Le Syndrome chinois

27 février 2014

Avec la mondialisation, les coûts et les bénéfices du commerce sont loin d’être équitablement partagés.

Avec la mondialisation, les coûts et les bénéfices du commerce sont loin d’être équitablement partagés.

The China Syndrome[1] : c’est le titre d’un article conjointement publié en 2011 par les économistes David Autor, David Dorn et Gordon Hanson. Le sujet : l’impact du commerce avec la Chine. Depuis le début des années 1990, le débat autour des causes de l’accroissement des inégalités dans les pays industrialisés s’est surtout concentré sur la question de l’introduction massive de technologies comme facteur de perte d’emplois. En s’appuyant sur des données très détaillées du marché du travail américain, les trois économistes ont avancé l’hypothèse que la mondialisation, et particulièrement le commerce avec la Chine, auraient non seulement eu un impact majeur sur les emplois manufacturiers, mais que, les deux phénomènes combinés expliqueraient pour au moins le quart la perte des emplois dans ce secteur aux États-Unis. Ce n’est pas rien…

En fait, les effets pervers de cette combinaison vont au-delà même de la simple perte d’emploi chez ce groupe de travailleurs. Dans les villes et municipalités directement touchées par le Syndrome chinois, les salaires ont-ils non seulement diminué dans le secteur manufacturier lui-même, mais ils ont aussi diminué dans tous les autres secteurs qui gravitent autour de celui-ci. Le résultat net et direct de cette dynamique perverse s’est à la fois concrétisé dans une perte de valeur du secteur immobilier et dans le défaut de paiement des hypothèques. Pour autant, loin d’être des protectionnistes avérés, Autor, Dorn et Hanson mettent tout de même en lumière une réalité toute particulière : les coûts et les bénéfices du commerce sont loin d’être équitablement partagés. Selon eux, l’impact du Syndrome chinois ne contredit pas la logique des arguments en faveur du libre marché : il met tout simplement en lumière les conséquences de la redistribution qu’entraîne un commerce mondialisé.

Ce problème de redistribution, pour reprendre le discours des économistes, polarise le marché du travail. C’est-à-dire que : (i) il y a de plus en plus d’emplois de qualité et mieux rémunérés dans les plus hautes sphères de l’activité économique ; (ii) la situation demeure à peu près inchangée au niveau des emplois peu ou mal rémunérés ; (iii) une disparition progressive d’emplois relativement bien rémunérés, ceux qui constituent en fait une certaine partie de la classe moyenne. C’est ce que, personnellement, j’appelle l’aspiration des profits par le haut.

© Pierre Fraser, 2014


[1] Autor, D.H., Dorn, D., Hanson, G.H. (2011), The China Syndrome: Local Labor Market Effects of Import Competition in the United States, in «American Economic Review», vol. 103, n°6, p. 2121–2168 ; http://economics.mit.edu/files/6613.

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