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Le cannabis, un marché d’avenir ?

3 septembre 2014

Le cannabis légalisé aux États-Unis dans les années 1970 ? C’est en tout cas ce qu’ont cru les grandes entreprises de l’industrie du tabac, qui se sont intéressées de très près à la marijuana dès les années 1960, selon le Los Angeles Times. Parmi elles, Philip Morris est en première ligne. Des archives montrent en effet que le groupe avait lancé alors un programme de recherches.

Il semble cependant que les instances concernées n’étaient pas au courant de ces projets. La Food and Drug Administration, chargée des produits alimentaires et médicamenteux, n’avait ainsi pas été informée. Voulant oeuvrer dans le plus grand secret, Philip Morris avait en effet demandé à ce qu’il n’y ait « de publicité d’aucune sorte » au département de la Justice. En échange de ce silence, l’entreprise s’était engagée à lui fournir « les résultats (de ses recherches) de manière confidentielle ». Milton Joffee, du bureau des narcotiques du département de la Justice, avait donné son accord.

« Des recherches dans un coin obscur d’un labo de Virginie »

Finalement, la légalisation n’a pas eu lieu à l’époque, ni en Europe ni aux États-Unis. Aujourd’hui, Philip Morris assure par la voix d’Altria Group Inc., la maison mère du groupe, que ces travaux avaient alors été abandonnés. Mais Gerry Sullivan, gestionnaire de portefeuille dans un fonds d’investissement spécialisé, entre autres, dans l’alcool et le tabac, estime qu’une telle affirmation ne peut pas être vraie dans le contexte actuel. Il a ainsi déclaré au LA Times : « Il est probable que la direction continue ses recherches dans un coin obscur d’un labo en Virginie. »

Les compagnies du « Big Tobacco » se considèrent en effet comme un « marché qui consiste à détendre les gens stressés et à fournir des remonte-pentes à ceux qui s’ennuient ou sont déprimés », selon un mémo anonyme provenant de Philip Morris. Or, aux États-Unis, ce « remonte-pente » n’est plus le tabac : selon le cabinet Gallup, environ 20 % des Américains fumaient en 2011, contre 45 % en 1954. Des chiffres qui décroissent donc à l’inverse du nombre de consommateurs avoués de cannabis, parmi lesquels un certain Barack Obama.

Par ailleurs, la population est de plus en plus ouverte à la légalisation du cannabis, qui est en vente libre dans le Colorado depuis le 1er janvier 2014, et rapporte d’importants bénéfices à l’État du centre des États-Unis. Celui-ci espère récolter 184 millions de dollars entre le 1er janvier 2014 et le 30 juin 2015, grâce à triple taxe à la production, la vente et l’achat de cannabis. Le Colorado pourrait bien inspirer d’autres États comme la Californie, l’Oregon, ou encore l’Alaska, où la légalisation de la plante à usage récréatif sera l’objet de vote cette année. Et pourquoi ne pas envisager un jour une légalisation au niveau fédéral, comme en Uruguay où le cannabis est un monopole d’État ? L’industrie du tabac pourrait à nouveau se laisser séduire par ce juteux marché.

 

D’après Côme de Grandmaison, Le Point.fr, 04/06/2014

 Georges Vignaux

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