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La psychiatrie : tendances récentes

26 avril 2014

L’évolution de la législation

En 1990, apparaissent :

  • d’une part des courants tendant à rapprocher la psychiatrie de la médecine et visant à l’intégration des services de psychiatrie au sein des hôpitaux généraux ;
  • d’autre part, la première démarche visant à modifier l’appellation de psychiatrie et à lui substituer le terme de santé mentale. Il s’agit d’une reprise d’un terme ancien qui figurait déjà dans la circulaire de secteur du 15 mars 1960. A l’époque, ce terme était en lien avec la pathologie psychiatrique lourde. Ce terme était également associé aux structures dites  » dispensaires de santé mentale  » ; ce qui permettait d’alléger l’impact du mot  » psychiatrie « , qui avait une connotation négative.

En 1990, l’esprit s’est aussi modifié. Le contenu du terme  » santé mentale  » vise cette fois à permettre une extension des interventions en psychiatrie vers les problèmes médico-sociaux, les problèmes d’adaptation, les problèmes de réaction dans les situations de stress, actions qui étaient déjà très développées dans le monde anglo-saxon.

La matérialisation de ces différentes initiatives se traduit dans les textes qui vont se succéder tout au long de la décennie 1990.

Le rapport MASSE en 1992, procède à une longue étude sur la diversification des prises en charge en psychiatrie sur le territoire français. Il insiste beaucoup sur la disparité énorme existant entre les moyens en psychiatrie dans les différents départements.

Il préconise de recentrer la psychiatrie sur l’hôpital général, lui redonnant sa dimension médicale qu’elle avait perdue depuis les années d’après-guerre.

Le rapport MASSE entraînera la création de nombreuses structures en aval des structures psychiatriques, et dont les effectifs seront en grande partie constitués par des anciens malades psychiatriques et des personnes atteintes de troubles de type Alzheimer. Cela conduira à la mise en place de structures médico-sociales de secteur pour accueillir les patients, âgés de moins de soixante ans, en particulier les patients ne pouvant assurer leur propre autonomie.

En 1992, il y a mise en place du tronc commun de formation des infirmiers, disparition du diplôme d’infirmier en psychiatrie. Cette révolution met fin à l’exception française qui, pendant longtemps, a soutenu et défendu la formation spécifique des personnels soignants en psychiatrie.

La circulaire du 30 juillet 1992 organise le soutien psychiatrique au sein des services d’urgence des hôpitaux généraux. Elle préconise l’installation d’équipes permanentes de psychiatrie composées de médecins psychiatres et infirmiers psychiatriques, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, permettant d’apporter sur le terrain où se concentrent de nombreux problèmes somatiques, et psychiques, une équipe professionnellement formée à la réponse à ces problèmes délicats et cela dans le cadre court des interventions au sein des services d’Urgence.

1995 : année législative fournie où apparaissent le code de déontologie médicale et la charte du patient hospitalisé.

28 mai 1997, une circulaire demande la création d’un réseau national de cellules d’urgence médico-psychologiques. Cette création fait suite à différents incidents et évènements, en particulier attentats survenus en région parisienne en 1996. Cette circulaire reprend les idées du Professeur Louis Crocq, qui avait depuis longtemps mis en place une consultation d’aide aux victimes de chocs et d’agressions psychiques (stress post-traumatique cher aux anglo-saxons), au sein de l’hôpital St Antoine à Paris. Il reprend une partie des idées des interventions, qui existaient déjà au niveau du Service de Santé des Armées, et notamment l’Armée Israélienne, qui avait constaté, en particulier lors de la guerre des six jours, la gravité des stress psychologiques sur les membres des unités combattantes. Ces interventions à chaud avaient alors été défendues pour permettre de neutraliser ces états, qui non seulement entraînent dans l’immédiat une paralysie annulant les capacités combattantes du soldat mais qui par ailleurs, peuvent être à l’origine de troubles psychopathologiques et en particulier, d’états névrotiques sévères.

Cette circulaire donna au terme  » débriefing  » une popularité assez insoupçonnée, le  » débriefing  » étant la verbalisation de l’expression émotionnelle en groupe.

Le rapport Piehl et Roeland en 2001 développe les actions psychiatriques en milieu carcéral, à l’hôpital général, sur certaines populations : toxicomanies, SIDA, maladies psychosomatiques. Il maintient l’objectif du développement des places dans les structures alternatives à l’hospitalisation.

La loi du 4 mars 2002 a pour objectifs :

  • la solidarité envers les personnes handicapées
  • le développement de la démocratie sanitaire

–       les droits des patients

–       le rééquilibrage de la relation soignant – soigné

–       l’obligation faite aux médecins de délivrer une information préalable.

  • l’amélioration des procédures de contrôle des professionnels

La psychiatrie apparaît alors basculer insensiblement dans un autre champ, avec une obligation progressive d’accueillir tous ceux qui ne sont pas dans les normes, les exclus qui dérangent. La menace est de faire de nouveau de la psychiatrie un outil de normalisation sociale.

Le retour de la psychopharmacologie

C’est par un terme malheureux,  » antipsychotique « , qu’ont été introduits des produits dits psychotropes atypiques, destinés à se substituer aux neuroleptiques introduits depuis les années 50.

Les deux points forts de cette nouvelle gamme sont une meilleure action sur les symptômes négatifs de la schizophrénie. Le précurseur de cette famille est l’amisulpride, introduit dès 1986.

Mais, la vraie révolution ne vient qu’à l’approche de la fin du XXème siècle avec la rispéridone (RISPERDAL ®) en octobre 1995, puis l’olanzapine (ZYPREXA ®) en juin 1999.

2004 verra apparaître l’aripiprazole (ABILIFY ®) aux effets secondaires encore moindres, en particulier sur les fonctions cognitives et la prise de poids.

Les antidépresseurs

Le nombre des antidépresseurs a explosé depuis la mise sur le marché de la famille des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et la fameuse fluoxetine (PROZAC ®).

Leur prescription a été décuplée au point de banaliser et le traitement et le concept même de la dépression, qui s’appauvrit de son contenu sémiologique et tend à se confondre avec le sentiment de tristesse que les psychiatres ont toujours voulu éviter de confondre avec la maladie dépressive.

Plus récemment, quelques produits à la fois dopaminergiques et sérotoninergiques ont fait leur percée, avec un moindre succès : venlafaxine (EFFEXOR ®), mirtazapine (NORSET ®).

Georges Vignaux

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