Au Québec, les imbéciles ont pris le pouvoir…

8 avril 2014

Après 18 mois dans l'opposition, le Parti libéral du Québec est de retour au pouvoir et formera un gouvernement majoritaire. « Les vraies affaires » libérales ont séduit de nombreux électeurs. (© Radio-Canada).

Après 18 mois dans l’opposition, le Parti libéral du Québec est de retour au pouvoir et formera un gouvernement majoritaire. «Les vraies affaires» libérales ont séduit de nombreux électeurs. (© Radio-Canada).

Peu importe le parti qui aurait pris le pouvoir le 8 avril 2014 au Québec, les imbéciles auraient tout de même pris le pouvoir. La veulerie généralisée, l’argent qui fait loi, la télévision qui fait les opinions, les médias sociaux qui rabaissent la démocratie au niveau d’un match de boxe, le chômage important chez les jeunes, les retraités à l’abandon et la multiplication des pauvres signalent que des imbéciles ont pris le pouvoir et qu’ils iront jusqu’au bout !

Nietzsche disait que « chaque parti essaye de présenter comme insignifiantes les choses importantes qui se sont faites en dehors de lui ; mais, s’il n’y réussit point, il les attaquera avec d’autant plus d’acharnement que l’excellence en sera plus grande[1]. » Et c’est bien ce que nous avons vu au cours de la campagne électorale québécoise, des politiciens qui s’abandonnent aux événements et s’amoindrissent ainsi de plus en plus. Voilà « pourquoi de grands politiciens peuvent devenir des hommes tout à fait vides, alors qu’ils étaient autrefois riches et pleins de talents[2]. »

La presse écrite, tout comme la presse électronique, ainsi que les médias sociaux, sont arrivés à faire en sorte que ce qui est important s’est glissé secrètement et comme voilé sur la grande scène politique, caché par des faits insignifiants à côté desquels tout semble se rapetisser au plus petit dénominateur commun. Les médias sociaux, dans une logique de fausse alerte permanente, avec « leur quotidienne dépense de poumons pour hurler, assourdir, exciter et effrayer[3] », sont arrivés à détourner les oreilles, les sens et le jugement dans une fausse direction. Ce n’est pas rien…

Comme beaucoup de sociologues, Alain Touraine a constaté depuis longtemps la perte de contenu des institutions sociales, qu’il s’agisse de la démocratie, de la ville, de l’école, de la famille ou des systèmes de contrôle social. Nous sommes, depuis la crise financière, confrontés à cette évidence : avec la décomposition du capitalisme industriel, toutes les institutions sociales, la famille, l’école, la ville, les systèmes de protection et de contrôle social, l’entreprise, la politique elle-même perdent leur sens. Que se passe-t-il pour que les piliers de nos sociétés démocratiques se dérobent ainsi quand la globalisation du monde appelle leur renforcement ? C’est que les imbéciles ont définitivement pris le pouvoir et qu’ils iront jusqu’au bout…

Mais qui sont au juste ces imbéciles qui ont pris le pouvoir ? Au risque de me répéter, ce sont la veulerie généralisée, l’argent qui fait loi, la télévision qui fait les opinions, les médias sociaux qui rabaissent la démocratie au niveau d’un match de boxe, le chômage important chez les jeunes, les retraités à l’abandon et la multiplication des pauvres. En somme, nous tous qui participons activement à cette veulerie.

© Pierre Fraser, 2014

[1] Nietzsche, F. (1988), Humain, trop humain, trad. Vincent Descombes, A.M. Destrouneaux, coll. Pluriel, Paris : Hachette Littérature, 314, p. 483.

[2] Idem., 315, p. 483.

[3] Idem., 321, p. 488.

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  1. 8 avril 2014 à 16 h 10 min

    A reblogué ceci sur Dire, c'est faireet a ajouté:
    Je crois que cette analyse vaut aussi pour notre pauvre France, même si, formellement, l’étiquette du parti au pouvoir n’a pas changé.

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