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Claude Bernard : expériences sur le curare : 3

4 février 2015

Claude Bernard

« Le curare est connu depuis la découverte de la Guyane par Walter Raleigh en 1595. Raleigh, le premier, rapporta ce poison en Europe, sur des flèches empoisonnées, sous le nom de ourari. Dans un voyage fait en Amérique de 1799 à 1804, M. de Humboldt a pu assister à la fabrication du curare. C’est une fête, la fiesta de las juvias. Les indigènes vont chercher dans la forêt les lianes du venin (juvias), après quoi ils font la fête et se saoûlent avec de grandes quantités de boissons fermentées que les femmes préparent. Cela dure deux jours. Lorsque tout dort dans l’ivresse, le maître du curare, qui est le sorcier et le médecin de la tribu, se retire seul, broie les lianes, en fait cuire le suc et prépare le poison. M. de Humboldt admet que la composition du curare est exclusivement végétale, et que la propriété vénéneuse qu’il renferme est due à une plante de la famille des strychnées. Mais Ch. Watterton, qui parcourut en 1812 les contrées de Démérary et d’Essequibo, fait entrer dans la préparation du curare, outre les substances végétales, des fourmis venimeuses et des crochets de serpent broyés. De même M. Goudot, qui a habité le Brésil pendant dix années, précise que le suc de lianes est épaissi par du venin de serpent. À son retour en France en 1844, il a remis à M. Pelouze, qui me l’a communiquée, une note sur la préparation du curare, que je transcris ici :
« Le curare est préparé par quelques-unes des tribus les plus reculées qui habitent les forêts qui bornent le Haut-Orénoque, le Rio-Negro et l’Amazone… La manière de préparer le curare varie dans chacune des tribus où il se fabrique. Le procédé employé par les Indiens de Mesaya, à vingt journées de la frontière de la Nouvelle-Grenade, est le seul à peu près connu. Ces hommes, qui sont en même temps les prêtres et les médecins ou guérisseurs de sorts, emploient pour la préparation du poison une liane nommée curari, d’où le nom de curare donné au poison. Cette liane, coupée en tronçons et broyée, donne un suc laiteux abondant et très acre. Les tronçons écrasés sont mis en macération dans de l’eau pendant quarante-huit heures, puis on exprime et on filtre soigneusement le liquide, qui est soumis à une lente évaporation jusqu’à concentration convenable. Alors on le répartit dans plusieurs petits vases de terre, qui sont eux-mêmes placés sur des cendres chaudes, et l’évaporation se continue avec plus de soins encore. Lorsque le poison est arrivé à là consistance d’extrait mou, on y laisse tomber quelques gouttes de venin recueilli dans les vésicules des serpens les plus venimeux, et l’opération se trouve achevée lorsque l’extrait est parfaitement sec. »

« Dans la relation d’une Expédition dans les parties centrales de l’Amérique du Sud, faite de 1843 à 1847 sous la direction de M. F. de Castelnau, il est encore fait mention de la composition du curare. Les auteurs de cette relation considèrent que le curare est un poison végétal. Enfin le dernier voyageur qui ait écrit sur le curare, M. Emile Carrey, met tout le monde d’accord. Selon lui, dans toutes les tribus, le curare aurait pour base un poison végétal identique : seulement certains Indiens préparent le curare en employant simplement les plantes actives, tandis que d’autres y ajoutent des substances plus ou moins secrètes et entourent la fabrication de pratiques plus ou moins étranges ; mais ce serait par superstition que les maîtres du curare de certaines tribus en agiraient ainsi, afin d’augmenter leur prestige. »

rapporté par Georges Vignaux

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