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« L’euro ne marchera jamais »

19 décembre 2013

Le pavé dans la mare d’Emmanuel Todd

 “ Le rejet de François Hollande est complètement naturel et démontre que les Français sont des gens intelligents, commence Todd (Le Mystère français, Seuil, 2013). La société est paralysée, l’économie en déroute, le système monétaire européen ne fonctionne pas et le Président ne fait rien. Sarkozy, après la grande crise monétaire, n’a certes pas fait grand-chose mais il entretenait un climat d’agitation ; il désignait des boucs-émissaires, il empêchait les gens de se poser ; il lançait en permanence des leurres, dans toutes les directions. Sarkozy m’a rendu fou mais il était en phase avec la société : il avait l’air visiblement malade et souffrant. Comme la France. La grandeur du hollandisme, par contraste, c’est qu’il ne fait rien et que cela se voit. Sa posture morale est moins répréhensible que celle de Sarkozy ; il ne dit pas que les immigrés sont des salauds, que les fonctionnaires sont un problème, il n’accuse personne ; il ne fait juste rien. Il a l’air bien, il est content. Or, dans un pays fébrile et anxieux, c’est encore plus intolérable. Avant de convaincre les autres, il faut se convaincre soi-même. Cette posture de calme et de flegme, personne n’en est dupe. Traduire “ on ne fait rien ” par “ on est calme ”, c’est prendre les Français pour des cons ”. Ouch !

« Hollande détruit par l’euro »

Mais l’historien va encore plus loin… “ Avec le pouvoir de création monétaire à Francfort, poursuit-il, l’Etat a perdu le seul pouvoir qui compte. Hollande ne peut rien faire, c’est un faux président. On devrait dire “ le vice-chancelier Hollande ”. Le problème de Hollande, c’est de prendre le pouvoir. Pour exister, retrouver des moyens d’action, il n’y a qu’une chose à faire : sortir de l’euro ”. Houlà ! On touche à un vrai tabou, là… parce que quand on parle de “ sortir de l’euro ”, forcément, on voit pointer les crocs de la Bleu Marine. On pense nationalisme, ostracisme, et ça, irréductiblement — ça n’est même pas une question —, on n’en veut pas. Reste qu’Emmanuel Todd, il ne s’en cache pas, est de centre gauche, pas de l’extrême droite. Comment, du coup, justifie-t-il sa proposition ?

« Partout, aux Etats-Unis, au Japon, tout le monde le voit bien. L’euro ne marchera jamais, c’est une certitude anthropologique »

“ Ce n’est pas difficile d’expliquer pourquoi il est très difficile de sortir de l’euro, commence l’historien-démographe ; les gens ne comprennent pas les phénomènes monétaires. Les élites dirigeantes sont, elles, à fond dans la croyance de l’euro vertueux. Autour de Hollande, il n’y a que des technocrates, comme lui ou pires que lui. C’est là que commence le mystère Hollande. Face à Merkel, il avait promis un élan. Je ne comprends pas ses reniements. A sa place, je ne pourrais pas résister à l’idée d’être grand, à l’envie de devenir un personnage historique, de sauver mon pays. Ce qui me fascine, c’est qu’un type normalement intelligent comme Hollande n’ait pas envie d’être grand, il n’essaie rien, c’est effrayant. Cela est pourtant simple de voir que l’euro ne marche pas ; l’Europe se suicide sous leadership allemand ; partout, aux Etats-Unis, au Japon, tout le monde le voit bien. L’euro ne marchera jamais, c’est une certitude anthropologique ”.

Le drame à l’œuvre derrière l’abandon de l’euro

“ Si on sort du champ politique, la pensée économique est majoritairement critique de l’euro aujourd’hui, enchaîne Todd. La monnaie est censée servir la vie économique — transactions, réserves de valeurs ; or, l’euro est une monnaie que l’économie doit servir. C’est une monnaie sacrificielle portée par une charge religieuse, une croyance collective : le rêve européen. Or, il est difficile de cesser de croire, le drame est là ”. Oui, le drame est bel et bien là. C’est cornélien, cette histoire : renoncer, ne pas renoncer au rêve européen, aaargh !, perso, on n’en sort pas. Qu’en pense Todd ? “ Selon moi, le projet politique européen est mort, dit-il. Le monde de paix promis par la construction européenne, la convergence des nations et la société de consommation, est fragilisé depuis les années 2000, par la mondialisation et par la résurgence des divergences. Le premier pays qui s’est adapté à l’idée de renationalisation et de réaffirmation de soi, c’est l’Allemagne, à cause de son unité, dès 1990 ; elle n’a pas eu le choix ”. Faut-il souhaiter que nous aussi, nous n’ayons plus le choix ? Ca nous emmène loin, cette affaire… au péril Bleu Marine, en premier lieu. Ah, si seulement, François…


[1] Barbara Lambert, Atlantico, 19.12.13.


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http://www.atlantico.fr/rdv/revue-presse-hebdos/hollande-faux-president-detruit-euro-pave-dans-mare-emmanuel-todd-rapport-integration-gauche-gnangnan-gouvernement-amateur-et-2-930416.html#SP0KWd5hjEqDAHLP.99

Georges Vignaux

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