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La « folie » dans l’Antiquité

15 avril 2014

Les grecs

Dionysos et la folie.

Dionysos et la folie.

Malgré le caractère logique de leur médecine, les Grecs de l’Antiquité faisaient aussi recours à la religion pour demander la guérison de leurs malades. Asclépios, dieu de la médecine, avait ses temples et ses prêtres. Ce courant religieux survécut au cours des siècles pour ce qui concerne les maladies en général et les maladies mentales en particulier.

Hippocrate (Vème siècle avant Jésus Christ) fut le célèbre médecin qui effectua la synthèse des connaissances de son temps, il est à l’origine de la « théorie humorale ». Selon celle-ci, la santé est fonction de l’équilibre des humeurs (sang, bile …). Il n’y a pas de différence entre maladies de l’esprit et maladies du corps. Les troubles des humeurs altèrent le fonctionnement du cerveau et provoquent ainsi la folie. Le médecin cherche à restaurer l’équilibre, notamment par une alimentation et des médicaments appropriés, ce qui n’exclut pas l’écoute du malade.

Au cours des siècles, plusieurs « écoles » vont apparaître.

L’école dogmatique copie Hippocrate, l’école empirique ne considère que l’expérience, l’école méthodiste s’oppose aux deux précédentes, l’école pneumatique cherche l’origine des maladies dans le dérangement de la circulation du « pneuma » dans le corps. La thérapeutique consiste en exercices, massages, voyages, bains, saignées, purgation, diète, herboristerie ..

Les catégories des maladies mentionnées sont de trois ordres, la phrénésis (troubles mentaux aigus + fièvre) [1], la manie (agitation sans fièvre), la mélancolie (troubles chroniques sans agitation ni fièvre).

Les causes mentionnées : l’hystérie est attribuée aux migrations de l’utérus délié de ses attaches dans la cavité pelvienne, le médecin préconise le mariage et les rapports sexuels afin de remettre en place l’organe migrateur.

Les romains

1)    – CELSE (1er siècle) oppose les maladies aiguës aux maladies chroniques et divise chaque groupe en maladies générales ou locales.

2)    GALIEN (IIème siècle) élabore la théorie des tempéraments (sanguin, phlegmatique, colérique, mélancolique). Les maladies de l’âme sont des lésions de la sensibilité et de l’intelligence dues à une atteinte du cerveau ou d’un autre organe, et transmise au cerveau par sympathie. Il rattache l’hystérie à une pollution du sang sous l’effet de la rétention d’un liquide séminal féminin, entraînant une irritation des nerfs et, de ce fait, des convulsions…

3)    CELIUS AURELIEN (Vème siècle) est le dernier grand médecin latin s’inscrivant dans une lignée caractérisée par l’observation et le positivisme. Il assure une synthèse des connaissances acquises par ses prédécesseurs.

4)    Le droit romain institue l’incapacité de I’aliéné Le “mente captus” est toujours incapable, le « furiosus » reste capable dans les intervalles de lucidité. Il existe un « curateur des fous ». Les aliénés inoffensifs restent en famille. Ceux qui sont dangereux sont détenus. Quelques établissements charitables apparaissent à la fin de l’Empire.

Les hébreux

Les Hébreux apportent une conception religieuse monothéiste, condamnant le polythéisme et la magie. La maladie est pour eux la punition des péchés, et les prêtres apparaissent comme des guérisseurs.

Bible. Deut. 28.28 « Yahvé te frappera de délire, d’aveuglement et d’égarement des sens, au point que tu iras à tâtons en plein midi comme l’aveugle va à tâtons dans les ténèbres, et tes démarches n’aboutiront pas ».

La musicothérapie apparaît parmi les traitements : David joue de la harpe à Saül agité. Les rêves font l’objet d’interprétations. Le Christ guérit les « possédés ».

Les Hébreux absorbent une part de culture grecque au cours des siècles ; ils en assurent la transmission aux Arabes.

Les arabes

Leur apport consiste aussi bien dans la transmission des connaissances acquises par l’antiquité grecque que dans la systématisation dans la description des pathologies.

Citons :

Ishaq Ibn’Imran (Xème siècle), auteur d’un ouvrage consacré à la « Mélancolie »,

Ibn.Sina (Avicenne – XIème siècle),

Inb.Rushd (Averroës – XlIème siècle),

Les médecins arabes se préoccupent des causes ; l’inflammation du cerveau, le mélange des biles sont retenus comme explication. Les concepts anciens (phrénésie, manie, mélancolie …) sont repris, décrits, complétés.

C’est par la traduction des oeuvres grecques faite par les médecins arabes que le Moyen Age chrétien va entrer en contact avec la médecine grecque.

 

[1] Phrénésie, de Phrenesis, du grec phrenitis, de phrên, esprit.

La phrénésie, ou frénésie, est l’une des quatre maladies des Anciens (manie confuse et fébrile), dont sont atteints les phrénétiques.

Cette racine phrên signifie esprit, âme, pensée, intelligence, ainsi que cœur et diaphragme, lieu supposé de l’âme.

Elle est à l’origine de nombreux termes, pour la plupart utilisés de nos jours en psychiatrie:
– Hébéphrène (hêbê, puberté)
– Oligophrène (oligos, peu)
– Paraphrène (para, à côté de)
– Schizophrène (skhizein, diviser, fendre, séparer, d’où schisme, division et schiste, pierre qui se fend par lames)

En revanche, Phrénopathies, qui a un temps concurrencé « maladies mentales » – au XIXe siècle – est totalement obsolète.

De nos jours, frénésie et frénétique ne rendent plus compte que d’une exaltation excessive, d’une ardeur ou d’un enthousiasme exagérés. Et ces termes ne font plus partie du langage médical.

 

Georges Vignaux

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