des animatrices : « nous, on veut se démarquer des autres centres de formation, être plus sélectifs ; lorsque nous avons passé notre certification, sur 60 inscrits, 60 l’ont eue ». Renseignements pris, quand on s’inscrit à ce genre de stage, on paie et on obtient automatiquement la certification, c’est la règle.

« C’est donc sur une frustration, une blessure de leur ego surdimensionné que ce jour-là, elles en frustrèrent d’autres… […] Le groupe des « exclus » s’en fut prendre un pot ensemble, sous le choc de l’escroquerie. A aucun moment les responsables ne se manifestèrent. Le jeu était fini, circulez…
Un système d’évaluation malhonnête.

« Heureusement, les protestations commencèrent à fuser très rapidement. Certains menacèrent même d’aller devant le Tribunal de Commerce. […]S’ensuivit un échange de mails incohérents. D’un côté les messages de protestation bien légitimes, de l’autre, des textes stéréotypés utilisant un langage très spécifique, moralisateur, voire culpabilisant, du style […]. Certes, elles reconnaissaient avoir été un peu maladroites, mais restaient sur leurs positions : il fallait repasser l’examen (gratuitement) quelques mois plus tard. Certains le repassèrent, et l’obtinrent cette fois-ci avant même d’ouvrir la bouche… Au final, elles durent procéder comme tous les autres : donner ce qui a été payé.

« Parce qu’il faut savoir qu’aucun diplôme n’existe, que la «certification » ne veut rien dire, qu’il n’y a aucune légitimité dans tout cela. N’importe qui peut s’improviser coach de ceci ou cela : il n’existe aucune réglementation. […] Quelques associations veulent faire un tri, mais elles ne sont reconnues qu’entre elles, et encore ! Bien des coachs installés ne leur accordent aucune légitimité. C’est chacun pour soi. Ceux qui s’en sortent, démolissent les autres, et ceux qui ne s’en sortent pas ouvrent des « écoles de formation ». Il ne s’agit là que d’un nouveau marché de dupes.

« Comment y vient-on ?
« Cette mésaventure fut la conséquence d’un coup de tête : m’inscrire à une formation coaching. Comment y vient-on ?

« Il suffit d’un moment de faiblesse comme il peut en arriver à chacun de nous ; l’envie de se faire «booster ». Toute la publicité faite autour du coaching est séduisante, reconnaissons-le. Le terme même de coach résonne comme un tonifiant. […] Un tour rapide sur Internet m’apprit qu’il existe deux sortes de formations : les très chères et les autres. Pour ce que je voulais en faire, la moins chère suffirait. Une petite boîte toute nouvelle proposait la formation et un coaching personnel pour 3 000 euros, le tout étalé en trois séminaires le week-end, des téléconférences hebdomadaires le soir et un contact téléphonique avec un coach chaque semaine. Je m’inscrivis donc. La journée de contact était amusante, conviviale : une vingtaine de personnes venues de milieux très divers et avec des motivations éparses se rencontrent autour d’un table en U. Les deux animatrices firent leur numéro en nous présentant le programme sous son aspect le plus racoleur, et efficace. Style : comment on débloque rapidement des situations, comment vaincre ses peurs, comment optimiser ses compétences, développer ses capacités etc. Tout le monde souscrit à ce genre de proposition, surtout quand on a envie d’y croire. Certains venaient chercher une voie de reconversion professionnelle, d’autres attendaient une méthode pour développer des performances applicables dans l’entreprise, d’autres enfin espéraient –comme moi- y découvrir quelque chose de nouveau.

« Une fois les conditions acceptées, on paie, on signe, parfois sans même lire de trop près le contrat.
On a envie d’y croire.
« […] Le contenu des cours était intéressant : une émulsion de concepts puisés un peu partout, vulgarisés à outrance, un méli-mélo de techniques de développement personnel, de références à diverses écoles au succès épisodique lié à la mode du jour. Un peu de PNL, d’ennéagramme, d’analyse transactionnelle …quelques notions de coaching d’entreprise, qui contrairement à ce qui était annoncé dans le programme initial, furent quasi inexistantes…là encore il faut payer une formation supplémentaire…Mais au milieu de tout ce travail synthétisé, chacun y trouve quelque chose, pioche ce qui peut lui être utile, s’identifie à des situations, croit y trouver la solution d’un conflit , d’une difficulté. On nous serine qu’on est un être merveilleux à potentialiser que le coaching va révéler…On a envie d’y croire !

« On y relit un brin de Jung, de Freud, ça cautionne un peu…rassure sur le sérieux de l’affaire. D’autant qu’une des animatrice prétend avoir suivi une formation de psychothérapeute, on ne vérifie pas, évidemment. Renseignements pris, elle a suivi une brève initiation…

« Changement de locaux […] un très beau bâtiment avec un parc magnifique. Il fait beau en cette période (le stage s’étale entre janvier et septembre / octobre) et on supporte mieux le caractère infantilisant des cours où l’on nous traite comme des enfants qui doivent rester sages et obéir. En fin de journée, pour s’exprimer, on lève la main, l’animatrice nous envoie une peluche et là, on a le droit de parler…. Mais l’équipe de participants s’amuse et tout cela passe mieux. De temps à autre, on nous fait faire des «exercices », au cours desquels on est censé livrer des choses douloureuses ou difficiles de sa vie… et un autre participant nous coache, à force de questions très personnelles, une investigation très intime. Larmes de détresse pour certains, ahurissement pour d’autres etc. puis on va « goûter » : viennoiseries, jus de fruits…pendant que quelques-uns sèchent leur larmes dans leur coin. A chaque séminaire, on essaie de nous vendre (cher) un stage supplémentaire…

« Entre-temps, et jusqu’à la « certification », on assiste -ou non- à des téléconférences… Et puis on est soi-même coaché : l’un de ceux de l’année précédente qui veulent un « diplôme de super- master » nous entretient une fois par semaine ou tous les quinze jours par téléphone généralement … La personne qui s’est occupée de moi avait une bonne capacité relationnelle. Sauf que, lorsque l’ai voulu quitter le groupe, dès le premier séminaire, car je ne m’y sentais pas bien, elle a réussi à me convaincre de rester en m’expliquer que j’étais «enfant rebelle » et ce serait un bon exercice de faire un effort pour rester…

« Jusqu’au dernier jour, ce fameux « examen » ! … Si tout le monde était d’accord pour râler à ce moment là, peu d’entre nous se retrouvèrent ensuite pour dénoncer la supercherie. Ceux qui avaient eu leur « papier » ne voulaient plus entendre parler de rien ; les autres allaient l’avoir très rapidement, et pour finir, tous ceux qui le demandaient après coup, l’obtenaient automatiquement.

« Aujourd’hui, il y a donc quelques coachs supplémentaires sur le marché, ajoutés aux centaines d’autres que ces stages déversent régulièrement. Des personnes qui vont «accompagner » des clients, qui paieront ces services fort cher. S’il s’en trouve certains parmi ces coachs, dont le bon sens inné et la qualité d’écoute naturelle donneront des résultats probants, il en est d’autres – la majorité- qui ne feront que manipuler les crédules dans un rapport «gouroutisé ».

« Le marché est essentiellement citadin, et se rétrécit au vu du nombre de tous ces nouveaux coachs. D’où l’émergence de tous ces centres ou écoles de formation, qui sont encore, pour le moment, la seule source financière viable. Il faut préciser, que le plus grave, c’est que certaines « écoles » obtiennent un agrément pour que leurs stages soient financés par des entreprises, voire des administrations.
[1] Isabelle BERNARD, Skynet Blog, 11.09.12
http://www.psyvig.com/default_page.php?menu=35&page=19

* A lire: «L’Empire des coachs, une nouvelle forme de contrôle social » de Roland Gori et Pierre Le Coz chez Albin Michel. Ce livre expose très bien ce système de la pensée unique et de l’asservissement qu’il essaie d’engendrer.

Publicités
Catégories :Non classé
%d blogueurs aiment cette page :