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Le rêve télépathique. Avancées expérimentales et cliniques [1]

15 août 2014

Le docteur Montague Ullman, directeur du département de psychiatrie du Maimonides Medical Center de New York, mit en place, en 1961, l’un des premiers laboratoires du sommeil dédié à l’étude expérimentale des rêves et de la télépathie. Professeur émérite du département de psychiatrie du Albert Einstein College of Medicine, Yeshiva University, il a publié de nombreux articles neurophysiologiques et cliniques portant sur l’étude des rêves. Dans ce texte, extrait de l’ouvrage “Psychoanalysis and the Paranormal : Lands of Darkness”, publié en 2003, Montague Ullman revient sur les expériences étudiant les rêves télépathiques effectuées au Maimonides Medical Center.

« J’ai fait pendant ma vie quatre rencontres majeures avec le paranormal, c’est-à-dire avec ce qu’il est maintenant convenu d’appeler les phénomènes psi (1). C’est à l’âge de seize ans, en 1932, que j’ai découvert ce que l’on désignait sous le nom de “phénomènes psychiques”. J’étais impressionné par les grands noms qui étaient associés à l’étude de la médiumnité (William James, J. W. Crookes, Sir Oliver Lodge), et avec plusieurs camarades de collège, je m’embarquai dans des séances que nous organisions par nous-mêmes chaque semaine, et qui durèrent pendant deux ans. Par la suite, j’ai pu constater que les effets concrets que nous avions eu l’occasion d’observer nous avaient tous durablement marqués (2).

« Pour moi, ce fut le premier vrai contact avec le « paranormal ». Il éveilla en moi un intérêt durable pour cette discipline dont il m’ouvrit les portes. Le deuxième contact fut plus éphémère et personnel, et manqua de la qualité consensuelle qui avait marqué mes expériences de jeunesse. Il prit la forme de rêves occasionnels qui me semblaient être soit télépathiques, soit précognitifs. Voici un rêve de ce type que Jung aurait considéré comme un exemple parfait de synchronicité (3).

« Nous étions à la fin de l’année 1945. Je terminais mes obligations militaires outre-mer, et je fis acte de candidature pour participer à un programme d’étude psychanalytique. Le rêve se produisit au début de mon analyse. Dans ce rêve, j’assistais à la représentation d’un opéra et j’avais la surprise de voir qu’un de mes camarades de promotion, que j’appellerai Nat, était un danseur du ballet. Nat était de ceux dont la corpulence et le poids dépassent largement les cent kilos. Je l’avais rencontré fortuitement, c’était un camarade d’études. Plus âgé que la plupart d’entre nous, il devait avoir environ cinquante ans. Au cours de la séance d’analyse qui suivit le rêve, je terminais de raconter ce dernier à mon analyste lorsque le téléphone sonna. Comme il le faisait ordinairement, mon analyste décrocha le téléphone, mais contrairement à ce qui se passait d’habitude, la conversation se poursuivit longuement, et je constatai que la conversation était ponctuée d’éclats de rire. A l’évidence étonné, l’analyste me raconta ensuite le contenu de l’appel : « C’était Nat, il était tout excité parce qu’il a été pris dans le ballet comme danseur et qu’il a donné hier soir sa première représentation au Metropolitan Opera. »

« Je savais que Nat était en analyse avec le même thérapeute que moi, mais mon imagination n’était pas telle que j’aie pu imaginer Nat en train de danser dans un ballet. Je considérai cette coïncidence, dénuée de lien apparent, comme hautement significative. Avant cet événement, et dans les tout premiers temps de l’analyse, j’avais fait allusion à mon intérêt pour la parapsychologie. Je n’étais pas certain que cela soit accueilli favorablement par mon analyste dont je connaissais le penchant marxiste. Pour resituer l’événement dans la dynamique qui s’instaurait à cette période, disons que j’avais un besoin (névrotique, donc) qui était double : celui d’être approuvé par l’analyste, et celui qu’il me perçoive comme quelqu’un de spécial. Et j’éprouvais le sentiment désagréable que mon intérêt pour le paranormal l’amènerait à me considérer comme quelqu’un qui était certes un peu « à part », mais pas dans le sens où je le désirais. Or, je ne pouvais mieux lui prouver la pertinence de mon intérêt pour le paranormal qu’en participant, comme je venais de le faire, à un scénario de rêve précognitif où nous étions deux en compétition pour tenter d’attirer simultanément l’attention de l’analyste.

« Ma troisième rencontre avec le paranormal fut de nature clinique et s’échelonna en fait tout au long de ma pratique psychanalytique, de 1946 à 1961. Les rêves de mes patients éveillaient mon intérêt, non seulement du fait que les rêves expriment les courants émotionnels les plus profonds à l’oeuvre dans le psychisme des patients, mais aussi en raison des associations temporelles qui se produisent entre les états de conscience altérés dont les rêves font partie et l’occurrence d’effets psi. F. W. H. Myers a été l’un des premiers chercheurs dans ce domaine. Dans son oeuvre devenue classique, publiée en 1903, il explore la relation qui existe entre les événements psychiques, et ce qu’il a appelé le niveau de conscience subliminal.

« Freud a par la suite amélioré ce modèle simple (1963), par ses recherches sur le rôle dynamique de la communication télépathique dans son rapport avec les conflits psychiques qui animent le patient, et sur la façon dont les processus inconscients laissent leur empreinte sur le message télépathique. Il peut être surprenant -ou pas, finalement- que jusque dans les années quarante, seuls quelques successeurs de Freud aient poursuivi cette réflexion, parmi lesquels Stekel en 1921, alors que de nombreux travaux étaient publiés par ailleurs en psychiatrie. Ces derniers portaient sur les facteurs psychologiques susceptibles de conduire à l’apparition d’effets psi. La plupart de ces derniers transparaissaient dans les rêves des patients, dans des circonstances qui soulignaient certains aspects problématiques du transfert. On aboutit ainsi à définir un certain nombre de caractéristiques du rêve télépathique :

  1. Les éléments que l’on retrouve à la fois dans le rêve et la réalité sont le plus souvent :
  2. a) Inhabituels : ce sont des éléments qui n’apparaissent pas fréquemment dans les rêves en général, ou dans les rêves du patient en particulier.
  3. b) Non déductifs : normalement, ils ne peuvent être suggérés par la connaissance que le patient a du thérapeute ou de son expérience avec lui.
  4. c) Intrusifs. Bien que ce critère ne soit pas absolu, il est généralement révélateur d’un événement paranormal. Le rêveur se tient à l’écart dans son rêve, ou alors il est comme étrange(r), non familier, ou importun.

2) Les liens entre les événements de la vie du thérapeute et la vision en miroir que le patient peut en avoir dans ses rêves, doivent intervenir dans un laps de temps court, généralement de l’ordre de quelques jours.

3) La signification psychologique. A partir de la correspondance rêve/réalité se met en place une stratégie de défense qui est unique pour chaque patient, et dont la connaissance permet de déceler les aspects problématiques qui émergent dans la thérapie.

« Les circonstances dans lesquelles les événements télépathiques apparaissent dans les rêves ont été diversement décrites. Presque tous les observateurs soulignent l’importance des éléments du transfert et du contre-transfert. […] Eisenbud (1970) fut l’un des premiers à montrer l’intérêt thérapeutique qu’un travail basé sur l’hypothèse télépathique peut présenter. Ehrenwald (1955) a largement décrit les caractéristiques ainsi que le rôle possible des facteurs paranormaux dans les psychoses sévères. Ullman (1980) a souligné les difficultés de communication et de comportement qui peuvent caractériser les rêveurs télépathiques.

« Les rêves télépathiques ont fait irruption de temps à autre au cours de ma pratique thérapeutique, dans diverses circonstances. Ils se produisaient lorsque mes intentions interféraient avec une relation effective (dans le cadre d’un contre-transfert) ou lorsque le patient avait recours à une manoeuvre télépathique en réponse à ses propres besoins relatifs au transfert. Les deux ne sont pas incompatibles, comme je le constatai avec une patiente qui, de façon typique, répondait à mon besoin personnel pas toujours très bien contrôlé de travailler sur un cas concret, lorsque j’étais sur le point d’écrire ou de lire quelque chose au sujet du rêve télépathique. Ce faisant elle cherchait à « mériter » un statut particulier, celui de rêveuse télépathique. Grâce à cette manoeuvre, le thérapeute que j’étais ne pouvait ignorer qu’elle possédait des aptitudes particulières secrètes, tandis qu’elle-même pouvait ainsi se dégager de toute responsabilité. […]

« L’exemple qui suit évoque un rêve contenant des éléments oniriques inhabituels, survenus simultanément à un événement réel de ma vie. En l’occurrence, le rêve et l’événement réel s’étaient produits la même nuit (Ullman 1980). Une patiente de quarante-deux ans, couturière, me raconta le rêve suivant :

« J’étais à la maison avec John, mon petit ami. Sur la table, il y avait une bouteille contenant un mélange d’alcool et de crème. C’était une sorte de substance écumeuse blanche. John voulait la boire. Je lui dis “Non, tu la boiras plus tard ». Je regardai la marque, et je lus « Nausée attirante ». J’avais l’intention de la boire lorsque nous irions au lit, bien que nous semblions déjà être couchés à ce moment-là.

« Elle me raconta ensuite l’épisode d’un autre rêve qu’elle avait fait la même nuit : J’avais un petit léopard. Il était très dangereux. Je le pris et le couvris pour le mettre dans une grande bassine. Ma mère me dit de le sortir de là, car sinon il allait mourir.

« […] L’analyse du rêve confortait l’hypothèse télépathique [.…] et la dynamique qui était en train d’émerger chez la patiente à ce moment de la thérapie. Cette dynamique révélait plusieurs choses : le ressenti de la patiente face à l’omnipotence du thérapeute dans sa relation avec elle, suggérée par son identification avec l’animal manipulé par l’expérimentateur ; son propre désespoir de changement suggéré par l’identification au léopard, animal qui se trouve dans l’impossibilité de modifier les tâches de son pelage ; et enfin son ambivalence par rapport au relâchement du contrôle sur soi, révélateur du côté plus sensuel de sa personnalité suggéré par son intention de boire le mélange alcoolisé, justement baptisé « Nausée attirante », au moment du coucher, et à l’égard duquel elle restait tout de même circonspecte. Ces trois premières rencontres avec le paranormal, bien que très parlantes d’un point de vue personnel, restaient essentiellement anecdotiques. Car sans une volonté de recherche rigoureuse, il était impossible d’exclure totalement que d’autres causes, ou même le hasard, interviennent. Pendant des années, de nombreuses expériences similaires furent consignées dans les bibliothèques des Sociétés de Recherche Psychologique en Angleterre et aux Etats-Unis, et si de telles expériences emportent la conviction de ceux qui les vivent, elles sont en général peu crédibles d’un point de vue scientifique. Logiquement, dans ce contexte, le pas à franchir était alors d’envisager l’approche expérimentale. En 1960, au cours de ma dernière année de pratique thérapeutique, je reçus l’appui de la Fondation de Parapsychologie pour mener une étude pilote en vue d’appliquer les récentes découvertes de l’époque, à propos des liens entre les REM (rapid eye movements, mouvements rapides des yeux) et le sommeil, et sur la façon dont la mémorisation presque totale des rêves au réveil vient conforter les expériences sur le rêve télépathique. Les résultats étaient suffisants pour que ma décision l’emporte, d’arrêter la pratique thérapeutique en 1961 et d’accepter un poste à plein temps en hôpital. J’eus ainsi tout loisir de mettre sur pied un laboratoire d’étude du sommeil, avec l’optique d’accumuler suffisamment de données quantitatives pour être en mesure de démontrer l’existence du rêve télépathique. »

  1. Psi est le terme utilisé pour désigner les principaux domaines de la recherche parapsychologique, que sont la télépathie, la clairvoyance, la connaissance anticipée ou précognition, et la psychokinésie.
  2. Voir compte rendu détaillé in Ullman (1993, 1994 a & b, 1995).
  3. Jung désigne sous ce terme l’ensemble des occurrences simultanées, significatives et acausales, qui relient, par le sens qu’elles portent, les événements extérieurs à la vie intérieure des individus.

 

D’après Montague Ullman

http://www.metapsychique.org/Le-reve-telepathique-Avancees.html

 Georges Vignaux

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