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La communication, opium d’aujourd’hui ?

2 juin 2014

ImageEn l’espace de deux décennies, les conseillers en communication, du moins les plus célèbres d’entre eux, sont passés de l’ombre à la lumière. Les mésaventures récentes qui ont conduit Havas Worldwide (ex-Euro RSCG) à cesser d’entretenir des relations contractuelles avec des ministres en exercice, à l’issue de malencontreuses « affaires », constituent un indicateur de la visibilité acquise par le conseil en communication politique. [1]

Un ensemble d’épisodes récents dont l’accumulation a contribué à exposer sur la place publique certains conseillers en communication politique, a fini par attirer l’attention sur la nature même de leur influence : avant même les polémiques récentes liées aux gestions des affaires Cahuzac et Strauss-Kahn par Havas Worldwide sous la houlette de Stéphane Fouks, le fameux épisode de la Porsche de Ramzi Khiroun, un des dirigeants du groupe Lagardère, dans laquelle était montée Dominique Strauss-Kahn alors en précampagne présidentielle, en avril 2011, a ainsi pu révéler au grand jour à quel point le train de vie d’un proche conseiller pouvait, sous le feu des médias, être imputé directement au responsable politique.
Pour anecdotiques qu’ils soient, ces incidents – que les professionnels qualifieraient certainement d’ »erreurs de communication » – illustrent parfaitement que, en passant de l’ombre à la lumière, les conseillers en communication deviennent à leur tour des personnages publics, sujets de portraits dans la presse, auteurs de témoignages sur les coulisses de leur métier, invités de plateaux télé, parfois conviés à se prononcer sur les performances médiatiques… de leurs clients et, inévitablement, susceptibles de commettre à leur tour des bévues en s’exposant.

Jeux douteux
Cette omniprésence des conseillers les plus en vue, bien que témoignant de leur réussite sociale et de l’importance de leurs réseaux professionnels, , pourrait s’avérer à terme préjudiciable à leurs commanditaires. Acteurs devenus incontournables du jeu politique en raison de la sacralisation des cotes de popularité et de la diversification des supports médiatiques, les conseillers en communication s’efforcent de rationaliser – au sens de la psychanalyse – le comportement du responsable politique, en lui fournissant des raisons plausibles à son infortune (une popularité en berne) et des issues possibles (comment rebondir).

Cette dimension de réassurance symbolique qui consiste à croire et faire croire en la grandeur du pouvoir et de ses représentants à la fois distants (la prise de hauteur induite par la fonction) et proches des gouvernés (l’injonction à « être soi-même » dans les médias) achoppe désormais sur les artifices d’une mise en scène dont les jeux deviennent beaucoup trop apparents.

A leur manière également, les succès rencontrés par les actes de communication des dirigeants politiques laissent profiler le risque bien réel qui revient à ne plus appréhender l’activité politique qu’à partir des « artifices » émanant de la communication.

Cette pseudo victoire d’une communication politique omnipotente résonnerait alors comme un aveu d’échec. La communication risque de plus en plus de se réduire à un pur et simple travestissement, alors que les dirigeants politiques, métamorphosés en communicants, auraient, pour leur part, renoncé à leur fonction : proposer de “vraies” solutions politiques.

[1] Cf Philippe Riutort (CNRS), Le Monde, 09.05.2013.

Georges Vignaux

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