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La famille bourgeoise : décence et duplicité

28 août 2014

 

L’image idéalisée de la famille bourgeoise se focalise avant tout sur le couple et les enfants :

c’est le mariage qui vient couronner une relation d’amour.

La vie privée devient une espace protégé, à l’abri des incursions et des regards : la sphère privée

se dissocie l de la sphère publique. Le mari est le « chef de famille » qui donne son nom

aux enfants, exerce l’essentiel de ses activités dans la vie publique, tandis que la femme,

qui « doit amour et fidélité à son mari » s’occupe de l’éducation des enfants

comme maîtresse de maison et femme au foyer.

La morale apparente qui régit cette structure est une morale ascétique qui exalte

la décence comme vertu suprême. Les excès y sont mesurés, on est parcimonieux en tout

et ceci est particulièrement vrai du plaisir sexuel accordé à l’épouse.

Malgré le souci constant de dissimulation et de pudibonderie, la pratique réelle n’exclut pas

les amours clandestines : l’adultère est fréquent et les enfants illégitimes au statut de bâtards

sont nombreux ! Le principe de la propriété des biens, de leur transmission par héritage

de génération en génération est organisé juridiquement, et le contrat de mariage vient sanctionner

cette conception de la famille où, idéalement, intérêts économiques et sentiments

arrivent à se concilier.

Après 1760, les publications hygiénistes et éducatives recommandent aux mères de s’occuper

personellement de leurs enfants et leur « ordonnent » de les allaiter.

C’est la naissance d’un mythe : celui de l’instinct maternel, ou de l’amour spontané

de toute mère pour son enfant.

On exalte l’amour maternel comme une valeur à la fois naturelle et sociale, favorable à l’espèce

et à la société.

C’est aux alentours du XVIIième siècle que commence à se construire la sémantique de l’amour moderne. C’est alors que se renforce la distinction entre les sexes, celle entre les jeunes et les vieux qui va attacher la richesse de la vie amoureuse à la jeunesse et quasiment l’exclure pour les personnes âgées, celle qui renforce l’opposition entre la personne aimée et toutes les autres, celle qui oppose l’amour à la raison, celle enfin qui distingue l’amour véritable de l’amour inauthentique. C’est aussi à cette époque que le plaisir en vient à être considéré comme une caractéristique anthropologique fondamentale. 

L’homme cherche le plaisir, et de ce plaisir il est le seul juge. Cette affirmation va infléchir fortement la perception de l’amour : le plaisir est ce qui, par excellence, peut motiver l’amour. En même temps, se développe un véritable « Art de plaire », c’est-à-dire un ensemble de techniques de séduction susceptibles d’éveiller ou d’entretenir le plaisir. Toutefois, comme le plaisir est  fondamentalement  éphémère, son affaiblissement est aussi perçu comme le signe que l’amour décline, et qu’il est temps que la relation s’achève.

C’est aux XVIIIième et XIXième siècles que se construira le modèle de l’amour romantique, dans lequel l’imagination et les sentiments prendront une part centrale. Comme le décrit Stendhal, la naissance de l’amour est d’abord affaire d’imagination : celui qui est amoureux projette sur l’autre ce qu’il espère y trouver. Et, lorsque l’amour s’essouffle, ce sont les ruptures dans les habitudes qui peuvent réactiver le sentiment : « en amour posséder n’est rien, c’est jouir qui fait tout ».

« Que la femme sente le plaisir de Venus l’envahir jusqu’au plus profond de son être, et que la jouissance soit égale pour son amant comme pour elle ! Que les mots d’amour et les doux murmures ne s’interrompent  jamais. Même toi, à qui la nature a refusé les sensations amoureuses simule par des…mensongères, d’en apprécier les joies. Combien il faut plaindre la femme chez laquelle reste insensible cet organe, qui doit procurer des jouissances à la femme comme à l’homme ! Mais que cette simulation ne soit pas maladroite ! Qu’aussi bien les mouvements de ton corps que l’expression de tes yeux réussissent à nous tromper ! Que la volupté, que les mots, que ton souffle haletant donnent l’illusion de l’ardeur (…). J’oubliais : ne laisse pas la lumière envahir la chambre à coucher; bien des parties du corps gagnent à n’être pas vues au grand jour. »
OVIDE, Conseils aux femmes.

D’après Martine Sevegrand, L’amour en toutes lettres.

 http://www.laicite.com/plaisirsdamour/textes/15sentimentprive.htm

Georges Vignaux

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