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Mon médecin s’appelle Google

8 avril 2014

ImageLorsqu’il est malade ou croit l’être, un Français sur deux se met à chercher sur le Web. Il y trouve une mine d’infos médicales, des forums où échanger ses malheurs, un stock d’images monstrueuses. Disponible nuit et jour, sans rendez-vous ni honoraires, Internet a complètement changé notre façon de nous soigner.

 

Il m’informe sur les maladies et les traitements

C’est la première motivation des e-consultants : en savoir plus sur une pathologie ou un traitement. Par simple curiosité, parce qu’un proche souffre, parce qu’on est ou se pense malade. «Il existe trois cas de figure, indique le Dr Jacques Lucas, vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom). Les personnes qui vont sur Internet indépendamment de tout motif médical immédiat. Celles qui y vont avant une consultation, ou qui consultent justement parce qu’elles ont lu des choses sur le Net. Enfin, celles qui y vont après la consultation.»

Selon une étude publiée en 2013 (1) les internautes picorent en priorité (65 %) sur les sites spécialisés comme Doctissimo (5 millions de pages vues par jour), sur les forums de ces sites ou des associations de patients (62 %) et sur les encyclopédies en ligne comme Wikipédia (58 %), loin devant les pages officielles des pouvoirs publics (33 %) et les blogs de médecins et patients (20 %).

 

La fondation La santé sur Internet a créé un logo, le HON Code, pour certifier les sites qui respectent une charte de bonnes pratiques et de transparence. «Il faut recouper les sources, vérifier l’information sur plusieurs sites, préconise Célia Boyer, la directrice exécutive de la fondation. Et, surtout, ne jamais changer son traitement après avoir cherché sur Internet. Ce n’est pas parce qu’on lit de l’information santé qu’on est médecin !»

Il pose des diagnostics parfois mieux que mon médecin de la vraie vie

 

Sur CrowdMed, des centaines de «détectives médicaux» se creusent la tête pour résoudre des «cas». Les malades qui ont écumé, en vain, salles d’attente et d’examen, ont ainsi à leur disposition 500 spécialistes de tous pays, toubibs, étudiants en médecine, scientifiques, patients.

Pour éviter l’afflux d’hypocondriaques, les patients s’engagent à offrir une récompense financière à leur(s) sauveur(s). Un débrief est ensuite envoyé au médecin traitant. «Les docteurs sont toujours sceptiques quand un patient arrive avec un diagnostic établi grâce à Internet. CrowdMed, c’est différent : il s’agit de conclusions d’experts médicaux, pas d’une recherche Google», note Jared Heyman, le fondateur du site CrowdMed.

Il tweete avec moi

C’est certainement le médecin le plus connu de France. Sur Twitter, le Dr Michel Cymes est suivi par plus de 142 000 adeptes. Très présent sur le réseau social, le présentateur du «Magazine de la santé», chirurgien ORL de son état, multiplie petites blagues, énigmes médicales et photos sur son compte. «mur» : l’amitié virtuelle entre un médecin et son patient est formellement déconseillée.

Il me dispense de lire les classements des hôpitaux dans les magazines

Malades ou pas, les Français adorent parcourir les palmarès des hôpitaux et y découvrir le score de celui de leur patelin. Moins encombrant que la collection complète des classements du Point ou du Nouvel Obs, Scope Santé décortique les indicateurs de qualité et de sécurité des soins des établissements de santé : lutte contre les infections nosocomiales, nombre de lits en réanimation, risque d’escarres… Pour les inconditionnels des hit-parades, le site officiel géré par la Haute Autorité de santé (HAS) offre même l’option «comparaison».

Il m’explique comment échapper aux épidémies

Ne zappez pas vos «amis» qui détaillent les aléas de leur petite santé sur Facebook ou Twitter. Ils pourraient vous sauver la vie. Cet exhibitionnisme en ligne permet aux autorités sanitaires de cartographier les épidémies de grippe, rougeole ou gale en analysant des mots-clés, et de localiser, grâce aux adresses IP, où sont les virus.

«Les épidémies de varicelle, je les vois arriver, quand le nombre de requêtes sur la maladie augmente sur le site», confie Valérie Brochoud, directrice générale de Doctissimo. Depuis 2008, Google surveille les termes entrés dans son moteur de recherche et décrit en temps réel l’évolution d’une épidémie de grippe. Moins intrusif, le site GrippeNet, mis en place par l’Inserm et l’Institut de veille sanitaire (INVS), propose aux volontaires de décrire chaque semaine leurs symptômes. Le système peut se décliner à l’infini et pour toutes les nuisances.

 

Il me fait rencontrer d’autres malades

Comment gérer l’annonce de la maladie ? Quelle chirurgie réparatrice du sein après un cancer? Quand les médecins n’ont de réponses que sur le côté technique, c’est auprès d’autres malades que l’on trouve les meilleures infos et le meilleur réconfort. Le premier réseau de femmes atteintes de cancer du sein, les Impatientes, met ainsi en relation des centaines de patientes qui échangent conseils, services, encouragements, et surtout s’apportent l’inappréciable soutien affectif qui parfois fait brutalement défaut (cas fréquent du mari qui se carapate à l’annonce de votre maladie ou des amis qui désertent).

Les patients deviennent experts, s’accueillent, s’épaulent. «Sur les réseaux, ce qui s’échange, c’est tout le savoir non technique, et non reconnu par l’institution, sur la maladie, note le sociologue Gérard Dubey. L’expérience de la maladie au sens existentiel du terme : ce que ça change dans ses relations quotidiennes, avec les proches, au travail… ainsi que tout ce que ça transforme dans son rapport à l’environnement, un savoir intime aussi sur son propre corps, que l’on apprend à déchiffrer et écouter. C’est un savoir qui participe aussi de la guérison et qui attend d’être reconnu comme tel.»

Il me livre des médicaments

 

Depuis juillet 2013, 4 000 médicaments d’automédication (vendus sans ordonnance) peuvent être achetés en ligne. Pour éviter arnaques et contrefaçons, il est indispensable de faire ses emplettes sur les sites de pharmacies qui existent physiquement. Le nom du pharmacien, son numéro professionnel, les coordonnées et le numéro de licence de son officine ainsi que les coordonnées de l’hébergeur du site doivent y être indiqués. Si les rayons de la pharmacie en ligne sont particulièrement bien garnis en stimulants sexuels à des prix défiant toute concurrence, passez votre tour.

Il me donne rendez-vous en un temps record

Dans tous les calendriers familiaux figure au moins un jour marqué d’une pierre blanche : la date de consultation chez l’ophtalmo. En moyenne, il faut 77 jours pour décrocher un rendez-vous chez le spécialiste des yeux (2). Les délais à rallonge sont l’une des principales causes de renoncement aux soins. Pourtant, même les spécialistes les plus débordés ont des créneaux disponibles dans les quarante-huit ou même vingt-quatre heures.

«Environ 15 % des rendez-vous sont « perdus  » à cause d’annulations de dernière minute», estime Thibault Lanthier, fondateur de mondocteur.fr. Pour éviter le gâchis, le site, informé en temps quasi réel des créneaux qui se libèrent, remet sur le marché les cases vides.

Résultat : des rendez-vous chez le gynéco, l’ophtalmo ou le dentiste en moins d’une semaine ! Mondocteur.fr, créé en juin 2013, offre ainsi quelque 2 000 créneaux de rendez-vous chez plus de 300 médecins parisiens. Fort de son succès, le service devrait bientôt s’élargir à d’autres régions françaises. 

Clotilde Cadu, Marianne, 2 Avril 2014

(1)   «A la recherche du e-patient», LauMa Communication/Patients & Web (avril 2013).

(2) Etude Yssup Research pour le groupe Point Vision.

 

Rapporté par Georges Vignaux

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