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Le XXe siècle : la psychiatrie s’affirme

1 juillet 2014

ImageLa chlorpromazine et les autres psychotropes offrent à la maladie mentale la possibilité de s’exprimer autrement.

Et, à cette incidence des médicaments, se joint une nécessaire redéfinition de la souffrance psychique qui ne semble plus concerner uniquement les aliénés.
Le changement, qui s’amorce dans l’asile, s’accompagne aussi d’une évolution dans la considération sociale de la folie.

La rupture avec le passé dans l’asile :

Les neuroleptiques, qui remplacent peu à peu les électrochocs et les narcotiques, permettent aux patients de s’ouvrir à leur médecin. Le médicament ramène le silence dans les hôpitaux.
Les hallucinés, les gesticulants, les dévorés d’angoisse ou les catatoniques retrouvent la possibilité de s’exprimer par la parole. Une communication s’établit enfin entre le soigné et le soignant.

La privation de liberté, la contrainte, les punitions, les sévices de tous ordres ne sont plus des conduites systématiques. Aux internements abusifs et à vie se substituent des placements de plus courte durée.

Et grâce à la psychopharmacologie, il est enfin possible de répondre à cette nécessité maintes fois affirmée en psychiatrie : changer les fonctions de l’asile et humaniser les conditions de détention des aliénés.

Le 10 Août 1949, une circulaire ministérielle institue le placement volontaire gratuit. Le malade, hospitalisé contre sa volonté, est pris en charge financièrement par la collectivité.
Parce que son internement doit représenter un soin plus qu’une mesure d’exclusion.

Cet espoir thérapeutique se concrétise en Juillet 1955 par l’institution du premier diplôme d’infirmier psychiatrique. Les anciens gardiens, qui, sans qualification spécifique, venaient «garder les fous » et faire de la contention, sont remplacés par des infirmiers. Ceux-ci seront porteurs du mouvement désaliéniste. Et même si leur diplôme n’a pas l’équivalence d’un diplôme d’État, il est le témoin et le garant d’une certitude maintenant acquise : la folie réclame un soin, elle est devenue l’objet d’une préoccupation médicale.

Et pourtant, au travers du bénéfice apporté par l’usage du médicament, on entrevoit rapidement une autre façon de considérer et de prendre en charge le malade et sa maladie. Il y a place pour la psychologie. C’est elle surtout qui va provoquer la rupture avec la tradition asilaire. Désormais le fou n’est plus condamné à passer sa vie enfermé. Et, quand on l’écoute, on se rend compte que sa parole et son histoire personnelle traduisent sa souffrance et apparaissent comme les éléments essentiels sur lesquels peut se baser une relation d’aide thérapeutique.

L’hôpital, après avoir été un lieu de mort, doit devenir un lieu de vie, un lieu où l’on réapprend à vivre, à reconstruire son existence et à se réadapter à une réalité sociale.
Le malade doit vivre sa vie et non plus celle de l’institution, qui avait « clôturé » les patients sur eux-mêmes en les soumettant à la servitude passive, à la perte de l’initiative, à l’obéissance et à un jugement coercitif.

L’hôpital se transforme. Il représente une société miniature, prélude à la future réinsertion.
L’idée d’une psychothérapie institutionnelle, évoquée par Esquirol en 1805, refait surface :

« Une maison d’aliénés est un instrument de guérison… »

Et l’on reconsidère encore que ce rôle curatif est lié à l’amélioration des conditions de détention. Alors on fait installer le chauffage central, des chambres plus confortables, des sanitaires.
On autorise l’utilisation des fourchettes et des couteaux à bout rond. Les habits personnel sont tolérés. Parallèlement se mettent en place des ateliers d’ergothérapie.

La maladie mentale est envisagée dans toutes ses dimensions. C’est ainsi qu’apparaît la perspective de la sectorisation, c’est à dire la possibilité de prendre en charge les patients en dehors des murs.

L’utilisation des médicaments, qui vient accélérer l’évolution des considérations sur la folie, déjà sensible depuis la fin de la guerre, se traduit, dans de nombreux pays, par une baisse importante de la population asilaire. Aux USA, par exemple, de 500 000 malades mentaux recensés en 1950, on passera à 215 000 en 1974. En Europe, un phénomène identique se produit.

Toutes les circonstances qui concourent au changement de la psychiatrie répondent à une même exigence : humaniser la folie. C’est à dire réduire le plus possible l’enfermement, ne plus en faire un instrument de punition et d’exclusion. L’hôpital doit être le lieu d’un soin qui prépare le retour à la vie extérieure.

A côté des conceptions organiques de la neurologie, apparaît une médecine psychiatrique de la personne qui cherche à considérer le malade comme un être humain dont la pathologie peut aussi s’exprimer d’une manière psychologique et sociale. Et cette façon différente de comprendre et de traiter la folie est à l’origine d’un changement du visage de cette même folie. On assiste de moins en moins à ces grandes crises d’hystérie, accompagnées de paralysies, d’anesthésies et de tremblements, si fréquentes auparavant. Cette pathologie se modifie pour s’exprimer davantage par de l’angoisse, de l’insomnie, une espèce de douleur morale associée à des troubles caractériels ou psychopathologiques.
La mélancolie, réputée jusqu’alors pour être une maladie chronique présentant des formes sévères et incurables, telles que le délire de négation ou le syndrome de Cotard, remplissait les asiles. Les médicaments transforment le tableau clinique et permettent à 30% des malades de connaître une réelle amélioration. Les symptômes de la grande dépression s’atténuent. Il devient difficile de différencier avec certitude les troubles présentant la gravité d’une maladie mentale, de ceux qui caractérisent le mal de vivre ou la souffrance existentielle de la société des gens « normaux ».

La reconnaissance sociale de la folie :

L’effet du médicament, conjugué à une volonté affirmée de changer l’asile, fait entrer la psychiatrie dans une période de mutation où la folie elle même, par contre coup, s’en trouve transformée.

On entrevoit ainsi la possibilité de la faire vivre à l’extérieur en organisant un système de soins éloigné des lieux de l’exclusion. Ce projet entraîne, en quelques années, une libéralisation de la psychiatrie. Son vocabulaire se répand dans le langage social et les connaissances sur la maladie mentale sont vulgarisées.
La présence du fou dans la collectivité devient un sujet d’actualité très médiatisé. Il semble avoir retrouvé un certain droit de cité.

Soulager, améliorer ou guérir la souffrance psychique est un impératif qui ne concerne plus seulement les malades internés. On se reconnaît dans le fou, sa pathologie n’est pas complètement incompréhensible et ses débordements ne nous sont pas étrangers non plus.

Entre normal et anormal, il ne s’agit que d’une question de degré. Mise à l’ordre du jour au cinéma et dans la littérature, la folie tente de se faire accepter comme une maladie de la société.

Georges Vignaux

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