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Claude Bernard (1813-1878) : La naissance de la physiologie : expériences sur le curare

1 février 2015

Le curare et le système nerveux

On a beaucoup dit et écrit sur le curare. Le sujet est important, puisqu’il constitue une étape historique essentielle dans la compréhension physiologique de la transmission nerveuse. Il illustre le rôle de la société de biologie dans les échanges entre Claude Bernard et les générations plus jeunes de physiologistes, mais aussi ses concurrents, comme Charles Édouard Brown-Séquard. La longue discussion sur le curare informe sur le projet de Claude Bernard et ses conceptions des effets des poisons et du curare en particulier. Ses idées préconçues expliquent son échec à proposer des explications partagées par ses concurrents. L’essentiel est ici l’émergence d’une nouvelle physiologie intégrant des données histologiques et surtout des résultats électrophysiologiques d’outre-Rhin à l’époque de la guerre franco-allemande de 1870 et lors de l’émergence d’un nouveau matérialisme.

Les curares

Le mot Curare provient d’un mot indigène «ourari» qui signifie la mort qui tue tout bas. Les premières observations sur les curares remontent au 16ème siècle, au temps des conquistadores. Dès cette période les témoignages sont nombreux et contradictoires. La première confusion vient de ce que les espagnols confrontés aux poisons de flèches des indigènes identifièrent tous ces poisons comme des curares, ce qui est peu probable pour deux raisons. La première est que les descriptions des effets des poisons ne correspondent pas aux effets que l’on attribue aujourd’hui aux curares. La seconde est que les indiens n’utilisaient pas le curare contre les êtres humains, même à la guerre. Cette règle semble avoir été observée rigoureusement par toutes les tribus amazoniennes. Les poisons utilisés étaient en fait des poisons de guerre et non des poisons de chasse comme le curare. Ces poisons de guerre étaient d’une efficacité redoutable et les espagnols les craignaient, surtout parce qu’il n’existait aucun antidote efficace. La moindre blessure était fatale dans les vingt-quatre heures, parfois l’agonie s’étalait sur plusieurs jours ou même quelques semaines, et c’était presque toujours la mort. Les drogues végétales utilisées pour élaborer ces poisons de guerre n’ont rien à voir avec celles utilisées pour les curares. Il s’agit en fait d’une euphorbiaceae, le mancenillier dont le latex renferme des substances toxiques dont les effets sont connus depuis fort longtemps. Ce latex était recueilli, puis concentré par chauffage et évaporation. Le poison ainsi obtenu pouvait être utilisé directement pour enduire les pointes de flèches. Cependant, l’utilisation de ces poisons reste rare compte tenu de la conservation difficile des produits ; de plus, il semble que le poison devait être déposé sur la flèche juste avant utilisation pour en garantir l’efficacité, ce qui en limite l’usage. On raconte que la préparation du poison était mortelle pour ceux qui le fabriquaient. On désignait pour cela trois femmes, choisies parmi les plus âgées de la tribu. La première commençait par faire chauffer le poison pour le concentrer ; quand les vapeurs devenaient toxiques, elle mourait. La seconde prenait alors le relais et poursuivait la préparation jusqu’à sa mort qui devait survenir plus rapidement, signe que le poison devenait plus concentré. La dernière enfin devait achever la préparation du poison, la mort devant survenir très rapidement, signe que le poison était prêt. Légende ou réalité ? Difficile à dire, mais une telle toxicité ne correspond pas à celle des curares dont l’action ne peut s’exprimer que par voie sanguine. Il semble d’ailleurs que les femmes soient écartées lors de la fabrication du curare, car les indiens prétendent que leur seule présence suffit à faire rater la fabrication du précieux poison !

Georges Vignaux

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