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Cinq idées reçues sur les études de genre

11 août 2013

Loin d’être une idéologie unifiée, le genre est avant tout un outil conceptuel utilisé par des chercheurs qui travaillent sur les rapports entre hommes et femmes.

• Le genre est-il est une théorie ?
Pour parler du genre, ses détracteurs utilisent l’expression « théorie du genre » plutôt qu' »étude », un changement de terme qui a pour objectif de semer le doute sur son aspect scientifique. Mgr Tony Anatrella, dans la préface de Gender, la controverse, explique ainsi que la théorie du genre est un « agencement conceptuel qui n’a rien à voir avec la science ».
Les chercheurs refusent donc l’utilisation du terme « théorie du genre », préférant parler d' »études sur le genre », puisqu’il s’agit d’un vaste champ interdisciplinaire regroupant tous les pans des sciences humaines et sociales (histoire, sociologie, géographie, anthropologie, économie, sciences politiques…). Leurs travaux analysent donc des objets de recherche traditionnels tels que le travail ou les migrations, en partant d’un postulat nouveau : le sexe biologique ne suffit pas à faire un homme ou une femme, les normes sociales y participent grandement.

• Le genre est-il une idéologie ?
« Le genre est un concept. Ce n’est ni une théorie ni une idéologie, mais un outil qui aide à penser », insiste le sociologue Eric Fassin, spécialiste de ces questions. A l’intérieur même des études de genre, plusieurs écoles existent, comme dans tous les domaines des sciences sociales. Par exemple, les travaux de la sociologue du travail Margaret Maruani analysent l’histoire de l’accès des femmes au travail tandis que le psychiatre Richard Rechtman utilise la notion de genre pour interroger la manière dont un individu construit son d’identité.

• Les chercheurs sur le genre sont-ils militants ?
S’il est vrai que le développement des études de genre est lié au mouvement féministe des années 1970, le concept de gender (« genre ») n’est pas créé par les féministes. Il apparaît dans les années 1950 aux Etats-Unis dans les milieux psychiatriques et médicaux. Le psychologue américain John Money parle ainsi pour la première fois des « gender roles » en 1955 afin d’appréhender le cas des personnes dont le sexe chromosomique ne correspond au sexe anatomique.

En 1968, le psychiatre Robert Stoller utilise quant à lui la notion de « gender identity » pour étudier les transsexuels, qui ne se reconnaissent pas dans leur identité sexuelle de naissance.
C’est dans les années 1970 que le mouvement féministe se réapproprie les questions de genre pour interroger la domination masculine. Les « gender studies » (« études de genre ») se développent alors dans les milieux féministes et universitaires américains, s’inspirant notamment de penseurs français comme Simone de Beauvoir – et son célèbre « On ne naît pas femme, on le devient » –, Michel Foucault ou Pierre Bourdieu.

En France, la sociologue Christine Delphy est l’une des premières introduire le concept en France, sous l’angle d’un « système de genre », où la femme serait la catégorie exploitée et l’homme la catégorie exploitante. Mais la greffe ne s’opère réellement que dans les années 1990, lorsque le débat sur la parité s’installe au niveau européen. La promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes devient l’une des tâches essentielles de la Communauté européenne avec l’entrée en vigueur du traité d’Amsterdam en 1999, notamment dans son article 2.

• Les études de genre nient-elles la différence entre les sexes ?
Le concept de genre s’est développé comme une réflexion autour de la notion de sexe et du rapport homme/femme. Loin de nier la différence entre le sexe féminin et le sexe masculin, le genre est utilisé par les chercheurs comme un outil permettant de penser le sexe biologique (homme ou femme) indépendamment de l’identité sexuelle (masculin ou féminin). Il ne s’agit donc pas de dire que l’homme et la femme sont identiques, mais d’interroger la manière dont chacun et chacune peut construire son identité sexuelle, aussi bien à travers son éducation que son orientation sexuelle (hétérosexuelle, homosexuelle, etc.).

En dissociant intellectuellement le culturel et le biologique, le concept de genre interroge les clichés liés au sexe. Par exemple, l’idée selon laquelle les femmes sont plus naturellement enclines à s’atteler aux tâches domestiques que les hommes est de l’ordre de la construction sociale et historique, et non pas liée au fait que la femme dispose d’un vagin et d’ovaires.

Certains travaux de biologistes, tels ceux de l’Américaine Anne Fausto-Sterling, montrent que l’opposition entre nature et culture est vaine, les deux étant inextricables et participant d’un même mouvement. Il ne suffit pas de dire que quelque chose est biologique pour dire que c’est immuable. C’est l’exemple du cerveau humain : il évolue avec le temps, et de génération en génération.

• Les études de genre confondent-elles le genre et l’identité sexuelle ?
Quand le ministère français de l’éducation a annoncé sa volonté d’introduire le concept de genre dans les manuels scolaires des classes de première, la sphère catholique et conservatrice s’est insurgée contre une « théorie » quelle accusait de nier l’individu au profit de sa sexualité. Dans une lettre envoyée au ministre de l’éducation, Luc Chatel, en août 2011 et signée par 80 députés UMP, on peut lire que, « selon cette théorie [du genre], les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualité ».

Un mot d’ordre relayé par Gérard Leclerc dans un éditorial de France catholique datant de mai 2011, dans lequel il pointe la menace de ce qu’il qualifie d' »arme à déconstruire l’identité sexuelle ». C’est d’ailleurs cet argument qui nourrit l’idée selon laquelle « le vrai but du mariage homosexuel est d’imposer la théorie du genre ».

Mais les études sur le genre, et a fortiori le texte proposé pour les manuels de SVT par le ministère, insistent au contraire sur la différence entre identité sexuelle et orientation sexuelle. Il s’agit d’étudier comment s’articulent ces deux mouvements entre eux, et non de substituer l’un à l’autre. Par exemple, les personnes transsexuelles interrogent leur genre, et non pas leur sexualité. On peut changer de genre sans changer de préférence sexuelle.

Dans une réponse au député UMP Jean-Claude Mignon qui, dans une question à l’Assemblée, demandait que les nouveaux manuels de Sciences de la vie et de la terre (SVT) soient retirés de la vente, le ministre de l’éducation Luc Chatel souligne bien que « la ‘théorie du genre » n’apparaît pas dans le texte des programmes de SVT ». « La thématique ‘féminin/masculin’, en particulier le chapitre ‘devenir homme ou femme’, permet à chaque élève d’aborder la différence entre identité sexuelle et orientation sexuelle, à partir d’études de phénomènes biologiques incontestables, comme les étapes de la différenciation des organes sexuels depuis la conception jusqu’à la puberté », ajoute le ministère.

[1] Cf Delphine Roucaute, Le Monde.fr, 25.05.2013

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