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Cinq ans après Lehman Brothers, la culture financière n’a pas bougé.

17 septembre 2013

Le gouvernement américain a eu raison de lâcher Lehman Brothers
Les circonstances qui ont provoqué le 15 septembre 2008, la chute de Lehman Brothers sont nombreuses, mais jamais Richard Fuld, son CEO, n’a cru que le Trésor américain, à la tête duquel se trouvait l’ancien patron de Goldman Sachs, le lâcherait. En fait, ce sont les Républicains au pouvoir, qui ne voulaient plus d’un sauvetage des banques. Comme cette crise avait été provoquée par la mauvaise gestion des banques, il fallait envoyer un message clair: l’argent des contribuables n’est pas au services des institutions financières. [1]

La règlementation peut-elle devenir un risque systémique ?
Suite à ce qui a été un traumatisme -mais n’a pas affecté les investisseurs particuliers aux Etats-Unis- la machine règlementaire s’est mise en route. Des deux cotés de l’Atlantique, les Gouvernements ont renfloué les banques. Les dirigeants politiques ont remis en route la machine à réguler pour que, plus jamais, les contribuables n’aient à sauver les banques. Malheureusement, la nouvelle règlementation est à la fois plus complexe, moins efficace et encore moins adaptée aux marchés mondiaux.

On s’est intéressé au risque systémique, mais en se contentant de mettre autour de la table les mêmes acteurs. La complexité institutionnelle et les détails absurdes dans lesquels les auteurs se sont perdus, produiront deux faiblesses inévitables: un processus de décision encore plus complexe en cas de crise et une propension des financiers de contourner la jungle des règlementations.

Les mentalités n’ont pas changé.
Que ce soit la baleine de Londres chez JP Morgan, la chute de MF Global et surtout la manipulation du taux du LIBOR ou les délit d’initiés, nous avons continué à assister à un ensemble d’infractions que les régulateurs n’ont pu prévenir. Le bilan des grandes banques mondiales continue à contenir deux fois plus d’actifs financiers que de prêts à l’économie.

Après une première vague de « démissions » à la tète de plusieurs banques et institutions financières, tout est rentré dans l’ordre. Les Présidents et leurs conseils d’administration sont aussi peu compétents qu’avant. Les activités de marché ont continué de plus belle, les hedge funds sont en croissance, les « acteurs financiers » sont repartis à l’assaut d’acquisitions, bref, le modèle financier n’a changé que marginalement, et les banques européennes ne se sont pas vu interdire de spéculer avec leurs fonds propres. Qui plus est, certaines d’entre elles ont connu une érosion de leurs fonds propres. La diminution des bilans n’a pas eu lieu. Apres un ralentissement de trois ans qui a accéléré la récession, les marchés sont repartis de plus belle grâce a la subsidiation des banques par les Banques Centrales.

Le légalisme paralyse le crédit.
La réponse donnée aux préoccupations politiques a fait le bonheur des juristes et des départements administratifs. Aux États-Unis, un dossier pour l’obtention d’un crédit hypothécaire dure des mois à se constituer. Tout se passe comme si l’assaut de règlementations et de procès avait paralysé la fonction de préteur, élément essentiel du rôle des banques. Les grands gagnants des crises financières sont les avocats, les consultants et les comptables. 3 milliards de dollars ont été dépensées pour la liquidation de Lehman Brothers qui se termine après 5 ans. Le total des frais d’avocats des grandes banques américaines pour cette crise financière est également de 3 milliards de dollars.

C’est le changement le plus marqué de l’évolution règlementaire qui a suivi la crise de Lehman. Derrière cette soumission se cache une frilosité face aux risques. La règlementation devient lentement mais surement un créateur de risque en elle-même. Si la finance ne joue plus son rôle de bailleur de fonds, c’est l’économie en elle-même qui en sera affectée.

Le rôle de la règlementation est de fixer le cadre institutionnel, les règles du jeu et la manière dont les sanctions sont prises. Il serait cependant illusoire de croire qu’elle est en mesure de moraliser la sphère financière. Il faudra que les individus qui commettent certaines de ces infractions soient appelés à la barre et aient à rendre compte de leurs actes. L’arme de la prison s’impose dans les cas extrêmes. Le droit et l’éthique opèrent dans des sphères différentes. Ils se rencontrent sans pour autant se chevaucher.

C’est la culture de la finance qui doit changer.
C’est de la direction des institutions financières que doit venir l’initiative. On ne voit pas beaucoup de changement. Les hommes et les femmes au sommet proviennent de cette même culture et la plupart d’entre eux n’ont pas changé. Ce sont les mêmes dirigeants et les mêmes administrateurs au moins pour les trois quarts.

Augmenter les pare-feu ne change pas les mentalités. Il est important d’être réalistes. Le rôle des régulateurs reste limité. L’intégrité personnelle et collective reste la clé de voute.
Y a-t-il place pour des dirigeants et administrateurs qui tiennent compte du rôle social et humain de leurs institutions? Sans aucun doute. C’est une question de volonté. Cela demande du courage: on ne réforme pas les mentalités sans affronter de farouches résistances.

[1] Cf Georges Ugeux, Le Monde Blogs, 14.09.2013
* Georges Ugeux est PDG de Galileo Global Advisors, une banque d’affaires internationale a New York. De 1996 a 2003, il a été Executive Vice President International du New York Stock Exchange. Il donne un séminaire à la Columbia Law School sur les systèmes bancaires et financiers européens. Il est également l’auteur de La trahison de la finance, chez Odile Jacob.

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