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Ce que 5 ans de crise ont changé dans nos vies

17 septembre 2013

Le 15 septembre 2008, la faillite de Lehman Brothers déclenchait la crise financière, puis économique. Cette faillite précipitait la finance mondiale dans l’effroi. Echanges interbancaires bloqués, cours de bourse en chute libre, prix devenus fous, la panique allait durer quelques mois, avant qu’un calme relatif ne finisse par revenir sur les marchés. L’économie réelle, elle, est encore en crise, intoxiquée par l’amoncellement des dettes accumulées pendant les années de bulle.

La faillite de Lehman, c’est pour beaucoup le crépuscule de l’ère « néolibérale », qui glorifiait la cupidité 
et ringardisait l’action publique. Après Lehman, l’Etat allait revenir en force, taxer les riches qui spéculent, mettre les banquiers en prison, reprendre la main sur l’économie. Avec leur nouveau président démocrate, les Américains semblaient solder la fin des années Bush avec leurs hausses d’impôts, leur réforme de la finance et leur « sécu » toute neuve. Les grand-messes du G20 mettaient en scène l’union sacrée des souverains pour dompter la finance folle et éviter la dépression économique. Pendant plusieurs années, les politiques ont fait de la faillite du libéralisme l’unique fil directeur de leurs discours de campagne.

Mais ce récit commode s’est vite heurté à la réalité. Paralysé par le surendettement et son interventionnisme brouillon, l’Etat a vite montré les limites de son action. Car le déclencheur de la crise, ce n’est pas Lehman Brothers mais le surdendettement hérités des années de taux bas et de laxisme réglementaire: celui des ménages (Irlande, Espagne, Etats-Unis, Royaume-Uni) ou des Etats (Portugal, Italie). En France, c’est l’Etat qui est surendetté. Nul trader pervers ni hedge fund maniaque n’est responsable de la paralysie française. Nous nous sommes faits ça tous seuls, en quarante ans de gestion irresponsable de nos finances publiques: malgré une fiscalité toujours plus lourde, l’Etat a abordé la crise sans aucune marge de manœuvre, avec une dette publique colossale. La sphère publique, qui dépense 57% du PIB dans notre pays, doit surtout apprendre à définir sa zone d’intervention, ce qui est de son 
ressort et ce qui ne l’est pas. La crise forcera l’Etat à délimiter le périmètre de son action.

Un exemple criant : il est grand temps de rompre avec le capitalisme de subvention qui empoisonne ce pays depuis tant d’années. Assommés par une pression fiscale insensée, nos entrepreneurs en sont réduits à se faire chasseurs d’aides publiques et de niches fiscales : jeunes entreprises innovantes, crédit d’impôt pour la recherche, la compétitivité et l’emploi, subventions pour les 34 filières d avenir, etc. A force de vouloir être partout, l’Etat favorise le capitalisme de connivence : corruption soft par les grands patrons influents, coup de pouce à la petite PME méritante qui a tapé dans l’œil du ministre. Avec, en prime, l’organisation par la puissance publique elle-même d’une kermesse aux subventions où les entreprises en place peuvent décider elles-mêmes qui mérite de faire partie du club. Bref, une gabegie contre-productive. C’est elle que Landier dénonce dans son dernier livre Dix Idées qui Coulent la France (Flammarion).

Bien sûr, l’Etat a un rôle essentiel à jouer pour accompagner les mutations économiques que connaissent tous les grands pays : la transition vers une économie de services et de la connaissance. Pour le faire, l’Etat doit créer les institutions et la fiscalité stables qui encouragent les talents, français ou étrangers, à venir créer de la valeur chez nous. Il doit mieux financer l’éducation et la recherche fondamentale – la désaffection pour la science tient en grande partie dans la faiblesse des salaires dans l’enseignement supérieur. Il doit promouvoir les emplois de services tout en préservant le pacte social auquel tiennent les Français.

Dans ce cycle long, la crise a agi comme un divertissement néfaste dans notre démocratie gouvernée par la communication et l’effet de manche. Elle a permis aux politiques de surfer sur la vague antilibérale, sur fond de nostalgie des Trente glorieuses. Elle a détourné l’attention des gouvernants français – de droite et de gauche – des véritables enjeux de la société post-industrielle.

[1] Cf Augustin Landier at http://www.atlantico.fr/decryptage/que-5-ans-crise-ont-concretement-change-dans-nos-vies-augustin-landier-et-david-thesmar-842340.html#mCfeGoFlTLDvuxeK.99

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