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L’art du mensonge en politique

21 août 2013

Claire Gallois a relu « L’art du mensonge en politique » de Jonathan Swift. Elle en applique les principes à la vie politique d’aujourd’hui.

Bien sûr qu’ils ont tous menti. Hollande, Ayrault, Moscovici, Valls et bien d’autres. Outre les révélations de Mediapart, Alain Bauer, spécialiste des questions de sécurité, lâche le 15 décembre, dans une interview au Monde : « Mais évidemment que Cahuzac a un compte en Suisse, tout le monde le sait. » Bauer est un ami de Valls et de Stéphane Fouks, chargé de la communication de Jérôme Cahuzac. On peut s’étonner qu’ils aient gardé chacun pour soi l’éventuelle menace de la vérité au grand jour, et qui se révèlera une catastrophe pour l’image du gouvernement. [1]

Ils ont peut-être lu L’art du mensonge politique, petit traité de Jonathan Swift qui évoque une question centrale : faut-il cacher la vérité au peuple pour son bien, le tromper pour son salut ? Oui ! Qu’on le gouverne donc par le mensonge et pour son bien. Le 14 avril, chez Laurent Ruquier, Manuel Valls répond à la question : » Ne pensez-vous pas que Nicolas Sarkozy lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, aurait tout su, dès le début » ? Réplique étourdie de l’intéressé : « Il n’aurait peut-être rien dit. » Tiens donc…, à méditer.

La gauche avait le privilège du coeur et de la vertu. Le mensonge politique a été de longue date le privilège de la droite, le privilège du coeur et de la vertu revenant à la gauche. La crise aidant, le mensonge s’est démocratisé et n’épargne ni les partis, ni les médias et leurs concours de révélations, rebondissements, éclaboussures diverses. Il n’y a plus de gauche ni de droite, les fraudes diverses les ont fait exploser. Le gag mortel du ministre du Budget en charge de traquer la fraude, qui avoue avoir menti, a balayé la République irréprochable revendiquée par Hollande lors de son élection et pourrait même pulvériser le système s’il est prouvé que Cahuzac n’était pas seul dans son paradis fiscal et, pire, que les têtes du gouvernement savaient.

L’Élysée tente de sauver les meubles. Hollande fait part de son émotion, se dit « meurtri ». Il fait son possible pour réduire la situation à deux personnes, évoque une faute impardonnable, et tranche : dès lors qu’on est en procédure, on ne peut plus rester au gouvernement. Dans ses promesses de campagne, parfois ridicules et non tenues comme « Moi, président, il n’y aura plus de viande halal dans les cantines », il y avait aussi celle de lever l’immunité pénale pour le président. Swift : » Vous reconnaîtrez leurs mensonges aux serments excessifs qu’ils vous font à plusieurs reprises. » Fermons la parenthèse de l’inoubliable tirade de « Moi président ». Swift a encore la solution : »On peut préférer l’indignation à l’ironie, dénoncer la corruption de la vie publique, réclamer sa transparence » – l’exacte attitude de François Hollande. Son projet de loi sur la moralisation de la vie politique est la reconnaissance officielle de la corruption à tous les étages. On parle de 40 parlementaires qui auraient des comptes à la fameuse UBS.

L’obligation de déclarer son patrimoine : la mesure la plus nulle tant qu’elle est uniquement déclarative et non contrôlée. Jérôme Cahuzac l’avait faite, cette déclaration ! Qu’elle eût été rendue publique ne l’aurait pas davantage incité à mentionner ses fonds secrets. Sans négliger le coup d’envoi donné aux jalousies, aux suspicions, aux dénonciations. M. Hollande n’est pas forcément un gros réticent à la vérité, son problème, c’est de ne pas vivre dans le réel. Il est toujours innocent. Son trésorier de campagne possède des fonds bizarres aux îles Caïmans ? Ben non, il savait pas. De même qu’il ne savait rien du tout sur Strauss-Kahn. M. Hollande privilégie la pensée magique : « Je veux que l’Europe mette en place une lutte contre les paradis fiscaux. » « Je veux éradiquer la corruption. » Sans oublier la plus importante, bien enfumée par les réformes sociétales, les cinq millions de chômeurs : »J’inverserai la courbe du chômage avant la fin de 2013. » Parions que si le peu de résultats de la politique gouvernementale s’aggrave encore, et l’impopularité qui va avec, il va nous sortir son projet de loi sur l’euthanasie. « On s’approche peut-être de l’état idéal où le discours politique serait enfin débarrassé du fantôme même de la vérité qui, comme un vieux remords, le hante parfois encore. »

Et dire que Swift aurait 346 ans…

[1] Cf http://www.lepoint.fr/invites-du-point/claire-gallois/l-art-du-mensonge-politique-15-04-2013-1655168_1445.php

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