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Aux Etats-Unis, médias, pouvoir et argent achèvent leur fusion

12 février 2014

ImageAu Royaume-Uni, le scandale créé par les agissements du groupe de M. Rupert Murdoch a révélé les liens délétères entre journalisme, police et politique. Aux Etats-Unis, où le milliardaire possède de nombreuses chaînes de télévision, le rôle du complexe médiatico-financier dans la vie institutionnelle s’est encore accru depuis un arrêt de la Cour suprême qui déplafonne les investissements des entreprises dans les campagnes électorales.

 

Deux semaines avant les élections de mi-mandat de novembre 2010, tel le magicien d’Oz s’exclamant : « Ne faites pas attention à l’homme derrière le rideau », M. Karl Rove, ancien stratège de M. George W. Bush à la Maison Blanche et lobbyiste, tentait de dissimuler l’essentiel. Tandis que le président Barack Obama venait d’accuser les consultants républicains de dénaturer le scrutin en récoltant pour leurs candidats des centaines de millions de dollars auprès des multinationales et des milliardaires conservateurs, l’ex-conseiller déclara aux journalistes : « Obama est complètement à côté de la plaque lorsqu’il parle de manière obsessionnelle de la chambre de commerce, d’Ed Gillespie et de moi-même. Le président a déjà gaspillé une des quatre dernières semaines de la campagne électorale à ne parler que de cette broutille. »

 

Cette « broutille » représente en fait l’élément crucial de l’élection de mi-mandat la plus coûteuse de l’histoire américaine, élection qui s’est traduite par un spectaculaire coup de barre à droite : la captation de la vie politique par une caste financière et médiatique plus puissante que n’importe quel parti ou candidat. Il ne s’agit pas seulement d’un nouveau chapitre dans l’interminable romance entre argent et pouvoir, mais d’une redéfinition de la politique elle-même par la conjonction de deux facteurs : le déplafonnement des donations électorales versées par les entreprises et le renoncement de la presse à examiner les dessous des campagnes.

 

Il en résulte un système dans lequel un petit cercle de conseillers mobilise des sommes folles pour orienter le vote au profit de ses clients. Ce « complexe électoral argent-médias » constitue à présent une force presque imbattable, soustraite à toute forme de régulation, délivrée de toute obligation de prudence par une presse qui a capitulé, et relayée sans relâche par des chaînes de télévision commerciales qui ont, en 2010, encaissé 3 milliards de dollars grâce aux publicités politiques. L’année dernière, sur les cinquante-trois (…)

 

 

 

[1] Robert W. McChesney et John Nichols, Le Monde diplomatique, août 2011.

 

 

 

Georges Vignaux

 

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