Accueil > Non classé > Le XXe siècle : les thérapeutiques psychiatriques

Le XXe siècle : les thérapeutiques psychiatriques

6 juillet 2014

Au début du XXe siècle, l’institution asilaire fait l’objet d’une remise en question. On constate que l’asile ressemble davantage à une prison qu’à un lieu de soins et que trop souvent, le nombre de décès l’emporte sur celui des guérisons.

La vie asilaire est propice à la dissimulation. Les patients sont amenés à refouler et à cacher leurs troubles au profit d’une adaptation factice aux conditions de détention. Il ne s’agit plus d’un «traitement moral » mais d’un véritable « conditionnement » qui contraint la psychose, non pas à s’améliorer, mais à évoluer pour devenir une maladie institutionnelle. L’asile, loin de guérir, conduit à un désintérêt progressif et une docilité apathique.
Et les patients, qui finissent par sombrer dans un abrutissement institutionnel, n’ont pas d’autre issue que de terminer leur vie derrière des murs.

Il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour assister à un changement radical de cette pratique psychiatrique.

La pauvreté des anciennes médications :

On calme l’agitation avec des bromures, du chloral, de l’opium ou du laudanum. Les premiers barbituriques font leur apparition. Les bromures de potassium, découverts en 1826, sont utilisés dans l’épilepsie, l’hystérie, les convulsions, la disposition aux « attaques des nerfs ».
Le sirop de chloral, découvert en 1870, fait dormir.
L’opium et le laudanum (opium liquide) se prennent en tisanes, en lavements ou même en décoctions de pavot. Réservés surtout aux cas d’agitation, on les prescrit aussi dans la mélancolie et l’anxiété.

Pour combattre l’insomnie et l’excitation, on dispose de la scopolamine et de quelques barbituriques. La scopolamine est extraite du mandragore, cette plante aux mille vertus, célèbre depuis l’Antiquité, notamment pour ses pouvoirs en sorcellerie.
Parfois sont prescrits des somnifères et des anesthésiques de la série Gardénal, Véronal, Nembutal, Ortenal, Binoctal, etc… élaborés à partir de l’acide barbiturique découvert le jour de la Santa-Barbara en 1903.

Le Serpentaire ou Rauwolfia ou « herbe aux fous », plus connue sous les noms de Réserpine et Sarpagon, est aussi utilisée après 1930, ainsi que des amphétamines telles que Captagon, Maxiton, Fringanor, Ordinator, qui ont servi pendant la guerre à accroître la vigilance des pilotes d’avions.

Mais l’usage de toutes ces drogues reste bien limité en raison des risques importants d’intoxication et de toxicomanie qu’elles peuvent entraîner. Alors, faute de mieux, on a recours très souvent aux méthodes plus classiques de la camisole et de l’hydrothérapie.

C’est par la force des choses, pour changer cet état de fait, que l’on va s’efforcer de mettre au point et d’une façon tout à fait empirique, des « thérapeutiques de chocs ».

Les thérapeutiques de chocs :

La malaria thérapie :

Le neurologue autrichien Von Jauregg, en observant les déments syphilitiques, fait la constatation suivante : l’état mental des patients parait s’améliorer lorsqu’ils présentent des infections accompagnées de forte fièvre. Il en déduit que la fièvre peut agir comme un calmant de la folie.

En suivant ce principe, il décide d’inoculer le paludisme à ses malades syphilitiques. La technique est simple : on prélève du sang chez un paludéen en crise, que l’on injecte à un syphilitique. Celui-ci présente, après 10 à 12 accès de fièvre, une amélioration des délires et des excitations dans 30% des cas. Il est facile ensuite, d’enrayer l’impaludation par de la quinine.

Jauregg reçoit le prix Nobel pour son invention en 1927.
Il sera le seul psychiatre à mériter cette distinction.

La cure de Sakel :

L’insuline, découverte depuis 1922 est surtout utilisée dans le traitement du diabète. On s’en sert aussi parfois pour stimuler l’appétit des malades mentaux anorexiques et on constate qu’à petite dose, elle semble aussi calmer l’agitation. Sakel, médecin psychiatre autrichien, décide alors, pour la première fois, de la prescrire pour ses propriétés sédatives.

Et c’est une erreur de manipulation qui va permettre à l’insuline de devenir un traitement biologique de la schizophrénie. Ayant administré une trop forte dose à l’un de ses patients, Sakel s’aperçoit qu’après une période de coma profond, le sujet présente une nette amélioration de son état mental. Il préconise donc de pratiquer une insulinothérapie à doses élevées.

Au sortir du coma, le malade se trouve dans un état de régression psychophysiologique profonde qui nécessite, de la part de son entourage, un maternage important. Et cette prise en charge dont il fait l’objet ne peut être que bénéfique pour sa schizophrénie.
Mais l’insulinothérapie présente des risques énormes de troubles respiratoires et cardiaques ou de coma irréversible. Elle sera abandonnée dans les années 40.

L’électrochoc :

L’utilisation de l’électricité dans le traitement des maladies mentales est assez ancienne puisqu’elle remonte à 47 après JC. A cette époque là, on se servait d’anguilles électriques qui, placées sur la tête des patients, provoquaient des décharges curatives.
Au cours du XIXe siècle, on constata aussi que des électrocutions accidentelles entraînaient souvent des crises convulsivantes.

C’est à l’italien Cerletti que revient la paternité de cette technique de stimulation électrique.

Après avoir essayé sa « technique d’ « électrochocs » sur des porcs destinés à l’abattoir, il réalise en 1938 la première expérience sur un schizophrène. Moins onéreux et moins dangereux que le cardiazol, l’électrochoc a rapidement du succès.
Efficace semble-t-il pour améliorer certaines psychoses et surtout les dépressions mélancoliques, on l’utilise aussi dans les états d’agitation.

Le courant électrique envoyé sur les tempes du malade par deux électrodes métalliques est de 70 à 130 volts pendant un temps court ( de un dixième à cinq dixièmes de seconde). Les séances sont au nombre de trois par semaines en général, pour une cure de cinq à trente-cinq semaines.

Ce traitement est réalisé sans anesthésie. Par la suite, la technique est améliorée sous le terme déguisé d’ « électronarcose ». Le patient est préalablement endormi par du penthotal et curarisé afin qu’une relaxation musculaire suffisante puisse éviter les fractures.

L’électrochoc agit en modifiant la production et la distribution de ces substances chimiques appelées « neuromédiateurs ». Il crée artificiellement une période de calme, une « rupture » dans l’évolution de la maladie qui se manifeste par une amnésie passagère durant laquelle le patient « oublie » peut être les évènements qui ont provoqué sa psychose. Mais cette période de rémission des symptômes reste passagère et il est nécessaire de recommencer le traitement.

La lobotomie :

Les fouilles anthropologiques d’Afrique et d’Amérique latine ont rapporté des centaines d’exemples d’ouverture du crâne. La trépanation parait être l’une des plus anciennes opérations pratiquées chez l’homme.

C’est Morniz, neurologue à Lisbonne pendant la deuxième guerre mondiale, qui est le premier à pratiquer, par la « lobotomie », un geste opératoire destiné à supprimer la pensée anormale.
Morniz déduit de l’observation des obsessionnels et des mélancoliques que ces malades ont un cercle vicieux d’idées morbides et malsaines qui tournent en rond et qui paralysent toute leur activité cérébrale. Selon lui, ces idées se localisent au niveau préfrontal qui semble être aussi le siège de l’agressivité.

Des expériences, effectuées sur des singes, permettent alors de constater que les animaux se montrent en général plus dociles après avoir subis une section des fibres des lobes préfrontaux. C’est en 1935 que Morniz décide de pratiquer ses premières lobotomies sur des malades mentaux. Rapidement, cette psychochirurgie suscite un grand intérêt . On pense avoir enfin trouvé un moyen en psychiatrie, d’agir efficacement sur l’agitation, dans les cas de psychoses résistantes aux électrochocs.

Enlever la folie par un simple geste opératoire, on en rêvait !

L’intervention, malgré la crainte qu’elle inspire, n’entraîne le décès que dans 1 à 2% des cas. Et dans les années 40-50, beaucoup de malades sont lobotomisés, même si les résultats, dans l’ensemble, restent discutables. Rares sont ceux qui s’en trouvent « améliorés » par une réduction de leur agressivité, sans être devenus des « « légumes ».

Par contre, c’est une menace pour tous les pensionnaires que de devoir subir ce « labourage de cerveau », qui mutile physiquement et qui laisse des cicatrices.

Les traitements psycho pharmacologiques :

Le 19 septembre 1950 a lieu à Paris le premier congrès mondial de psychiatrie. Quatorze pays y sont représentés. On y expose les nouvelles techniques de traitement des maladies mentales. Le couteau à lobotomie et l’appareil à électrochocs font sensation, même s’ils évoquent par certains côtés les salles de torture de l’Inquisition.

Nées d’une volonté de changer l’asile, les thérapeutiques de chocs ont surtout cherché à réduire la violence et l’agitation, sans pouvoir apporter un soin réel à la folie, ni une amélioration des conditions de vie des aliénés.

Pourtant, à partir de 1952, et durant les dix années suivantes, un changement arrive, d’une façon imprévisible et involontaire. Quelques psychiatres et chimistes, tels que Charpentier, Laborit, Denicker et Delay, unissant leurs efforts, vont parvenir, grâce à la psychopharmacologie, à transformer le visage de l’asile. C’est avec beaucoup de hasard et d’empirisme, qu’ils vont permettre à des molécules chimiques de devenir les médicaments spécifiques de la folie. Et la véritable rupture avec la tradition asilaire peut enfin s’amorcer.

Les neuroleptiques :

Durant la guerre, la nécessité de lutter contre le paludisme oriente la recherche dans une autre direction. On retravaille sur une ancienne molécule – la phénothiazine – utilisée comme insecticide en 1934 et comme antiparasitaire en 1938. Et les chimistes de Rhône Poulenc lui découvrent des dérivés ayant une action antihistaminique : le Diparcol et le Phénergan, qui lui, semble être aussi très sédatif.

C’est alors que l’on va délaisser volontairement le côté antihistaminique pour s’intéresser uniquement au côté sédatif. A partir du Phénergan, le chimiste Charpentier élabore un produit plus puissant, dépourvu d’action antihistaminique, qu’il nomme : Chlorpromazine. Il s’avère être un stabilisateur neurovégétatif, un antispasmodique très sédatif qui renforce l’action des hypnotiques, des anesthésiques et des barbituriques.

Il reste alors à lui trouver des indications. On pense à la chirurgie, puisqu’il provoque une hibernation artificielle par abaissement de la température et qu’il potentialise les anesthésiques. On le teste ensuite en psychiatrie où il se montre bénéfique dans les cures de sommeil, dans le traitement des crises maniaques et des états schizophréniques. Son action est efficace et rapide à doses élevées sur les délires, les hallucinations et les agitations.
Il permet au patient de retrouver une certaine « lucidité ».

Baptisée Largactil en 1952, la chlorpromazine devient le chef de file d’une nouvelle série : les neuroleptiques.

L’aliéné devient alors définitivement un malade mental, puisqu’il existe maintenant un médicament adapté à sa maladie. Et le psychiatre définit mieux son rôle de médecin en pouvant prescrire un produit ayant une action sur la folie. Les laboratoires, quant à eux, réalisent très vite l’intérêt commercial d’une telle découverte.

Les antidépresseurs :

Si le Largactil permet d’agir sur les délires et les hallucinations, d’autres symptômes, en psychiatrie, réclament aussi un traitement spécifique.

On a tout essayé, par exemple, pour venir à bout d’une des plus grandes maladies de l’asile, tour à tour appelée « humeur noire », dépression, mélancolie, folie circulaire ou psychose maniaco-dépressive. Sans succès.

Après avoir permis la découverte des neuroleptiques, c’est encore le hasard, qui va entraîner celle des antidépresseurs. En 1951, malgré l’arrivée des antibiotiques, la tuberculose reste toujours un fléau redoutable.

Les laboratoires Hoffman Laroche, aux USA, décident de se lancer dans la recherche de remèdes plus efficaces. A partir de l’Hydrazine, une substance chimique utilisée comme carburant pendant la guerre, ils synthétisent deux médicaments : le Marsilid et le Rimifon. Si l’action de ces produits sur les lésions tuberculeuses parait discutable, ils semblent avoir, par contre, des effets secondaires insolites sur le psychisme : effectivement, les malades pourtant au seuil de la mort, retrouvent le sourire et se montrent euphoriques.

En 1956, le psychiatre américain Nathan Kline tente alors de prescrire le Marsilid uniquement pour ses effets secondaires, dans les cas de dépressions. Et comme ses essais sont concluants, il rencontre les chimistes de la firme Hoffman Laroche pour les convaincre de fabriquer le produit. Cette situation unique, d’un psychiatre qui démarche auprès d’un laboratoire, n’aura plus jamais l’occasion de se reproduire par la suite.

Le Marsilid, qui agit en inhibant une enzyme cérébrale – la mono-amine-oxydase – devient, pour cette raison, le chef de file des IMAO (inhibiteurs de la mono-amine-oxydase).
Mais rapidement, un autre groupe d’antidépresseurs vient détrôner les IMAO. Le premier de cette série est découvert d’une façon encore tout à fait fortuite, par le psychiatre suisse Khun.
En collaboration avec les laboratoires Geigy, il travaille alors sur l’Imipramine, un dérivé très sédatif de la Chlorpromazine, dans l’intention de trouver un hypnotique.
Le hasard fait qu’il le prescrit à des malades dépressifs. En prolongeant l’expérience, il s’aperçoit que l’on peut obtenir des résultats encourageants en osant administrer le produit sur des périodes longues de plusieurs semaines.

Les patients auparavant angoissés, prostrés, moroses, deviennent peu à peu bavards, actifs et cherchent à renouer des relations avec leur entourage. Le médicament parait n’agir que sur la dépression.

Aucun raisonnement scientifique, là non plus, n’est à l’origine de cette découverte, qui résulte simplement de l’empirisme et de la détermination d’un psychiatre.
L’Imipramine est commercialisée en 1958 sous le nom de Tofranil et devient le premier antidépresseur tricyclique ( parce que la molécule de base possède trois anneaux)

Les IMAO, jugés trop dangereux pour leurs effets secondaires (hépatites mortelles, hypertension ou hémorragies cérébrales), sont retirés du marché dès 1961.

Le lithium :

C’est encore le hasard qui va favoriser la découverte d’un produit qui soit aussi un véritable régulateur de l’humeur, ce que ne sont pas les antidépresseurs. En 1949, un psychiatre australien nommé John Cade, avait effectué des recherches en laboratoire sur les propriétés de l’acide urique. Et, voulant diminuer la toxicité de l’urée, il avait élaboré un « urate de lithium», solvant de l’acide urique.

C’est en l’administrant à des cobayes et à des rats, qu’il se rendit compte que le produit les calmait et les apaisait sans réduire leur état de conscience. Expérimenté ensuite sur des patients, il permettait à des états d’excitation maniaque avec agitation de régresser en une semaine.

Mais le lithium devait être délaissé en raison des risques de complications qu’il comportait. Et puis John Cade était un psychiatre trop peu connu. Les firmes pharmaceutiques s’intéressaient bien davantage, aux molécules des neuroleptiques et des antidépresseurs.

C’est alors qu’un médecin danois Mogen Schou, reprend avec entêtement les recherches de Cade. Il parvient à prouver l’innocuité et l’efficacité du produit lorsque son utilisation est subordonnée à des contrôles réguliers des concentrations sanguines.

Mais le lithium a encore bien du mal à s’imposer sur le marché des produits pharmaceutiques. Il ne présente pas des intérêts commerciaux et financiers suffisants. Même en étant un bon traitement curatif des états maniaques et surtout préventif des rechutes en cas de psychose maniaco-dépressive, on ne peut pas le considérer vraiment comme un médicament. C’est un ion, présent naturellement dans l’organisme, au même titre que le sodium ou le potassium, et son mécanisme d’action, bien que prouvé, n’a jamais vraiment été élucidé.

Les tranquillisants :

L’histoire de la découverte du tranquillisant est liée elle aussi au hasard et à l’empirisme.

Alors que l’on s’évertue dans les laboratoires à trouver des successeurs aux premiers neuroleptiques, le chimiste Léo Sternbach, en 1954, décide de remettre à l’étude des produits anciens appelés : benzheptoxdiazines. Sternbach les synthétise, les modifie et tente finalement de les proposer à la firme Hoffmann Laroche, afin qu’ils soient testés.
Mais il se heurte à un refus. Quelques années plus tard, en 1957, lors d’un nettoyage du laboratoire, Sternbach retrouve dans un coin une fiole rescapée du programme abandonné. Afin d’achever définitivement la série, et d’en tirer une publication de chimie, il la renvoie à l’épreuve du test. Et, cette fois-ci, le produit se révèle très intéressant, capable même de rivaliser avec la chlorpromazine. On lui trouve d’étonnantes propriétés sédatives et relaxantes, il semble peu toxique et dénué d’effets indésirables sur le système nerveux autonome.

La firme Hoffmann Laroche demande à Sternbach d’en synthétiser davantage et c’est à ce moment-là qu’il se rend compte de son erreur : le produit en question n’a rien à voir avec les benzoheptoxdiazines du départ, il a une classe chimique différente certainement due à un accident de manipulation. La molécule de base avait incorporé un nouvel atome de carbone pour donner naissance à une « benzodiazépine ». C’est la réussite. Le nouveau médicament calme l’anxiété, soulage les tensions nerveuses sans entraîner d’effet secondaire gênant.

Il est commercialisé en 1960 sous le nom de Librium et en 1963, le Valium, plus connu, lui succède.

Une fois lancés sur le marché, les tranquillisants connaissent un succès inégalé. Ils répondent à une demande urgente et insatiable qui dépasse largement les murs de l’asile : soulager l’angoisse et le mal de vivre des gens « normaux ». A partir de 1963, le Valium devient le médicament le plus prescrit et le plus consommé aux USA. Il le restera pendant douze ans.

Ces premiers médicaments du cerveau, qui sont à l’origine d’une révolution dans la pratique psychiatrique, révèlent aussi l’existence de la souffrance psychique au delà des limites de la pathologie mentale. L’individu « normal » peut alors revendiquer le droit d’exprimer et de soigner aussi son « mal être intérieur », cette impression de malaise subjectif fait d’angoisse et de dépression qui justifie sa consommation de drogues psychotropes.

L’illusion de guérir ou d’ « enlever » la folie et de supprimer le mal de vivre s’imposera à tel point que l’on ne s’occupera bientôt plus que du symptôme, négligeant cette maladie dont on ignore toujours les causes.

Georges Vignaux

Publicités
Catégories :Non classé
%d blogueurs aiment cette page :