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Médecine prédictive : les débuts

1 septembre 2014

La médecine « personnalisée » est le grand champs ouvert par les nouvelles techniques de séquençage du génome. L’espoir est que la lecture et l’interprétation de plus en plus précise des informations contenues dans nos gènes permettront de mieux comprendre les mécanismes des maladies, de mieux les traiter et de les prévenir.

Quand il s’agit d’estimer un risque chez une personne indemne d’une maladie donnée, on parle alors de « médecine prédictive ». Le cancer est l’un des domaines où l’augmentation des capacités de séquençage est en train de changer la donne.

Quatre questions à Dominique Stoppa-Lyonnet, chef du service de génétique de l’Institut Curie et professeure de génétique à l’université Paris-Descartes.

Que savons-nous de l’origine génétique des cancers ?

“Tous sont le résultat d’une série d’altérations génétiques et épigénétiques. Le plus souvent, celles-ci ne sont pas héritées, mais acquises au fil de la vie (exposition aux mutagènes, vieillissement). Grâce aux nouvelles technologies de séquençage, nous pouvons explorer à grande échelle les mécanismes à l’origine de la transformation d’une cellule saine en cellule tumorale. Ici, ce n’est pas le génome de la personne qui est étudié, mais celui de sa tumeur.”

Comment cela va-t-il changer la manière dont on soigne le cancer ?

“L’idée est d’identifier des sous-groupes de malades dont les caractéristiques tumorales et la réponse aux médicaments sont semblables. L’identification de leurs caractéristiques génétiques communes permettra de leur proposer un traitement « personnalisé » : nous privilégierons certaines molécules et nous éliminerons d’emblée celles qui n’ont pas d’effet, voire sont toxiques. Nous sommes déjà en mesure de le faire pour certaines mutations bien identifiées comme celle qui affecte le gène HER2 – présent dans 15 % des cancers du sein – mais nous n’en sommes qu’au début.”

Pourra-t-on davantage prévenir cette maladie ?

“Nous entrons ici dans le domaine de la médecine prédictive : certaines caractéristiques génétiques constituent un facteur de risque de maladies données. N’oublions pas cependant qu’un grand nombre de facteurs de risque n’ont rien de génétique.

éConcernant les prédispositions aux cancers, on retient aujourd’hui que 5 % à 10 % de la plupart des cancers fréquents (sein, côlon, ovaire, endomètre…) sont liés à un facteur génétique, en général hérité de l’un des deux parents. C’est se sachant porteuse d’une altération du gène BRCA1 qu’Angelina Jolie a choisi de subir une chirurgie mammaire de prévention. Le grand challenge est d’estimer des risques individuels les plus précis possibles en combinant données de séquençage et données cliniques.

Quelles sont les limites des tests génétiques prédictifs ?

“Dans de nombreux cas, ils révèlent une augmentation du risque, mais ne permettent pas de dire si une personne donnée va ou non développer avec certitude un cancer et quand. Lorsque l’on dit que l’altération de certains gènes est associée à un risque élevé de cancer, il s’agit d’une moyenne. Aujourd’hui, tous les efforts doivent être portés pour établir des risques individuels précis. Il est à mon sens trop tôt pour pratiquer des tests de prédisposition dans la population générale.”

D’après Chloé Hecketsweiler, Le Monde, 18.08.2014.

Georges Vignaux

 

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