Accueil > Économie, Finance, Gouvernance, Individualisation, Ordre marchand, Politique, théorie économique > L’entrepreneur mérite-t-il notre respect ?

L’entrepreneur mérite-t-il notre respect ?

26 juin 2013

businessplanPendant plusieurs années, j’ai eu une position ambivalente envers les entrepreneurs : doit-on ou non apprécier ce qu’ils sont ou ce qu’ils font ? Jusqu’à une époque récente, je les voyais comme de simples besogneux soudainement devenus, au milieu des années 1980, les penseurs des temps modernes. J’ai toujours eu un certain problème avec leurs discours de l’excellence, de la qualité totale, du gagnant et de la performance. Et ça, ce n’est pas sur le point de changer, car à mon avis, ce qui est excellent ne correspond guère qu’à la dernière définition de ce qui est à la mode ou de ce qui ne soulève pas d’objection particulière. Le philosophe américain Ralph Waldo Emerson ne disait-il pas que « La vertu que l’on réclame le plus dans la société est la conformité » ?

Alors, qu’est-ce qui a changé dans ma perception de l’entrepreneur ? Sa capacité à prendre des risques, prêt à mettre sa tête sur le billot, prêt à mettre son propre argent en jeu. Je ne parle pas ici des financiers et des économistes qui prennent des risques avec l’argent des autres, et encore moins des chroniqueurs des grands medias qui disent aux autres quoi faire en matière d’investissement, ou aux grands théoriciens de la finance et de l’économie. En fait, ce sont les petits entrepreneurs — contracteurs, tenanciers de restaurant, de bar et de bistro, propriétaires de boutiques et de quincailleries, plombiers, menuisiers, et tous ceux qui prennent des risques — qui mènent l’économie et qui l’empêche de sombrer, alors que les financiers mettent tout en œuvre pour la détourner à leur profit. Et ce sont ces gens là pour qui j’ai développé du respect. Même plus, en tant que professeur d’université, je ne dois jamais oublier que les petits entrepreneurs sont ceux qui fournissent et créent vraiment de l’emploi, et que tous ces gens qui paient des impôts sont ceux qui paient mon salaire.

Ma position sur l’entrepreneur peut sembler condescendante, mais elle ne l’est pas. Elle est juste un regard lucide et réaliste. Il ne faut jamais oublier qu’un entrepreneur n’est pas un parangon de vertus et de qualités, tout comme ne l’est pas un professeur d’université ou un politicien. La différence n’est que dans la façon de faire et de dire. Alors que l’entrepreneur joue le jeu vicieux de la concurrence et de tout ce que ça implique, je vous laisse le soin d’établir ce que font ceux qui ne sont pas des entrepreneurs et qui sont à la merci d’un salaire. L’un comme dans l’autre il y a le démon et l’ange.

La culture américaine de l’entrepreneuriat suggère qu’il est possible d’échouer sans honte, de faire faillite, et de se relever. Certes, plusieurs en sortent brisés, mais ceux qui s’en tirent en sortent grandis, et ce sont ceux là qui font que l’économie roule pour le profit de tous. Et si l’entrepreneuriat à l’américaine avait une seule chose à nous apprendre, ce serait bel et bien celle-ci, et elle n’a rien à voir avec la culture du gagnant et du battant dont les coachs de vie nous rabattent les oreilles.

Au final, que vous soyez ou non un entrepreneur, vous êtes au-dessus de la mêlée si et seulement si vous prenez des risques et que vous en assumez vous-même toutes les conséquences avec dignité. À ce titre, Sénèque demeure un modèle incontestable. Conclusion de l’affaire : il n’est pas nécessaire d’être un entrepreneur en autant que l’on prenne soi-même des risques et qu’on en assume les conséquences. Là où l’entrepreneur fait une différence importante, c’est dans le risque qu’il prend, car il a la possibilité de créer de l’emploi, et ça, ce n’est pas anodin.

© Pierre Fraser, 2013

Publicités
  1. 27 juin 2013 à 20 h 10 min

    Oui, les entrepreneurs prennent énormément de risques. Ceux que vous citez, mais d’autres aussi notamment dans l’Internet. J’ai créé ma société il y a 5 ans après avoir été salarié pendant 10 ans.
    Le premier rêve de l’entrepreneur est de pouvoir recruter une personne, puis deux, puis trois afin d’avoir une équipe avec qui travailler et partager sa passion.
    Les petits entrepreneurs créent de l’emploi, merci de le souligner car on a tendance à croire que c’est l’apanage des sociétés du CAC 40 ce qui est loin d’être le cas.

  1. No trackbacks yet.
Commentaires fermés
%d blogueurs aiment cette page :