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Crise économique et montée des populismes : comment naissent les révolutions

25 avril 2015

Éric Verhaeghe rappelle le caractère imprévisible des révolutions pour leurs contemporains. Et se demande si nous ne sommes pas déjà entrés sans le savoir dans une phase révolutionnaire.

 Éric Verhaeghe a été président de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres) entre 2004 et 2009. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages publiés chez Jacob-Duvernet: Jusqu’ici tout va bien, Au cœur du Medef: Chronique d’une fin annoncée, et Faut-il quitter la France? Retrouvez ses chroniques sur son site: ici


Longtemps, écrit-il, nous sommes restés prisonniers de la vision marxiste, encore abondamment nourrie par Jean-Luc Mélenchon et ses tristes commissaires politiques transis d’un froid sibérien prometteur de nombreux goulags, selon laquelle la Révolution se décrétait dans une soirée d’avant-gardistes pleins d’énergie, et se commettait le lendemain à l’aube avec un soulèvement populaire enthousiaste. Combien de fois ces révolutionnaires en chambre n’ont-ils pas envahi, dans leurs agapes arrosées, la Maison de la Radio pour y proclamer l’état d’urgence façon Jaruzelski, et la Préfecture de Police pour s’assurer du soutien des forces de l’ordre?

En lisant Tocqueville, c’est pourtant un autre visage de la Révolution qui s’offre à nous. Dans l’Ancien Régime et la Révolution, il écrit: «La veille du jour où la Révolution va éclater, on n’a encore aucune idée précise sur ce qu’elle va faire. (…) Ce qui avait d’abord semblé, aux princes de l’Europe et aux hommes d’État, un accident ordinaire de la vie des peuples, paraît un fait si nouveau, si contraire même à tout ce qui s’était passé auparavant dans le monde, et cependant si général, si monstrueux, si incompréhensible, qu’en l’apercevant l’esprit humain demeure comme éperdu.»

Le sujet de la Révolution est bien celui-là: grand soir prometteur pour certains, petits matins incertains et improvisés pour d’autres. Le spectacle de la France actuelle pourrait bien donner raison aux seconds.

La France souffre peut-être plus que jamais, elle est gravement touchée par le chômage, le découragement, la violence. Mais aucun de ces maux ne se transforme en lutte politique de nature révolutionnaire comme l’espérait le Front de Gauche, et comme nous l’annonçaient les exécuteurs des basses œuvres mélenchoniennes.

En revanche, la démocratie telle que nous la concevions ne fonctionne plus, et c’est le «populisme» qui triomphe. Partout, la France veut obscurément des têtes nouvelles, du respect, un autre règle du jeu. Partout, remettre le peuple français au centre de la politique est devenu la requête essentielle du débat public. Et partout, cette requête évidente en démocratie se heurte au mépris d’une élite de plus en plus coupée des réalités.

La démocratie telle que nous la concevions ne fonctionne plus, et c’est le « populisme » qui triomphe.

Lorsque le Front National devient le premier parti de France, chose inimaginable il y a vingt ans, et qui en dit long à nos partenaires européens sur notre état de délabrement, il se trouve encore des hiérarques, notamment socialistes, pour minimiser l’impact de l’événement, et se rassurer en répétant qu’il reste encore trois ans d’insouciance et d’incompétence avant que la menace ne devienne sérieuse.

Peut-être découvrirons-nous dans quelques mois, que la Révolution Française a commencé ce soir de mai où le parti le plus stigmatisé de France a été plébiscité par le peuple. Car les révolutions commencent ainsi: par des glissements successifs vers un autre chose que personne n’avait imaginé auparavant.

Georges Vignaux

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