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Perception : du sensoriel à la méditation ?

17 août 2014

La méditation propose de faire l’expérience de l’instant présent. « Tout est là », disent les sages. L’idée semble simple. On n’a qu’à s’asseoir et ne rien faire. En réalité, on s’aperçoit très vite qu’on est loin du « rien » auquel on s’attendait. Nos préoccupations n’en finissent pas d’occuper notre esprit. Elles semblent même occuper toute la place. « Il faut que je fasse un double des clés. Et puis pourquoi Marie a-t-elle sous-entendu qu’elle partait vendredi ? Respire, tu es en train de méditer… » « On pensait, on espérait trouver le calme, le vide. On tombe souvent sur un grand bazar, du tapage, du chaos », nous dit le psychiatre Christophe André, qui a introduit la méditation à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. Alors, comment faire ?

Il faut sentir. Ce message revient constamment. Déployer nos perceptions. Ouvrir tous nos sens, un par un s’il le faut. « Les sens sont notre seul moyen de nous connecter à tout ce qui précède. Ils sont notre seul moyen de connaître le monde intérieur de notre être ou ce paysage extérieur que nous appelons « le monde », souligne Jon Kabat-Zinn, médecin fondateur de la MBSR – une technique de méditation de la pleine conscience.

 Le corps, un continent à découvrir

Contrairement au cliché habituellement mis en avant, la méditation ne consiste pas à s’accrocher à l’esprit pour décoller vers des états éthérés. La méditation nous ramène tout simplement au corps. « Contrairement à ce que croient beaucoup de personnes, la méditation est une pratique très corporelle. Il y a des aspects psychiques, mais 90 % du travail se fait avec le corps », précise Christophe André.

Assise sur un zafu, le dos droit, les yeux fermés, je suis au cœur d’un séminaire sur la pleine conscience à l’institut Karma Ling, dans les Alpes. « Nous allons déposer dans votre main un petit objet. Tout d’abord, vous allez sentir le contact de votre peau avec cet objet, et puis l’explorer de tous vos doigts. » Une petite chose molle et rugueuse atterrit dans ma main. Elle me fait étrangement prendre conscience des empreintes de mes doigts, comme si je les regardais à la loupe. « Vous allez porter cet objet à vos lèvres et, quand vous le voudrez, le prendre dans votre bouche et le goûter. Mais prenez vraiment votre temps, laissez-vous sentir. » Le chatouillement sur mes lèvres me surprend, j’ai un petit réflexe de recul. La texture de l’objet sur ma langue est captivante et une vision très claire de la trame de mes papilles gustatives s’impose à moi. C’est étonnant. Je finis par deviner le petit fruit sec dont il s’agit. Ça me fait sourire. Le goût commence à se diffuser. Je croque… un raisin sec. Saviez-vous qu’un simple raisin sec pouvait vous apprendre des choses sur qui vous êtes ?

« Lorsque le méditant se met à l’écoute de ses sensations physiques, de ses émotions et de ses intuitions, c’est d’abord grâce à son corps qu’il accomplit l’acte de connaissance. Ainsi la vraie compréhension est peut-être celle qui passe par le corps. Ce savoir-là emprunte un langage différent de celui des mots et des idées, car il est composé d’une autre étoffe que le savoir qui est logé dans notre cortex de singe pensant. Du coup, une connaissance pénétrante, ineffable, native vient à notre rencontre de façon insoupçonnée », explique le psychiatre Frédéric Rosenfeld. Quand on sent, on est là. Et ce qu’on découvre quand on est là est surprenant. « Ça » nous renseigne sur qui nous sommes et sur la nature des choses autour de nous.

D’après Miriam Gablier

 Georges Vignaux

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