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La folie à l’âge classique

17 avril 2014

ImageMichel Foucault [1] avance la thèse du renfermement historique des fous et voit dans la fondation en 1656 de l’Hôpital Général de Paris, l’acte premier de ce grand renfermement.

Il semble que les insensés ne soient que très minoritaires dans cet enfermement progressif ; les mendiants, les libertins, les galeux, les prostituées, les vénériens, les enfants trouvés vont être internés de plus en plus souvent.

 La Multiplication des Errants

Depuis le XVlème siècle, les misères du temps, le chômage, l’urbanisation créent une population errante sans cesse grandissante. Il s’agit d’un phénomène qui s’étend à toute l’Europe : les idées de l’époque ne s’orientent pas vers la charité mais vers l’enfermement des pauvres.

L’Hôpital Général de 1656 est le rassemblement des établissements de Paris. 4000 à 5000 personnes seront placées à la Pitié, à Bicêtre, à la Salpêtrière (Paris compte 40 000 mendiants), les grandes villes se dotent d’hôpitaux où la charité s’efface derrière la mise au travail des mendiants valides et la répression des déviants ; on y retrouve les insensés.

Population de la Salpêtrière en 1701 (La Salpêtrière est réservée aux femmes) : 4 646.

  • 1894 enfants de moins de 15 ans,
  • 329 filles de moins de 16 ans, estropiées. teigneuses, etc,
  • 594 vieilles aveugles ou paralytiques,
  • 262 vieux mariés de plus de 70 ans,
  • 380 libertines ou prostituées,
  • 465 gueuses ordinaires et vagabondes,
  • 330 femmes en enfance, d’une extrême vieillesse,
  • 300 folles violentes ou innocentes
  • 92 épileptiques de divers âges.

 

L’échec de l’enfermement

Les « Hôpitaux Généraux » sont bientôt remplis d’invalides, et non de ces mendiants valides que l’on voulait enfermer et faire travailler. Ils ne contiendront jamais qu’une petite proportion d’insensés : 5 à 10%.

Les Maisons de Force

Ces locaux de correction, le plus souvent tenus par des communautés religieuses, accueillent, moyennant une pension, les « correctionnaires ». Les insensés y sont plus nombreux en proportion que dans les hôpitaux généraux (20%) ; certaines maisons se spécialisent, comme Charenton.

Les lettres de cachet

Acte souverain, la lettre de cachet émane du roi ; elle ordonne l’internement. Alors que le placement en maison de force n’est soumis à aucune formalité, la lettre de cachet doit suivre une procédure : la famille rédige un placet, l’intendance enquête … La lettre de cachet est aussi le reflet d’une société où la famille est maîtresse de la liberté de ses membres, et les interne si besoin est. La Révolution Française abolit les lettres de cachet, mais maintient les fous enfermés. 90% des lettres de cachet étaient demandées par les familles en vue de l’emprisonnement des déviants, et des fous.

Les dépôts de mendicité

L’échec des hôpitaux généraux et l’insuffisance des maisons de force amènent la création au XVIIIème siècle des dépôts de mendicité. L’enfermement va prendre cette fois un caractère massif. De 1768 à  1789,  230 000 personnes sont passées dans les dépôts de mendicité. Les insensés y sont très minoritaires, mais ils sont les plus stables des pensionnaires.

Les soins et les traitements

Le magique et le religieux demeurent aux XVIIème et XVIIIème siècles : le maintien des pèlerinages à but thérapeutique et miraculeux en est le témoignage le plus évident.

A l’opposé, quelques médecins entament une démarche scientifique. Thomas Sydenham (1624 – 1689, Britannique) marque son désaccord avec la théorie « utérine » de l’hystérie ; celle-ci est provoquée par un désordre des esprits animaux ; sa déduction, très en avance sur son temps, est que l’homme lui aussi, est susceptible d’hystérie. Il utilise l’opium comme calmant.

William Cullen (1710 – 1790, Britannique) crée en 1769 le terme « névroses » désignant un ensemble d’affections du sentiment et du mouvement, sans fièvre ni lésions décelables. Son ouvrage essentiel sera traduit en 1785 par Philippe Pinel.

Calmants, évacuants, diète, saignées, toniques, lavements, bains, sont les médications les plus courantes. S’y ajoutent des traitements plus ou moins fantaisistes : les voyages ayant parfois guéri les mélancoliques, ce sont les cahots des routes que l’on imite avec un « trémoussoir », fauteuil agité par une mécanique.

« Contre la frénésie : Prenez le poumon d’un porc tout chaud et aussitôt faites le cuire dans de l’eau claire, puis lorsqu’il est cuit, retirez le de l’eau et le mettez tout chaud sur le chef du malade. Prenez du sang de truye et le faites cuire, et de ce faites un emplâtre qu’il faudra mettre sur la teste du malade »

(Source : Recueil de remèdes et Secrets – Collection P. Morel) cité par Postel et Quetel. [2]

 

La philantropie

Necker lance la prise en charge de l’assistance par le gouvernement.

Colombier et Doublet, en 1785, rédigent leur « lnstruction sur la manière de gouverner les insensés et de travailler dans les asiles qui leur sont destinés » qui est diffusée dans tout le royaume.

“Des milliers d’insensés sont renfermés dans des Maisons de Force, sans qu’on songe seulement à leur administrer le moindre remède : le demi-insensé est confondu avec celui qui l’est tout à fait ; le furibond avec le fou tranquille ; les uns sont enchaînés, les autres libres dans leur prison ; enfin, à moins que la nature ne vienne à leur secours en les guérissant, le terme de leurs maux est celui de leurs jours, et malheureusement jusque là, la maladie ne fait que s’accroître, au lieu de diminuer. Tel est l’état au vrai des ressources, jusqu’à ce moment, contre le fâcheux état des pauvres insensés : le cri de l’humanité s’est fait entendre en leur faveur, et déjà un grand nombre d’asyles se prépare pour leur soulagement, par l’établissement d’un département uniquement destiné pour eux dans chaque dépôt de mendicité, et l’on se propose d’y traiter indistinctement tous les genres de folies ».

Cette instruction préfigure l’asile thérapeutique du XIXème siècle. [3]

* Joseph Daquin (1732 – 1815) expose en 1791 les principes de l’attitude médicale qui va devenir le traitement moral : “Je veux enfin que le médecin vienne avec cette philosophie douce et consolante qui semble faire quelque chose sans agir et qui, sans vouloir d’abord considérer la maladie comme un ennemi, s’attache au contraire à le caresser, pour ainsi dire, comme un ami et s’assurer si les forces vitales qui constituent précisément ce qu’on nomme la nature sont seules suffisantes avec quelques légers secours, pour détruire les causes qui paraissent vouloir éteindre le principe de la vie. »

 

[1] Histoire de la folie à l’âge classique, Plon, 1961.

[2] Jacques Postel & Claude Quétel, Nouvelle histoire de la psychiatrie, Dunod, 2009.

[3] Site de l’EPSM J.M. Charcot, Le Trescoët; 56854 Caudan, Marc LEHOUCQ, Directeur.

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