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Tous imposteurs ?

26 juin 2013

Y a-t-il une recrudescence d’imposteurs chez les intellectuels ? « L’imposteur sait qu’il est inutile de perdre son temps à réfléchir, à créer, à prendre des risques », écrit Marc Crapez. [1]

Internet n’a pas arrangé les choses. Plusieurs études montrent une recrudescence des impostures scientifiques. A tous les niveaux, circulent des textes basés sur des données plagiées, voire inventées ou falsifiées.

La presse papier avait joué un rôle de dissidence par rapport aux médias audio-visuels. La pilosité ou l’accoutrement ont pu tenir lieu d’idées pour être « vu à la télé ». Mais les échanges d’arguments persistaient entre penseurs moins télégéniques, de Raymond Aron à Guy Debord. Puis s’est opérée une « montée de l’insignifiance ». La fameuse « pensée critique » continue de tourner à vide, prétendant enfreindre des tabous alors qu’elle est célébrée par la pensée dominante. Dire des banalités largement diffusées dans la société, c’est penser en série sans faire preuve d’audace intellectuelle.

Google et Free ont un point commun. Dès que l’on émet la moindre critique à leur endroit, on passe pour sacrilège. Des gens qui se piquent de rationalité se révèlent tout à coup empreints d’une religiosité sectaire. On ne plaisante pas avec ces vaches sacrées de la modernité.

De plus en plus la pensée paraît moins critique que moutonnière. Sur Facebook, un journaliste dont le nom figure dans le « programme télé » recueille de 2.000 à 20.000 suffrages, un intello qui passe assez souvent à la télé ne franchit pas toujours les 500, un savant qui n’y passe pas plafonne à 50. Pour étudier le geste Facebook du « j’aime, j’aime pas », un test a été réalisé sur des cobayes volontaires.

On a proposé à un panel d’internautes de donner leur avis sur Music Lab, un site web présentant des chansons peu connues. Dans l’exercice où les participants savaient quels morceaux les autres auditeurs avaient écouté, aimé ou détesté, ils s’avéraient fortement influencés par les premiers avis. Au point qu’un mauvais commencement condamnait presque irrémédiablement une musique, tandis qu’à l’inverse un bon départ augurait un plébiscite.

En démocratie téléchargeable, difficile de sortir des sentiers battus. Le consensus de gauche sur la société et de centre-droit sur l’économie forme un mainstream flanqué de quelques parts de marché divergentes, où des républicains ne s’affranchissent pas des timidités de gauche, où des souverainistes épousent le conformisme anti-libéral, et où des libéraux adhèrent au conformisme libre-échangiste.

Madame de Staël observait déjà: « Un Français s’ennuierait d’être seul de son avis comme d’être seul dans sa chambre. Si l’on répandait le bruit que telle manière de voir est universellement reçue, l’on obtiendrait l’unanimité, malgré le sentiment intime de chacun ».

[1] Marc Crapez, Marianne, 31.05.13
Cf. http://www.marianne.net/La-faillite-de-la-pensee-critique_a229200.html

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