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Les moteurs de recherche sont-ils les procureurs de demain ?

5 septembre 2014

* Christian Combaz est écrivain et essayiste. Son dernier livre, «Gens de Campagnol», est paru en 2012 chez Flammarion.

“La question de savoir qui, de la Ministre de la santé ou du maire de Levallois, a raison quant à la présence de malades de l’Ebola en France est déjà tranchée . Ah? dira t-on, comment êtes-vous si bien informé? Sans être informé plus que quiconque, on peut être certain d’une chose, c’est que rien, sur cette question comme tant d’autres, n’a échappé à l’indexation par les moteurs de recherche. Dès qu’une vérité inconnue éclate quelque part, elle finit par jeter sa lumière crue, implacable sur les zones d’ombre, les mensonges et les imprécisions qui l’ont précédée. Les propos de ceux qui annoncent les faits, les commentent, les déforment ou les démentent sont voués à passer au révélateur le plus efficace que l’histoire ait connu: le webcrawling. […] On saura donc demain, dans une semaine ou dans un an qui a dit vrai et qui a menti, ce qui en soi n’est pas une nouveauté. La nouveauté est plutôt que tout le monde soit susceptible d’être cloué au pilori, après un désastre, pour n’en avoir pas mesuré l’ampleur, pour avoir menti sur son degré d’imminence ou pour l’avoir ignoré. Le droit à l’oubli dont la presse nous parle souvent concerne les fautes prescrites et les casiers judiciaires effacés, mais pas les erreurs de jugement devant ce qui nous attend.

“L’histoire au temps de l’indexation est donc un curieux tribunal puisque l’argument selon lequel «on ne savait pas, on ne pouvait pas prévoir», finit par se retourner contre ses auteurs, à qui les moteurs de recherche répondent: «vous aviez tout pour savoir et pour prévoir, voici les dates et voici ce que vous avez dit». On l’a vu au temps de l’affaire du sang contaminé, où les coupables ont été inquiétés non pour une faute extraordinaire, mais pour les conséquences extraordinaires d’une faute banale.

“… la plupart de ceux qui nous gouvernent ne commettent pas beaucoup plus de sottises qu’un conseiller général paresseux et démagogue au fond de la Creuse en 1960 mais ces erreurs vont nous mener plus loin et les mettront en cause, grâce aux moteurs de recherche, plus profondément et pour plus longtemps.”

 D’après Christian Combaz,

http://www.lefigaro.fr/vox/medias/2014/08/14/31008-20140814ARTFIG00302

 

Georges Vignaux

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