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Quand le cerveau résiste à la dépression

13 août 2013

En ces temps de morosité collective relevant davantage de la chose publique que de la médecine, il faut distinguer la déprime de l’état dépressif majeur, authentique maladie mentale, qui concerne chaque année plus de 3 millions d’individus en France et conduit à l’hospitalisation et au suicide. Ce désordre sévère est à rapprocher du syndrome de stress post-traumatique dans lequel le sujet a été confronté à un événement violent. Ces deux pathologies comparables se traduisent par une tristesse profonde allant bien au-delà du désespoir ordinaire. Des idées noires avec pulsions suicidaires et d’autres traits négatifs assombrissent encore le tableau. [1]

Dans la dernière décennie, les recherches neurobiologiques ont permis de reconnaître les facteurs intervenant dans la pathologie dépressive. Le premier agent d’exécution est l’axe cerveau-surrénales, qui conduit à la sécrétion de cortisol. Ce dernier agit en retour sur le cerveau et notamment sur l’hippocampe, région qui intervient dans la gestion des humeurs et de la mémoire. D’autres agents hormonaux, comme la testostérone et le neuropeptide Y, interviennent de façon positive face au stress. Un ensemble de découvertes (voir revue de S. J. Rosso et coll., dans Nature neuroscience de novembre 2012) montre que le cerveau de l’homme possède des mécanismes s’opposant à la dépression, qu’ils soient d’origine génétique ou acquis dans les premiers temps de l’enfance. Lorsque le cerveau est sous l’emprise du plaisir, du désir ou de la souffrance, des phénomènes adaptatifs se développent qui s’opposent à ces manifestations et tendent à les atténuer, voire à les faire disparaître – on parle de tolérance. De la même façon, des stress répétés engendrent une résistance empêchant ou atténuant les désordres de la dépression majeure et du syndrome post-traumatique. Ainsi, les chercheurs décrivent chez l’animal de laboratoire une méthode appelée « stress inoculation » – par comparaison avec l’inoculation du germe en vue de protéger le sujet de la maladie (vaccin), pratique inaugurée en Ecosse à la fin du xviiie siècle.

Des études ont montré que de jeunes rats exposés à des chocs électriques faibles et intermittents sur les pattes réagissaient plus tard de façon positive à des situations anxiogènes. Chez l’enfant, une exposition précoce à des stress modérés lui permet de résister à l’âge adulte aux situations traumatisantes. Découvert récemment, le phénomène de la neurogénèse chez l’adulte (voir Pierre-Marie Lledo et coll., La Recherche, n° 367, septembre 2003) est particulièrement actif dans l’hippocampe, où il procède à un renouvellement permanent des réseaux neuronaux. Ces derniers sont sous le contrôle effectif des neurones fraîchement formés. Il paraît aujourd’hui admis que la neurogénèse intervient dans les désordres de l’humeur. La dépression sévère s’accompagne d’une perte de plus de 30 % du volume de l’hippocampe avec une diminution du nombre de neurones nouvellement formés. A l’opposé, l’augmentation de ces derniers induit la résistance au stress post-traumatique et à l’installation d’une dépression majeure. Notons également que les antidépresseurs augmentent la neurogénèse adulte.

Celle-ci apparaît donc comme la plaque tournante de la plasticité neuronale dans le domaine de l’affect. L’imagerie cérébrale et la stimulation électrique devraient dans un proche avenir élucider les clefs de la résistance aux désordres de l’humeur et permettre l’introduction de thérapies innovantes, notamment dans les dépressions majeures résistantes aux traitements pharmacologiques classiques.

[1] Cf Jean-Didier Vincent, L’Express, 12/01/2013.

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  1. 13 août 2013 à 15 h 36 min

    Bonjour

    M’autorisez vous à reprendre tout ou partie de votre article en citant mes sources, bien sûr. Salutations

    • georgesvignaux
      13 août 2013 à 16 h 27 min

      Oui !
      GV

  2. 13 août 2013 à 16 h 18 min

    Je ne crois pas que les imbéciles aient pris le pouvoir. Ce sont plutôt les médiocres qui ont pris le pouvoir, et ce depuis trois décennies. Comme disait Audiard,  » ne pas reconnaître son talent, c’est favorisé la réussite des médiocres. ». Et bien, dans cette société où tout a été banalisé, où tout est possible, où l’on peut faire n’importe quoi sans que la critique positive soit prise en compte, c’est le terreau où les médiocres ont semé. Il sera très difficile de les chasser, mais déjà en prendre conscience, c’est le début de l’acceptation d’une réalité. Pour que le monde aille mieux, il faut éradiquer les médiocres.

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