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Les maths et la physique tentent d’aider à comprendre ce qu’est la conscience

11 mars 2014

La perception étant liée à la conscience, l’histoire personnelle et le parcours de chacun colorent nécessairement sa vision du monde.

La perception étant liée à la conscience, l’histoire personnelle et le parcours de chacun colorent nécessairement sa vision du monde.

Depuis quelques années des chercheurs en physique quantique ont entrepris de sonder les mystères de la conscience humaine Crédit Wikipédia commons

Atlantico : Le physicien  suédois Max Tegmark, chercheur au MIT, a publié une étude le 6 janvier sur la conscience. Selon lui cette dernière peut être appréciée à l’état de matière, le « perceptronium ». La conscience est-elle effectivement une matière, comme le gaz ou les liquides ? Quels arguments viennent à l’appui d’une telle théorie ?

Jocelin Morisson : La proposition de Tegmark est un modèle ad-hoc qui entend préserver la vision matérialiste en posant par hypothèse ou postulat que la conscience a un support matériel. En fait, il part de l’idée que l’ensemble de l’Univers est mathématique, ce avec quoi de nombreux scientifiques sont assez d’accord, mais il ajoute que tout ce qui existe mathématiquement existe aussi physiquement, ce qui est spéculatif. On pourra peut-être modéliser la conscience mathématiquement, cela ne veut pas dire qu’elle ait un support matériel dans la réalité. Mais ça ne veut pas dire non plus qu’elle n’en ait pas, ni de quel genre de matière il pourrait s’agir. Une autre école de pensée est plus spiritualiste ou en tout cas platonicienne. C’est l’idée selon laquelle il existe un monde de formes non manifestées, comme le monde des Idées de Platon, à partir duquel les objets matériels se manifestent dans la réalité empirique. Ce monde serait lui aussi un monde de formes mathématiques.

Max Tegmark entend montrer comment les propriétés de la conscience pourraient être révélées par les lois de la physique qui gouvernent notre univers. Peut-on expliquer ce lien entre les grandes lois physiques et la compréhension de la conscience humaine ?

En observant le réel, nous extrayons de l’information qui est analysée par notre conscience, qui lui donne du sens. Cette information caractérise notre interaction avec le réel mais elle ne décrit pas le réel tel qu’il est si nous n’interagissons pas avec lui. Il y a là une frontière indépassable même par les modèles mathématiques, qui décrivent eux aussi notre interaction avec le réel. Dans les expériences de physique quantique, l’observation joue un grand rôle. Tant qu’un phénomène quantique n’est pas observé, il reste indéterminé, dans une superposition d’états possibles. L’observation le pousse en quelque sorte à se manifester sous une seule forme à partir d’états potentiels. La question est : quelle est l’origine et la signification de ces états potentiels ? Au bout du compte, matière et conscience sont tous les deux de l’information, c’est aussi pourquoi un lien est mathématiquement possible.

Sera-t-il possible un jour de comprendre le caractère subjectif de la conscience, le fait que tout le monde ne perçoive pas les choses de la même manière ?

La perception étant liée à la conscience, l’histoire personnelle et le parcours de chacun colorent nécessairement sa vision du monde. Je pense que la science l’explique déjà bien, et c’est pour cela que l’objectivité de la science est garantie par des outils et des méthodes, pour dépasser la subjectivité de l’observateur. Maisavec la physique quantique, cette objectivité est mise à mal, car l’acte d’observer influence le résultat de l’observation. Selon certains scientifiques, c’est parce que l’arrière-plan de la réalité est de nature spirituelle, sans adopter une position théiste. Ce type de conception oriente en retour la vision du monde.

 

Avec l’utilisation des mathématiques, n’en reste-t-on pas à une approche très théorique de la conscience ? Pourquoi ?

Oui c’est purement théorique, et d’autres modèles existent. Les mathématiques permettent de dépasser les limites de l’observation. Mais un modèle de la conscience doit pouvoir rendre compte de l’expérience de conscience ordinaire, mais aussi des états modifiés de conscience extrêmes comme les expériences de mort imminente, et d’autres phénomènes encore. Si en plus ce modèle intègre l’existence d’un monde non manifesté qui aurait la nature d’un esprit cosmique comme le disent plus ou moins toutes les traditions spirituelles, alors ce modèle s’approcherait peut-être de la réalité.

Quelle exploitation concrète pourrions-nous faire de cette meilleure compréhension ?

Le problème de la conscience reste complexe car le matérialisme suppose que la conscience émerge de l’activité du cerveau, et recherche des explications uniquement dans ce cadre-là. Ce modèle ne parvient pas à expliquer comment « une chose immatérielle comme la conscience peut émerger d’une chose inconsciente comme la matière », mais c’est peut-être que le problème est mal posé. Certains pensent que la matière est consciente dès le départ, ou même que la conscience existe avant la matière et lui donne forme. En matière d’exploitation concrète, nous vivons depuis de nombreuses décennies dans le matérialisme avec des résultats contestables en termes de progrès humain. Peut-être n’avons-nous pas grand-chose à perdre à adopter une autre vision du monde.

 

[1] Propos recueillis par Gilles Boutin, Atlantico, 25.01.2014

Jocelin Morisson est journaliste scientifique, auteur et traducteur. Depuis plus de quinze ans, il s’intéresse aux états modifiés de conscience, à la physique quantique et ses implications philosophiques, et aux liens entre science, culture et spiritualité de façon générale. Son dernier ouvrage s’intitule Intuition et 6e sens. (Editions de la Martinière).


Sélectionné par Georges Vignaux

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