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Moocs et Big Data

11 décembre 2013

La France s’y met. Depuis le 28 octobre 2013, on peut suivre, sur la plate forme “France Université Numérique” (FUN) des cours en ligne gratuits, ces fameux « Moocs » (Massive Open Online courses). Partout dans le monde, pour peu que la bande passante soit suffisante, on trouvera un enseignement de haute qualité bénéficiant de toutes les fonctionnalités de l’interactivité vidéo numérique et émanant d’institutions aussi prestigieuses que la Sorbonne, Polytechnique ou Centrale.

Une révolution démocratique du savoir comme il ne s’en est pas produit depuis des siècles. Un bouleversement dans le processus de construction mentale des étudiants et la posture pédagogique des professeurs, avec un « amphi » qui peut désormais contenir des millions d’étudiants. Et bien sûr une bataille mondiale de « soft power » qui ne fait que commencer.

Globalement, et malgré un taux très élevé d’étudiants qui décrochent avant la fin des sessions, l’avènement des Moocs déclenche l’enthousiasme. Au Rwanda, par exemple, se construit une université entièrement virtuelle à base de Moocs, le premier « crédit » étant composé du cours « ER22X » sur la justice, dirigé par Michael Sandel, professeur de philosophie politique à Harvard, et du cours « Pensée critique face aux défis globaux », dirigé par deux professeurs de l’université d’Edimburgh. Opportunité extraordinaire, mais dans beaucoup de pays «récepteurs », l’enseignement local mènera un combat inégal contre les Moocs. Tout au plus y aura-t-on le choix du menu. Même dans les grands pays, l’unanimité n’est pas totale. Les ténors, Harvard, le MIT, Stanford et consorts, se sont lancés à corps perdu dans les Moocs – ils se croient l’abri de la cannibalisation – mais les institutions moins en vue redoutent cette invasion.

Au printemps 2013, le Amherst College, qui fait partie du « top 15 » des meilleures universités américaines, a jeté un gros pavé éthique dans la mare. Il a rejeté l’invitation de Harvard et du MIT à rejoindre edX, leur très exclusive plate forme de Moocs. Explication : le « college » a promis à ses étudiants qu’ils « apprendraient par le truchement d’un échange de proximité » alors que les Moocs risquent de « perpétuer un enseignement fondé sur la simple distribution d’informations ». Amherst avance un autre enjeu : et si les plateformes de Moocs, pour couvrir leurs coûts de fabrication très élevés, étaient tentées de monnayer auprès des entreprises les informations obtenues sur les millions d’étudiants qu’elles « croisent » à travers le monde ?

Grâce aux technologies du web, il est possible de « tracker » de manière  fine le comportement des étudiants et de perfectionner en permanence l’enseignement. Avec, en ligne de mire, la possibilité de cartographier les connaissances de chaque internaute pour lui proposer un enseignement entièrement sur mesure. Naturellement, d’autres usages, beaucoup plus commerciaux, peuvent être faits de ce nouvel avatar des « big data ». Pour les multinationales présentes à l’échelle globale, ces banques de données seraient des outils de marketing prospectif d’une richesse infinie.

 

[1] Stéphane Marchand, Slate, 11.11.13.

http://www.lopinion.fr/11-novembre-2013/moocs-big-data-5979

* Stéphane Marchand est rédacteur en chef de ParisTech Review

Georges Vignaux

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