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Ce que la crise a coûté et à qui

25 septembre 2013

Selon les calculs du site La Tribune, la crise aurait coûté à l’économie française 7 ans de croissance. En 2013, le revenu par habitant devrait retomber plus bas que son niveau de… 2005.

Quand il s’agit d’évaluer le coût de la crise, la bataille des chiffres fait rage aussi bien du côté des Etats ou que du système financier pour tenter de le minimiser. Cinq ans après la chute de Lehman Brothers, avons-nous idée de ce que le sauvetage du système financier a coûté ?
Mathieu Mucherie : Objectivement, non. D’abord parce que le processus n’est pas terminé. Il faudrait du recul. Ensuite parce qu’il est délicat d’établir une ligne de partage entre ce qui relève de l’aide directe et ce qui relève de mécanismes de garanties. Enfin, la crise n’étant que marginalement financière, il est à craindre que le chiffre qui ressortirait au final n’ait aucun sens. J’ajoute que si la FED et le contribuable américain n’avaient pas payé pour les CDS (couvertures de défaillance, ndlr) d’AIG du coté de septembre 2008, de grandes banques européennes auraient fait faillite, avec tout ce que cela implique sur nos finances privées et publiques !

Fin 2011, un rapport de la Fed avait révélé un certain nombre de coûts cachés des opérations de renflouement. Cette pratique a-t-elle eu cours dans d’autres pays que les Etats-Unis ?
Les « injections » de liquidités (ce sont en vérité des prêts) ont souvent constitué des diversions, comme au Japon naguère les zombies ont proliféré tandis que les moteurs de la crise (la spirale de debt-deflation, l’euro cher, la crise de confiance à la périphérie induite par le refus de la BCE de tout achat d’actifs), des moteurs monétaires, restaient et restent en parfait état de fonctionnement. Les « injections » ont retardé la détente monétaire qui s’imposait, elles constituaient peut-être des détentes bancaires mais tout ce qui s’écarte d’une détente monétaire en plein dans une crise monétaire fragilise d’abord les banques et les Etats. Souvenez-vous de 2007, où la BCE fanfaronnait après ses injections massives : la crise ne traversera pas l’océan, ah ça non !

En septembre 2012, c’est Cembalest (de JP Morgan) qui rappelait que selon les estimations de sa maison sur les 410 milliards d’euros de l’ensemble des plans de sauvetage destinés à la Grèce au cours des deux dernières années, « il est probable que seulement 15 milliards d’euros soient entrés dans « l’économie réelle » de la Grèce. Le reste a été utilisé pour sauver ou protéger les créanciers publics et privés ».

Un rapide bilan après 5 ans montre que certains établissements financiers ont été renfloués et n’ont pas fait faillite. Aujourd’hui, ils renouent avec les bénéfices, sont-ils finalement les grands gagnants sur le plan comptable ? Une crise monétaire, immobilière et bancaire dans ses manifestations les plus visibles, ne profite pas aux banques, mêmes aux plus grosses. Les prêts non performants gonflent, l’opinion publique cherche des boucs émissaires et les gouvernements s’agitent avec de nouvelles réglementations, et en zone euro les marchés se recloisonnent ce qui est très négatif pour les banques. Les financiers ont besoin de croissance, parce que la finance implique du levier, et avec le levier si la récession et la déflation s’installent tout le système vole en éclats. A charge pour les banquiers centraux de stabiliser l’activité (le PIB nominal) et d’agir en dernier ressort si des segments mêmes petits sont menacés (du fait du caractère systémique du secteur). De nos jours, la valeur des banques dépend crucialement du niveau d’engagement de la banque centrale.

Qu’en est-il des Etats ? Ont-ils été « les dindons de la farce » ou en ont-ils également profité ?
Ils n’ont pas gagné grand-chose avec cette crise : ils ont encore transféré des prérogatives de pure puissance publique aux banquiers centraux, et les dettes publiques montent. Ils n’ont pas perdu grand-chose non plus. C’est l’avantage de la sécurité de l’emploi (chez les fonctionnaires) et du manque de concurrence sur le marché politique (chez les élus). Mais faible risque, faible rendement.

Est-il envisageable de considérer que la crise n’ait pas coûté plus que ce qu’elle a finalement rapporté ?
Une crise grave est par définition une sorte de guerre, une vaste perte sèche pour toute la collectivité, presque impossible à chiffrer et avec des conséquences sur plusieurs générations. Ce n’est pas parce que certains perdent moins que d’autres, ou parce que parfois exceptionnellement quelques petits malins profitent de la crise, que ce n’est pas un gigantesque gâchis.

Finalement, qui a payé la facture de la crise ?
Il y a la facture patrimoniale et la facture économique. La première est toujours payée par les riches (puisque les pauvres n’ont pas de patrimoine) : des pertes sur les actions et, en dehors de la France, sur l’immobilier. Ce sont plutôt des vieux. La deuxième est toujours payée par des salariés, des chômeurs, des entrepreneurs et des contribuables. Ce sont plutôt des jeunes, et certains sont encore dans le ventre de leurs mères (je veux parler de toutes ces dettes gonflées par la déflation entretenue par la BCE, et qu’il faudra bien pousser comme Sisyphe). Entre ces deux catégories, le rapport à l’inflation n’est pas du tout le même, c’est pourquoi le débat de politique économique se fera de plus en plus monétaire. Y compris en matière d’économie politique. Car à l’exception de la BCE, qui vient de récupérer de nouveaux pouvoirs, je ne vois pas bien qui pourrait prétendre que les six années que nous venons de passer ont été fort sympathiques, pleines de tendresse et pas du tout menaçantes pour l’avenir.

[1] Cf Mathieu Mucherie, Atlantico, 17.09.13
http://www.atlantico.fr/decryptage/que-crise-vraiment-coute-et-qui-mathieu-mucherie-843445.html#ECyfeHWPBkqVCLZr.99

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