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La révolution numérique n’a pas vraiment tenu ses promesses

1 février 2014

ImageLa Nouvelle économie, les dot.com et autres start-up ont fait couler beaucoup d’encre au début des années 2000. Dix ans après, où en sommes-nous de la « révolution numérique »?

 Si on se base sur les taux de croissance, les salaires et les revenus des ménages, Internet ne semble pas avoir mené à une hausse générale de la prospérité. [1]

Internet était plus ou moins entièrement sur pied aux Etats-Unis en l’an 2000. Tout à coup, la connaissance du monde entier… et de toute l’histoire… était disponible. On pouvait accéder à l’information et trouver des réponses à la vitesse de la lumière. Les gens pouvaient collaborer à l’échelle mondiale, par-delà les frontières et les fuseaux horaires, innovant, créant, critiquant et élaborant de nouvelles idées d’une portée vertigineuse.

Dans les années 1990, beaucoup de gens pensaient que cette hyperactivité électronique éliminerait les « limitations de vitesse » sur la croissance. Les analystes avertirent les investisseurs qu’ils pouvaient payer un prix presque infini pour les start-up Internet. La croissance serait rapide. Et elle ne nécessiterait pas de capital de départ.

Il est certain que beaucoup de Mercedes 500 circulant actuellement sur les autoroutes californiennes doivent leur existence à Internet. De nombreux entrepreneurs, développeurs et créateurs d’ »applications » sont devenus très riches. Mais si on se base sur les taux de croissance, les salaires et les revenus des ménages, Internet ne semble pas avoir mené à une hausse générale de la prospérité.

Depuis l’an 2000, les revenus des ménages américains ont en fait baissé. Idem pour les salaires. Et si l’on soustrait les dépenses gouvernementales et les revenus issus de la redistribution, on constate une croissance négligeable dans l’économie du secteur privé sur cette période. Le PIB moins les dépenses gouvernementales était de 9 314 milliards de dollars en 2001 et seulement 9 721 milliards de dollars en 2010. A ce rythme, le PIB doublerait en 167 ans. Par comparaison, il a doublé par deux fois entre 1929 et 1988.

Au cours des 20 dernières années, les 10% les plus riches de la population sont les seuls à avoir augmenté leurs richesses. Tous les autres ont stagné… ou reculé. Au plus bas, parmi les populations les plus pauvres, les gens sont désormais plus pauvres qu’il y a 20 ans. Qu’est-ce qui a mal tourné ?

Pourquoi est-ce qu’Internet ne nous a pas rendu plus riches ?

Selon un article du Financial Times, le monde passe 300 millions de minutes par jour sur un seul jeu vidéo, Angry Birds. Des millions d’autres minutes sont consacrées à regarder des vidéos de chiots et de chatons. Les gens passent 700 milliards de minutes par mois sur Facebook. L’utilisateur lambda passe 15 heures et 33 minutes sur le site chaque mois. Vous voyez l’idée.

Même lorsqu’on n’utilise pas Internet pour perdre son temps, on s’en sert rarement pour accroître le PIB. Au lieu de sortir faire des achats, on peut faire son shopping sur la Toile. On y trouve un choix bien plus vaste, généralement à des prix plus bas. On économise le temps et l’énergie nécessaires pour aller jusqu’au magasin. De la même manière, il est plus simple et plus pratique de se distraire. Au lieu d’aller dans un club de strip-tease, on peut regarder autant de films X qu’on le veut, confortablement installé chez soi.

Dans le secteur industriel aussi, Internet est principalement une technologie qui aide à réduire les coûts et augmenter l’efficacité. Il permet une meilleure gestion de la flotte pour les entreprises de transport. Il aide les commerçants à éviter des inventaires superflus. Il vous permet de gagner du temps et de l’énergie d’innombrables manières : vous pouvez réserver votre prochain voyage en ligne… lire des quantités de choses sans aller à la bibliothèque… envoyer des fichiers, des rapports et des graphiques très lourds simplement en appuyant sur un bouton.

Ces choses rendent la vie plus fluide, et peut-être plus facile et plus agréable, mais elles n’augmentent pas le PIB de manière significative. Internet ne peut pas créer de la croissance du PIB. En d’autres termes, Internet affecte notre qualité de vie de nombreuses manières, mais pas notre niveau de vie.

[1] Bill Bonner, Atlantico.fr, 21.01.2013

* Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Inc., une maison d’édition publiant des lettres d’information financières pour les investisseurs particuliers. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs… ), il intervient également dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning.


Georges Vignaux

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  1. 1 février 2014 à 18 h 04 min

    Bon, on peut penser que les chiffres avancées par le FT sont globalement justes. Mais cet article peut amener à discuter au moins deux choses.
    La première est relative au constat. Tant mieux si la révolution numérique n’a pas fait augmenter le PIB : cela montre encore une fois combien le calcul de la somme des valeurs ajoutées marchandes et l’estimation des valeurs ajoutées non marchandes par le somme des rémunérations versées aux agents du secteur public est une estimation complètement fallacieuse de ce qui peut représenter la richesse produite. Qui oserait nier que l’accès depuis chez soi aux ressources numériques, comme ce qu’offre actuellement, par exemple, OER Commons, n’est pas une fantastique création de valeur ? Pour le PIB, quand on se déplaçait à la bibliothèque, c’était formidable, il augmentait ! Une heure de perdue dans les transports, le carburant, le salaire du personnel d’accueil… Quelle perte de valeur pour la société ! Et maintenant, rien, ou presque pour le PIB et pourtant quelle qualité pour la formation, la recherche, la diffusion des savoirs…. Jusqu’à quand va-t-on continuer à utiliser un instrument de mesure si insuffisant ?
    La seconde remarque concerne la recherche de causalité bien mal posée. Ne s’est-il donc rien passé d’autre dans le monde que la révolution numérique depuis 20 ans pour que l’on accuse Internet d’avoir accru les inégalités ? Ce raccourci est inacceptable.

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