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Trader, cette profession qui concentre un taux anormalement élevé de… psychopathes

2 mars 2014

Les compagnies financières devraient employer des salariés qui ne sont pas obsédés par l’argent et qui ont des centres d’intérêt autres que leur travail.

Les compagnies financières devraient employer des salariés qui ne sont pas obsédés par l’argent et qui ont des centres d’intérêt autres que leur travail.

Selon l’étude d’un psychologue canadien, 1% de la population pourrait être considéré comme psychopathe. Mais au sein du secteur de la finance, la proportion monterait à 10%.

 Les traders, des psychopathes ? Si l’affirmation est exagérée, une étude étonnante du psychologue canadien Robert Hare montre que dans le secteur financier, la proportion de personnes pouvant être qualifiées de psychopathes est bien plus élevée que dans la population normale. Parmi les personnes ordinaires, ce ratio serait de 1% mais grimperait à 10% chez les financiers. Et selon Christian Bayer, psychologue à Wall Street, la proportion pourrait être encore plus grande. Une statistique « choquante » pour Sam Ro du Business Insider.

Pour lui, les traders s’apparentent parfois à des accros au jeu. Ceux-ci ont une confiance totale en leurs capacité à pouvoir influencer l’issue d’événements incontrôlables. Leurs actions leur donnent un sentiment d’invincibilité, une sensation de pouvoir et de contrôle. Des actions qui sont encouragées par l’effet produit sur le cerveau par la sérotonine et les endorphines stimulées à ce moment-là.

La journaliste Sherree DeCovny s’est penché sur le sujet pour le CFA Institute. De ses entretiens avec des psychologues, il en ressort que ces « psychopathes de la finance » ont généralement peu d’empathie et d’intérêt pour ce que les autres pensent ou ressentent. Mais ils présentent en général une façade plutôt sympathique. Charismatiques, intelligents et manipulateurs, ces financiers apparaissent comme des managers ou employés parfaits car ils savent camoufler leur côté destructeur.

Paradoxalement, ces caractéristiques sont recherchées au moment de l’embauche. Richard Peterson qui travaille à MarketPsych explique : « Personne n’engagerait quelqu’un qui ne présente pas ces traits de personnalité car le secteur financier est très compétitif. » Et ces traders peuvent devenir de véritables accros au risque qui se mettent à ignorer les règles du monde dans lequel ils évoluent. « Cela arrive inconsciemment, explique Richard Peterson. Mais au moment où ils deviennent conscients, ils se sont mis en danger et il est parfois trop tard. »

« Doué et immature »

Un des patients du psychologue Christophe Bayer a spéculé sur des sommes allant jusqu’à 2,5 millions de dollars. « Il est devenu évident que cet individu n’avait aucun respect pour l’argent, explique-t-il. Professionnellement mon patient était exceptionnellement doué mais il était aussi immature et irresponsable, et il ne pouvait admettre de perdre de l’argent. »

Pour ce cas particulier, Christophe Bayer s’est servi de poésie et de livres pour encourager ses relations et le rendre plus conscient. A travers des recherches historiques, le patient a appris la valeur de l’argent et a pu sortir progressivement de sa pathologie. Cependant le trader devra lutter toute sa vie contre cette forme d’addiction, écrit Sherree DeCovny.

Le salut pourrait venir de la prévention. Les compagnies financières devraient employer des salariés qui ne sont pas obsédés par l’argent et qui ont des centres d’intérêt autres que leur travail. Richard Peterson conseille aux entreprises d’examiner la propension de leurs futurs salariés à prendre des risques. « Il faut créer une séries de dilemmes psychologiques et voir comment ils s’en sortent, explique-t-il. A chaque fois, il faut augmenter le niveau de difficulté et voir leurs réactions.« 

Selon la journaliste, ces entreprises devraient se doter de contrôles des risques plus rigoureux et de systèmes plus sophistiqués pouvant surveiller les activités des employés. En clair, les traders se servent de différents flux pour travailler, plate-formes multiples, e-mails ou encore téléphone, mais qui ne sont pas reliés entre eux. Le défi pour les entreprises financières seraient donc plutôt de coordonner tous ces flux afin d’en recouper toutes les données pour mieux évaluer les éventuels comportements suspects des salariés.

Ces dernières années, des actions isolées de ces « traders fous » ont conduit à des pertes financières considérables. En France, l’exemple le plus marquant reste probablement Jérôme Kerviel trader à la Société Générale qui a fait perdre  4,9 milliards d’euros à sa banque… qui n’avait rien fait pour l’arrêter tant qu’il continuait à « gagner » de l’argent.


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Atlantico, 9.03.12

Georges Vignaux

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