«Je suis riche et je le mérite !»

8 octobre 2013

warren_billAu début des années 1970, le célèbre 1 % dont on entend parler depuis le mouvement Occupy, détenait environ 10 % du revenu national américain. Trente-cinq ans plus tard, il en détenait plus du tiers, un niveau jamais égalé depuis l’Âge doré du capitalisme au début du XXe siècle. Pour bien illustrer la chose, rien de mieux qu’un bon exemple : en 2005, Bill Gates, le président de la société Microsoft, possédait à lui seul une fortune de plus de 46,5 milliards de dollars, alors que son collègue Warren Buffet, quant à lui, détenait une fortune personnelle de plus de 44 milliards de dollars. La fortune combinée de ces deux chefs d’entreprise correspondait, grosso modo, au 95 milliards de dollars détenus par plus de 120 millions d’américains. La chose a de quoi étonné.

En fait, elle n’est pas si étonnante que ça. Un rapport de l’OCDE publié en 2011 a montré que, au cours des trois dernières décennies, en Suède, en Finlande, en Allemagne, en Israël et en Nouvelle-Zélande — tous des pays qui ont choisi un capitalisme moins radical que le modèle américain —, les inégalités de revenus, tout comme les inégalités sociales, ont connu une croissance plus élevée et plus rapide qu’aux États-Unis. Même la France, qui dispose d’un solide filet de sécurité sociale, commence à comprendre qu’elle a un doigt dans l’engrenage. Et les pays émergents ne font pas exception : le niveau des inégalités de revenu est désormais plus élevé en Chine qu’aux États-Unis, sans compter que l’Inde et la Russie s’apprêtent à emboîter le pas.

Lors de la crise financière de 2008, les travailleurs, un peu partout dans le monde ont été forcés de poser un constat : leurs emplois, leurs professions, leurs entreprises et leurs plans de retraite ou leurs économies ont été détruits par les mêmes forces qui ont enrichi une classe de ploutocrates. La convergence de la mondialisation, de l’informatique et des télécommunications ont rendu obsolètes une multitude d’emplois. Les travailleurs des pays industrialisés ont été mis en concurrence directe avec des employés sous-payés dans des pays pauvres ou émergents. L’impact a d’autant été plus grand pour les travailleurs peu instruits que les délocalisations d’entreprises se poursuivaient à un rythme accéléré. C’est à ces mamelles que s’abreuvent les nouveaux riches.

Et ces nouveaux riches n’ont rien à voir avec l’aristocratie du début du XXe siècle, bien au contraire. Ces nouveaux riches forment ce qu’il est convenu d’appeler une méritocratie. Ils travaillent dur et sont très scolarisés. Ils ont la conviction que, ce qu’ils ont acquis, ils l’ont acquis par un travail acharné et sans relâche. Ils ont la conviction que les fortunes qu’ils détiennent leurs reviennent de plein droit. Tout comme nous, ils ont la conviction que les institutions sont là pour faire en sorte que chacun puisse un jour monter à bord de l’ascenseur social. Pourtant, ils sont différents de nous sur un point : ils refusent de contribuer au pro rata de leurs revenus à ces institutions. La chose a de quoi inquiéter…

© Pierre Fraser, 2013

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  1. Olivier MONTULET
    9 octobre 2013 à 15 h 52 min

    L’analyse n’est pas complète. La méritocratie est un leurre car sans richesse de départ aucune chance d’accroitre son capital. La méritocratie ne récompense pas l’effort, que de pauvres seraient riches aujourd’hui sinon. Les chômeurs qui survivent ont d' »ailleurs bien plus de mérite que nombreux travailleurs. La méritocratie permet de bercer d’illusions ceux qui veulent y croire. Ne pas y croire c’est renoncer à l’espoir fut-il chimérique de s’extraire de sa condition. Y croire permet aussi de rejeter sur les victimes la faute de leur état. En se conformant au mythe de l’effort récompenser, ceux qui y adhèrent se soumette à être des serviles volontaire d’un système qui les domine et les contient dans leur condition de soumis.

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