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XVIIe siècle : la naissance de l’Hôpital Général

27 mai 2014

ImageLe Moyen âge avait condamné la folie à n’être qu’une symbolique des péchés du monde. Et la Renaissance, malgré les premiers humanistes, a conservé une pensée scientifique handicapée par cet héritage du passé .

Le XVII e siècle fait confiance au progrès technique et à la production intellectuelle. Et ce changement impose de rompre avec les dogmatismes religieux.

On réalise que le monde obéit à des lois rationnelles, et que pour avancer dans la connaissance, l’homme doit assurer lui-même la maîtrise de son existence.

Descartes et les philosophes promeuvent cette rupture avec la scolastique, et avec les superstitions. Ils prônent le « libre-arbitre » et la Raison triomphante.

Et la maladie mentale peut ainsi s’arracher un peu plus de son incompréhension. Elle n’est plus due au péché ; elle requiert d’autres explications basées sur des observations rigoureuses.

Il y a rune volonté de reconnaissance de la folie en tant que maladie naturelle.

Mais les efforts de la philosophie et de la littérature, au cours de ce siècle, ne parviendront pas à empêcher que le fou soit confondu avec le pauvre et qu’il subisse avec lui, la détention et les châtiments.

C’est la lutte contre la pauvreté qui, en entraînant la création de l’Hôpital Général, va conduire le malade mental derrière les murs de l’internement où, peu à peu, on lui attribuera ses propres quartiers d’isolement.

L’internement représente, avant tout, une volonté d’exclusion.

La remise en cause des explications magiques

Au début du XVIIe siècle, il règne encore en France une atmosphère obsédée par la sorcellerie et les forces obscures. On pourchasse encore les sorcières, mais désormais, c’est le pouvoir laïc qui prend le rôle des Inquisiteurs ecclésiastiques. Ce sont des tribunaux civils qui jugent les cas de possession.

Certains procès de sorcellerie sont d’ailleurs restés célèbres :

-En 1633, à Louviers, Madeleine Bavent accuse l’abbé Picardd’ensorcellement.

– En 1632, à Loudun, Jeanne des Anges, mère des Ursulines, accuse l’abbé Grandier des mêmes maléfices.

Le thème de ces procès est toujours identique : un prêtre est déclaré coupable de sorcellerie et de débauche. Son infamie est prouvée par les crises de convulsions qu’il provoque chez des femmes, surtout des religieuses, dont il a la direction morale.

Si les exorcismes confirment le lien avec Satan, c’est à la justice laïque qu’il appartient cependant de juger le délit et de prononcer la sentence.

L’affaire Grandier :

Ce curé est un intellectuel qui a osé publier un traité hostile au célibat des prêtres. On le soupçonne d’avoir des moeurs libertines.

Mais tous les procès que l’on a pu lui intenter, se sont conclus par des échecs. C’est alors que le couvent des Ursulines, proche de la paroisse, va devenir le théâtre de phénomènes hystériques dont Grandier aura à endosser la responsabilité .

La soeur supérieure, Jeanne des Anges, est en proie à de fréquentes hallucinations érotiques durant lesquelles elle voit le curé lui rendre des visites nocturnes. Et rapidement contagieuses, ces hallucinations, accompagnées de crises de convulsions, perturbent toutes les pensionnaires du couvent. Les apparitions du prêtre, alternant avec celles du diable, démontrent leur complicité.

On pratique alors des exorcismes, mais sans succès. Grandier, déclaré coupable de maléfices, proteste de son innocence. Il sera malgré tout brûlé vif en place publique.
Après sa mort, la possession continue et gagne même la ville de Loudun.

Le phénomène, au fil du temps, s’estompe, mais Jeanne des Anges reste sujette à des hallucinations, qui ne sont par contre plus considérées comme diaboliques, mais seulement comme visionnaires.

A la même époque, on pourchasse aussi les empoisonneuses : tout un réseau de sorcières, de diseuses de bonne aventure, de prêtres défroqués préparant des philtres, célébrant des messes noires ou distribuant de la « poudre de succession » (poison à base d’arsenic) est démantelé. La maîtresse de Louis XIV, elle-même, y est impliquée. Et l’on constate, de plus en plus souvent, que des phénomènes d’hystérie collective qui accompagnent les « possessions ». Il faut alors trouver une explication rationnelle à l’intervention des forces surnaturelles.

Parce que l’on en reste convaincu : la maladie est due aux démons. Mais il est peut-être possible de les contraindre à sortir avec des remèdes. Alors on prescrit du vin émétique, des eaux minérales, des purges, des saignées… De nouvelles explications psychologiques vont accentuer, par la suite, la stupidité des raisonnements irrationnels. Peu à peu, la démonologie sera abandonnée.

En 1670, un arrêté de Louis XIV mettra un terme aux procès pour sorcellerie. Ce sera la fin de la chasse aux sorcières.

Mais d’autres cas de possession diabolique ou de folie collective se manifesteront encore. Et longtemps, les idées de démonologie, de magie ou de superstition, liées aux maladies mentales, hanteront l’esprit médical.

 

Georges Vignaux

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