Accueil > Non classé > Extension du domaine de la pieuvre

Extension du domaine de la pieuvre

29 novembre 2013

L’étude des capacités du poulpe commun à étendre ses bras révèle non seulement la remarquable élasticité de ce mollusque, mais aussi quelques intéressantes disparités entre individus.

Etendez la main devant vous, les doigts le plus loin possible de votre épaule. Votre bras a-t-il doublé de longueur ? Non ? Alors vous n’êtes pas une pieuvre, et certainement pas une petite pieuvre femelle, à en croire les conclusions d’une étude menée par des chercheurs italiens, publiée dans le Journal of Experimental Marine Biology and Ecology.

L’équipe de biologistes s’est attachée à mesurer la capacité des pieuvres communes (Octopus vulgaris) en plaçant la nourriture destinée à ces astucieux céphalopodes à l’intérieur d’un étroit tube de plastique, de sorte qu’elle ne leur soit accessible qu’en y introduisant un bras – les «bras» sont couverts de ventouses sur toute leur longueur, contrairement aux «tentacules», qui en sont dépourvus ou n’en ont qu’à l’extrémité.

Les chercheurs ont progressivement placé la nourriture de plus en plus loin dans le tube, jusqu’à ce que la pieuvre ne puisse plus l’atteindre. Ils ont alors comparé la longueur maximale que la pieuvre pouvait donner à l’un de ses bras en l’étirant à celle que ce même bras avait lorsqu’il flottait librement derrière l’animal en train de nager. Puis ils ont répété l’expérience avec 18 autres poulpes, des deux sexes et de toutes tailles.

Qu’en est-il ressorti ? Tout d’abord que les pieuvre parvenaient toutes à doubler la longueur de leur bras en l’étirant, une performance déjà respectable en soi. Mais aussi que les plus jeunes parvenaient à un bien meilleur ratio d’élongation que les grandes. L’équipe italienne s’attendait à ce résultat, qu’elle interprète notamment comme un moyen pour des animaux en pleine croissance d’accéder plus facilement à la nourriture, mais aussi comme la conséquence logique d’une plus grande agilité.

«La plus grande capacité des petits animaux à s’étirer pour atteindre de la nourriture pourrait s’expliquer par un besoin plus important en éléments nutritifs, une plus grande agilité et un métabolisme plus dynamique», avance le docteur Laura Margheri, de l’équipe de recherche, interrogée par BBC Nature.

Autre observation, les femelles s’étirent mieux que les mâles. Si les deux sexes utilisent plus volontiers leur bras le plus long, le L3 – les bras des poulpes sont notés, de l’avant vers l’arrière, de L1 à L4 sur le côté gauche et de R1 à R4 sur le côté droit – les mâles ont une capacité d’extension particulièrement réduite lorsqu’ils ont recours à un bras bien spécifique, l’hectocotyle. Ce dernier est en effet spécialisé dans la reproduction, et permet au mâle de fertiliser la femelle lors de l’accouplement.

Selon Laura Margheri, cela «pourrait s’interpréter comme un mécanisme de préservation et de défense du bras modifié pour la reproduction, puisqu’une blessure risquerait d’empêcher tout futur accouplement». Le mâle est ainsi moins incité à s’en servir pour fureter dans les coins obscurs en quête de nourriture, au risque de le voir tranché par une proie plus coriace que les autres ou un prédateur. Car quel mâle voudrait se faire bêtement couper l’hectocotyle ?

Gregory Schwartz, 5 avril 2013, http://www.liberation.fr/sciences/2013/04/05/

Georges Vignaux

Publicités
Catégories :Non classé
%d blogueurs aiment cette page :