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La dernière panne du Nasdaq

31 août 2013

Pour Alexandre Laumonier, anthropologue des marchés financiers, elle n’est pas que le fruit d’une technologie défaillante mais tient à la privatisation des places financières.

Pendant trois heures, le 22 août, le Nasdaq a suspendu toute activité en raison d’un problème technique.

Sait-on aujoud’hui ce qui s’est vraiment passé ?
Pour une plateforme qui fonctionne avec des transactions à hautes fréquences, trois heures, c’est très long. Et cela remet en question l’intégrité du Nasdaq. Sur le plan technique, on ne dispose pas encore de toutes les informations pour savoir ce qui s’est passé. Le Nasdaq tente de rejeter la responsabilité de la panne sur Nyse Arca (le système de négociations électroniques du Nyse), mais sans le nommer. C’est un peu la stratégie du « c’est pas moi, c’est lui… » Disons simplement que cette panne est une conséquence directe de la complexité technologique des marchés. Depuis 2007, il y a 13 marchés financiers officiels aux Etats-Unis, dont le Nasdaq, Nyse (la bourse de New York), Nyse-Arca etc. A côté de ces marchés officiels, il a des « darks pools », des plateformes alternatives où les transactions sont anonymes sans que les informations sur les cotations soient diffusées à l’extérieur.

D’où vient la panne ?
Il faut comprendre la structure des marchés financiers. Les informations concernant les prix de toutes les plateformes passent par les « Security information processors », les SIP dans le jargon. La panne vient, semble-t-il, du SIP du Nasdaq qui n’envoyait plus les données des cotations en cours aux autres marchés. Or le Nasdaq (qui cote notamment Apple) est l’un des plus gros marchés américains. Si les autres plateformes électroniques ne savent plus ce qui se passe au Nasdaq, c’est tout l’archipel des marchés électroniques qui se grippe. En gros, les marchés sont tellement interdépendants que le moindre incident sur une plateforme peut avoir des conséquences sur toute la chaîne.

Le trading à hautes fréquences a-t-il joué un rôle ?
Non – ou disons indirectement. Le trading à hautes fréquences entraîne une hausse des volumes et des cotations mais en l’espèce, l’origine de la panne incombe au Nasdaq. Inversement, les conséquences de la panne, pour autant qu’on puisse en juger aujourd’hui, n’ont pas été forcément aggravées par le trading à hautes fréquences. Mais le fait qu’il y ait un très grand volume de cotations entraîne un très grand volume d’informations à traiter dans un laps de temps de plus en plus court. Il faut donc que le système informatique soit très robuste. Et c’est là, semble-t-il, que le Nasdaq a eu quelques problèmes pour disséminer les informations provenant du SIP.

On dit que la panne vient de la complexité des marchés. D’où vient cette complexité ?
C’est en partie le résultat de la privatisation des marchés. Autrefois, jusque dans les années 2000, les marchés étaient mutualisés. La Bourse de Paris n’était pas une société destinée à gagner de l’argent. Dans les années 2000, aux Etats-Unis comme en Europe, on a cédé aux sirènes du libéralisme qui soufflaient que « plus on privatise, plus il y a de concurrence et plus il y a de concurrence et mieux c’est pour le consommateur – ici, l’investisseur. » Résultat, on a privatisé les Bourses et elles sont devenues des sociétés cotées au même titre que ExxonMobil ou IBM. La Bourse de Paris est aujourd’hui une société elle-même cotée en Bourse et le Nasdaq se doit de gagner de l’argent. Le problème est qu’il gagne aussi de l’argent avec SIP, le système qui envoie les données aux autres marchés. Les origines de la panne du Nasdaq sont sans doute à rechercher du côté d’une technologie défaillante, mais les conséquences de cette panne sont le produit des dérégulations des marchés décidées par les régulateurs (et donc les pouvoirs publics).

Y aura-t-il des conséquences financières ?
Probablement, puisque toutes les plateformes sont inter-connectées. Mais pour l’instant, rien ne permet d’affirmer que cette panne aura des conséquences catastrophiques.

Faut-il changer la réglementation ?
Certainement… Reste que la simplification d’un système complexe est une tâche délicate.

Peut-on dire que les algorithmes ont pris le pouvoir ?
Certaines plateformes font 60 millions de lignes de codes algorithmiques, autrement dit aucun humain ne peut les lire en intégralité ! Aucun humain ne peut vraiment savoir ce que font au final les algorithmes. Ce sont des boîtes noires. On connaît, ou on croit connaître, les stratégies visées par ces algorithmes, mais aujourd’hui ceux qui jouent à hautes fréquences avec ces algorithmes ne savent pas très bien comment ils ont réussi à gagner (ou perdre) de l’argent. L’écosystème des algorithmes de trading est lui-même devenu très obscur…

[1] Cf Paul Loubière, Challenges, 26.08.13.

http://www.challenges.fr/finance-et-marche/20130826.CHA3238/ce-que-revele-la-derniere-panne-du-nasdaq.html
Pour en savoir plus http://sniperinmahwah.wordpress.com

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